Le « sang neuf » des prêtres

mestieri-preteSi les prêtres catholiques ont toujours été tenus au célibat, cela ne les oblige en rien à ne pas vivre entourés de femmes. Pour qu’ils puissent se consacrer le plus possible à leur mission, ils étaient aidés pour les tâches quotidiennes par les sacristains et autres servantes. Dans les campagnes, les « bonnes de curé » étaient même souvent des membres de leur famille. Serge Brunet, dans son article « Les prêtres des campagnes de la France du XVIIe siècle : la grande mutation »*, écrit par exemple au sujet du diocèse de Bordeaux :

Les curés vivent d’ailleurs rarement seuls ; ils sont accompagnés par une sœur, une belle-sœur ou une nièce.

La situation est sans doute sensiblement équivalente en Italie à cette époque. J’en ai tout au moins trouvé quelques exemples au sein des registres de Vénétie que je parcours depuis plusieurs années.

Les unions mixtes « Borso-Gallio »

En dépouillant les registres de la paroisse San Zenone e Santa Maria de Borso, j’ai ainsi constaté une certaine répétitivité des mariages entre un natif de cette paroisse et une personne née à Gallio. C’est en particulier le cas de l’un de mes couples d’aïeux, dont j’ai parlé durant l’édition 2014 du ChallengeAZ, avec l’article G comme Gallio.

En recherchant systématiquement les couples mixtes « Borso-Gallio » dans mes dépouillements, j’en ai retrouvé 14, dont l’année de mariage s’échelonne entre 1742 et 1920. Mais la distribution des unions durant cette période n’est pas vraiment linéaire :

  • 1 de 1700 à 1749
  • 2 de 1750 à 1799 (dont 1 en 1799)
  • 7 de 1800 à 1849
  • 2 de 1850 à 1899
  • 2 de 1900 à 1920

Ces relevés montrent que la période 1799-1849 a été particulièrement propice aux unions entre un natif de Borso et un natif de Gallio. Or il se trouve qu’elle coïncide avec la présence au sein du clergé de Borso d’un prêtre originaire de Gallio.
Don Giacomo Antonio FINCO est « cappellano » (suppléant du prêtre) dans la paroisse de Borso. Il décède dans cette commune le 2 janvier 1844. Son acte de sépulture nous apprend qu’il est né le 26 janvier 1765 à Gallio, et qu’il est fils de Domenico FINCO et de Maria FRACCARO.

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Acte de sépulture à Borso de Don Giacomo Finco, cappellano, né à Gallio en 1765.

L’écriture de Giacomo Finco apparait dans les registres paroissiaux de Borso dès 1797, et jusqu’à son décès, soit durant près de 50 ans. Sa présence dans la paroisse coïncide donc avec le pic des mariages entre natifs de Borso et de Gallio.

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Corrélation entre la présence de Don Giacomo Finco dans la paroisse de Borso (en bleu) et le nombre de « mariages mixtes Borso-Gallio » (en orange)

Au vu de ces chiffres, je pense pouvoir raisonnablement envisager l’hypothèse selon laquelle les liens entre les deux paroisses se sont resserrés à partir du moment où un natif de Gallio est venu vivre dans la cure de Borso. Le dépouillement systématique des registres de Borso m’a même permis de constater qu’un frère et une sœur de Giacomo Finco se sont établis à Borso, après 1797.

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Trois des enfants de Domenico FINCO et Maria FRACCARO, natifs de Gallio, se sont établis à Borso.

En 1691 à Paderno

J’ai trouvé un autre exemple du même ordre parmi mes ancêtres de Paderno, soit dans la branche de mon arrière grand-mère, Maria ANDREATTA.
Girolama MANNO (sosa n°321 de mon père) est native d’Asolo mais c’est à Paderno qu’elle épouse Alvise ANDREATTA le 26 février 1691. L’acte de mariage nous donne la raison de cette union hors de la paroisse de baptême de la mariée : au moment de son mariage Girolama vit à Paderno, chez son frère qui est le prêtre de la paroisse.

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Mariage de « Girolama figlia di ser Nicolo Manno d’Asolo, hora habitante in paderno in casa con suo fratello, don Girolamo parocho »

Compte tenu de la très forte propension des familles de Paderno à ne pas aller chercher des unions hors du territoire communal, je pense qu’en 1691 l’union entre mes ancêtres Alvise ANDREATTA, natif de Fietta (hameau de Paderno), et Girolama MANNO, native d’Asolo, aurait été très improbable si le frère de Girolama n’avait pas été nommé un jour prêtre dans la paroisse de Paderno. Et ceci même si Paderno et Asolo ne sont distants que de 6 km…

Sans avoir le droit de transmettre son ADN à une nouvelle génération, un prêtre pouvait donc néanmoins contribuer à apporter du « sang neuf » dans une paroisse, par l’intermédiaire des membres de sa famille qui venaient le visiter ou le seconder dans les tâches quotidiennes et finissaient par s’y établir.

Avez-vous répertorié des exemples similaires lors de vos recherches ?

Source

* Brunet Serge, « Les prêtres des campagnes de la France du XVIIe siècle : la grande mutation », Dix-septième siècle 1/2007 (n° 234) , p. 49-82
URL : www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2007-1-page-49.htm.
DOI : 10.3917/dss.071.0049.


2 comments to this article

  1. Jean-Michel Girardot

    on 9 octobre 2016 at 20 h 04 min - Répondre

    Étude intéressante. Peut-être ces prêtres jouaient-ils un rôle de « marieurs » ?

    • venarbol

      on 9 octobre 2016 at 20 h 26 min - Répondre

      venarbol

      Il est possible que ces prêtres aient volontairement favorisé le mariage de jeunes filles de leur famille ou de leur commune d’origine. Je ne sais s’ils avaient conscience de limiter ainsi la consanguinité.

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