Ancêtres italiens : rechercher ses « cousins américains »

La vague iconoclaste lancée suite aux événements de l’été 2017 à Charlottesville (Virginie) a fait trembler la statue new-yorkaise de Christophe Colomb. Annonçant qu’un comité d’experts et d’élus allait examiner les « objets porteurs de haine » à supprimer, le maire de la ville n’avait en effet pas exclu que Christophe Colomb en fasse partie. Une vague de protestation et de boycott des italo-américains de la grande pomme l’ont finalement fait reculer. Mais le Génois « découvreur » du Nouveau Monde, dont les immigrants italiens ont fait l’emblème de leur fierté, est accusé depuis plusieurs années par d’autres d’être à l’origine de l’esclavage et du génocide des populations natives d’Amérique.

Malgré tout, une proclamation annuelle signée par le président des États-Unis d’Amérique désigne cette année encore le mois d’octobre comme celui des célébrations de l’héritage italien des USA. Selon les organisations qui le célèbrent, octobre est baptisé « Italian American Heritage Month », « Italian American History Month », « Italian Heritage Month », « Italian Culture Month », « Italian Heritage and Culture Month » ou « Italian History Month », mais l’intention est la même : célébrer le fait que plus de 5,4 millions d’Italiens ont immigré aux USA entre 1820 et 1992 et que le continent lui-même tire son nom de celui d’un explorateur et géographe italien, Amerigo Vespucci
Les premiers habitants du « bel paese » arrivent assez tôt aux USA, par petits groupes, fuyant les conséquences de l’échec des mouvements révolutionnaires qui ont secoué l’Italie en 1848 et 1861. Mais l’émigration italienne massive commence réellement dans les années 1880, concernant majoritairement des Italiens venus du nord de la péninsule. Elle connait son apogée de 1900 à 1914, alors que la communauté originaire du sud émigre à son tour en grand nombre. Entre 1880 et 1900, 655.888 Italiens débarquent aux États-Unis. A l’aube de la première guerre mondiale, plus de 4 millions d’émigrants Italiens ont déjà débarqué aux USA et en 2017 plus de 26 millions d’États-uniens possèdent des origines italiennes.

Les généalogistes français qui recherchent leurs origines italiennes sont donc nombreux à posséder des « cousins américains », pour peu qu’ils remontent deux ou trois générations. Cet article vise à leur donner quelques pistes pour les trouver.

Les registres de débarquement

Outre la mémoire familiale, la première source d’information, chronologiquement parlant, est constituée par les registres de débarquement sur le territoire des États-Unis. Les départs d’Europe n’ont en effet pas toujours été enregistrés et les archives italiennes des demandes de passeport pas toujours conservées. Tous ceux qui débarquaient sur la côte est des USA n’avaient pas l’intention d’y rester, certains étaient des « non immigrant aliens », venus uniquement pour travailler quelques années, d’autres étaient en transit vers le Canada.

Castle Garden

De 1820 à 1892, année d’ouverture du centre d’Ellis Island, l’entrée sur le territoire des États-Unis avait lieu à Castle Garden, site connu aujourd’hui comme Castle Clinton et situé au sud de Manhattan. La base de données de ce site contient l’enregistrement de plus de 11 millions de dossiers d’immigrants.

La recherche des passagers, gratuite, est disponible à cette adresse : http://www.castlegarden.org/searcher.php

Formulaire de recherche du site de Castle Garden

Le formulaire propose plusieurs champs, qu’il n’est pas obligatoire de renseigner tous :

  • nom du bateau
  • port de départ
  • prénom
  • patronyme
  • profession
  • dernier pays de résidence
  • dernière province de résidence
  • dernier lieu de résidence
  • intervalle de date (de 1820 à 1913)

Il est possible d’utiliser le caractère joker * pour remplacer une ou plusieurs lettres en fin ou au milieu d’un mot. Les informations de type « pays » ou « port de départ » doivent être saisies en anglais. Pour Genova, chercher « Genoa », pour Le Havre chercher « Havre », pour Napoli chercher « Naples ».
La requête doit néanmoins être suffisamment précise, car une recherche avec uniquement « Italy » en tant que dernier pays de résidence semble aller au-delà des capacités du site.

A partir de la liste des réponses, cliquer sur un nom permet d’ouvrir la fiche de la personne. Y sont répertoriées toutes les informations sur son voyage et son état civil, telles qu’elle les a fournies à son arrivée. Du fait de la qualité des documents originaux et de l’habilité des indexeurs, les erreurs d’indexation sont inévitables. Il faut donc essayer plusieurs orthographes et combinaisons possibles.

Ellis Island

En 1892, le contrôle des arrivées est déplacé à Ellis Island, une île située à l’embouchure de l’Hudson à New York, Les chiffres annoncés sur le site de la fondation The statue of liberty – Ellis Island suffisent à montrer l’ampleur du phénomène migratoire : 60 millions d’enregistrements de débarquements enregistrés dans la base de données, dont 1 million pour la seule année 1907, 25.000 arrivées par jour, des interprètes de 34 langues…

La recherche des passagers est disponible à cette adresse : https://www.libertyellisfoundation.org/passenger

Formulaire de recherche de passager du site d’Ellis Island

Les options pour le nom (Last Name) et le prénom ou son initiale (First Name or initial) sont :

  • contient (Contains)
  • correspondance exacte (Exact matches)
  • correspondance proche (Close matches)
  • ressemble à (Sounds like)
  • variante orthographique (Alternate spelling)
  • Prénom à la place du nom (Last Name as First)

