Des épines et du hasard

Parmi les « épines généalogiques » que j’avais recensées dans ma généalogie en 2014, figurait le mystère du lieu de mariage de Cecilia ORSO et Martin GUADAGNIN (sosas 97 et 96 de mon père), tous deux nés et baptisés à Borso, comme leurs enfants, mais qui ne s’y étaient pourtant pas mariés. Le hasard d’une rencontre vient de m’offrir la réponse au mystère du lieu de leur union.

J’avais décrit le problème en ces termes, dans un article publié en janvier 2014 :

Mon ancêtre Martin Guadagnin est né à Borso le 26 novembre 1717. Son épouse Cecilia Orso est elle même née à Borso le 21 mars 1720. Les enfants du couple sont eux aussi nés à Borso. Compte tenu des dates de baptême, je pense que leur mariage a été célébré vers 1739. Mais je n’en trouve aucune trace dans les registres de Borso, alors que la coutume voulait qu’un mariage soit célébré dans la paroisse de l’épouse, et qu’en outre dans ce cas les deux époux relevaient de la paroisse de Borso…

A cette époque, compte tenu des informations dont je disposais sur la famille de Cecilia Orso, j’avais envisagé que le mariage ait pu être célébré dans la paroisse de Mussolente, distante de quelques kilomètres de Borso. Mais une visite à la paroisse de Mussolente en 2016 avait révélé que cette hypothèse n’était pas la bonne, puisque les registres ne comportaient aucune trace de cette union.

Le mystère était donc resté entier pour moi, jusqu’à ce jour de juillet 2018 où le hasard m’a donné un coup de pouce.

Me trouvant de nouveau en Vénétie, j’avais décidé d’en profiter pour lancer ma ligne dans une nouvelle direction, celle de Sant’Eulalia, hameau appelé parfois Sant’Ilaria et rattaché administrativement à la commune de Borso del Grappa, mais disposant de sa propre paroisse et donc de ses propres registres paroissiaux.
Je cherchais à explorer la piste selon laquelle mon ancêtre Lucia CARRARO (sosa 227 de mon père) serait originaire de cette paroisse. Grâce à ma cousine, j’ai pu me rendre chez un passionné atteint par la même maladie que moi, car il a entrepris de dépouiller systématiquement les registres de Sant’Eulalia. Cette rencontre m’a permis de confirmer mon hypothèse, d’ajouter une génération à mon arbre et de trouver une nouvelle piste à suivre, vers Romano d’Ezzelino.

Mais le plus étonnant reste à venir. Cette personne nous a reçu dans son bureau, dans lequel elle était justement occupée à dépouiller le registres des mariages du début du XVIIIe s, ouvert sur un lutrin aux côtés de son PC. Je ne peux résister à l’appel de ses pages et mes yeux se posent sur le dernier acte de la page de droite, attirés comme un aimant par les mots « Guadagnin » et « Borso ». Je m’attarde quelques secondes pour lire toutes les lignes et ne peux cacher ma joie : il est bien là ce mariage que je cherche depuis 4 ans et que je n’aurais jamais pensé trouver dans cette paroisse !

29 juin 1738, paroisse de Sant’Eulalia : mariage de Martin q. Francesco GUADAGNIN et de Cecilia di Francesco ORSO

L’acte stipule que le 27 juin 1738, le prêtre a uni par le mariage « Martin q. Francesco Guadagnin da Borso » et « Cecilia di Francesco Orso di questa villa« . La mention « di questa villa » indique que Cecilia Orso vivait dans la paroisse de Sant’Eulalia au moment de son mariage. C’est donc là que fort logiquement elle a épousé Martin Guadagnin.

Un mystère est donc résolu, mais comme souvent il appelle une nouvelle question : que faisait Cecilia Orso à Sant’Eulalia ? Le patronyme n’est pas typique de la paroisse,  je le pense toujours originaire de Mussolente. Cecilia a donc vécu à Sant’Eulalia quelques années, entre 1720 et 1738. Y résidait-elle seule ou avec ses parents… ?

Les paroisses fréquentées par la famille Orso sur la carte du Territorio Trevigiano de Magini, Giovanni Antonio, 1555-1617 – (source : https://www.oldmapsonline.org)

Pour répondre à cette question, il me faudrait me replonger dans les registres de Sant’Eulalia, avec toutes les complications que cela signifie pour des recherches en Italie, puisque rien n’est en ligne quand il est question des registres paroissiaux.

La technique de l’escargot, chère aux généalogistes, prend ici tout son sens, autant en termes de cheminement que de vitesse de progression !

 

 

 

 


5 comments to this article

  1. mascarenhas974

    on 4 août 2018 at 15 h 04 min - Répondre

    Trouver quelque chose que l’on ne cherchait pas, rencontrer un passionné, et le tout sur les terres de tes ancêtres …. après l’éclipse, les planètes semblent continuer de bien s’aligner. Merci pour le partage. 🙂

    • venarbol

      on 4 août 2018 at 17 h 06 min - Répondre

      venarbol

      oui, cette rencontre était comme un cadeau, clin d’œil de mes ancêtres ! 😉

  2. Briqueloup

    on 4 août 2018 at 23 h 13 min - Répondre

    Quelle belle histoire et si joliment racontée. Les fleurs qui ont des épines ne sont pas simples à cueillir, mais tu constitues un beau bouquet (enfin un bel arbre) !

    • venarbol

      on 5 août 2018 at 8 h 34 min - Répondre

      venarbol

      merci ! Les fleurs à épines sont peut-être bien les plus belles à cueillir pour un généalogiste 😉

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