L’option Wizard permet d’affiner les résultats en filtrant sur différents critères : sexe (Gender), par statut marital (Marital status), âge à l’arrivée, année de naissance, port de départ, nom du bateau…

L’interrogation de la base de données est gratuite mais il faut s’enregistrer pour afficher tous les résultats. Cela permet également d’enregistrer ses recherches.
La liste des résultats présente des informations de base sur les personnes (nom, année d’arrivée, dernier lieu de résidence, nom du bateau) :

Elle propose trois actions, matérialisées par des icônes présentes en fin de chaque ligne :

Passenger Record « certificat » d’arrivée du passager
Ship image photographie du bateau
Ship Manifest Image du document original dans lequel les informations ont été enregistrées.
La consultation de ce document est de loin l’option la plus intéressante pour le généalogiste !

Il est également possible d’accéder à un formulaire proposant la recherche dans différents champs en cliquant sur « One page form » ou de rechercher par bateau.
Les documents peuvent être affichés sur le site et il est également possible de les acheter, voire de faire inscrire ses ancêtres immigrants sur le « mur de l’honneur » (Wall of honor). Ces dispositions doivent surtout être prisées des « italo-américains de souche ».

Tous les candidats à l’immigration ne parvenaient néanmoins pas sur le sol américain. Certains étaient renvoyés en Europe et d’autres mourraient après avoir été placés en quarantaine suite aux contrôles sanitaires.
La page The forgotten of Ellis Island (les oubliés d’Ellis Island) recense ceux qui sont ainsi morts dans les hôpitaux de Hoffman Island et Swinburne Island, entre 1909 et 1911.

Bases spécifiques aux italiens

FamilySearch permet de rechercher les arrivées d’Italiens aux USA de 1855 à 1900 dans la collection United States Italians to America Index, 1855-1900

Le site ItalianImmigrants.org offre pour sa part une recherche dans un base de données de 617.693 passagers italiens arrivés à Baltimore, Boston, la Nouvelle-Orléans, New York et Philadelphie entre 1855 et 1900.

Recensements civils

Le site FamilySearch permet d’avoir accès aux recensements de divers pays, dont ceux des USA de 1790 à 1940. Pour les consulter, il faut rechercher dans le catalogue en saisissant « United States » dans le champ « Lieu » et « census » dans le champ « Sujets ».

Certains de ces recensements ont été indexés. Pour interroger ces index, choisissez les réponses dont le nom se termine par « Indexes ». Dans ces recensements, les prénoms des immigrants italiens ont souvent été « américanisés », Luigi devenant Luis, Giovanni devenant John, Maria devenant Mary… L’orthographe des patronymes est parfois un peu fantaisiste, autant sur les documents initiaux que dans les index, mais la recherche dans les index ne se limite pas aux correspondances exactes.

Recensements militaires

Au moment de la première guerre mondiale, trois vagues de recensement se sont déroulées sur le territoire des USA. Ils ne concernaient pas que les citoyens américains mais tous les hommes valides. Le premier lancé le 5 juin 1917 concernant les hommes de 21 à 31 ans, un an plus tard ont été recensés les hommes qui avaient eu 21 ans entre temps. Le 12 septembre 1918, la procédure a été étendue à la plage des 18 – 45 ans.
24 millions d’hommes ont ainsi été répertoriés, dont 554.239 nés en Italie…

La collection a été indexée dans FamilySearch : https://www.familysearch.org/search/collection/1968530

Naturalisations

Nombreux étaient les immigrés qui souhaitaient acquérir la nationalité américaine. Ils devaient pour cela manifester leur intention en déposant une « declaration of intention ». Il est possible de rechercher en ligne parmi certaines ressources relatives à ce sujet :
– Ancestry propose à ses abonnés de rechercher parmi les U.S., Naturalization Records, 1840-1957
– FamilySearch permet de feuilleter gratuitement (mais sans index) les demandes de naturalisation des Italiens de 1897 à 1906 : Declarations of intentions, Italy, 1897-1906

Pour poursuivre…

Vous trouverez d’autres liens dans la rubrique Émigration vers le continent américain du menu « Liens généal’utiles » de ce site.

Dans un prochain article, je vous présenterai les résultats que j’ai obtenus en passant au crible certaines de ces ressources, à la recherche des natifs de Borso del Grappa partis vers les USA.

J’ai déjà décrit le parcours de certains d’entre eux, appartenant à ma famille, dans ma « chronique familiale » :

4 comments to this article

  1. jmg013

    on 22 octobre 2017 at 18 h 32 min - Répondre

    Bel article, bien documenté. Une pensée pour Al Capone 🙂

    • venarbol

      on 22 octobre 2017 at 18 h 52 min - Répondre

      venarbol

      Merci ! Mais bon, pour Al Capone je ne suis pas certaine… 😉

  2. Jean Louis Valory

    on 23 octobre 2017 at 11 h 33 min - Répondre

    Encore un article clair et précis. Merci
    Une question: pensez-vous revenir sur la conversion gedcom vers Gephi.

    • venarbol

      on 23 octobre 2017 at 18 h 10 min - Répondre

      venarbol

      Merci pour votre visite.
      Pour gedcom et Gephi, je n’y ai pas pensé depuis un certain temps, mais pourquoi pas. Il faudrait que je réfléchisse au préalable aux données que je veux mettre en évidence via les réseaux.

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