La généalogie transalpine

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la méthodologie à suivre pour faire des recherches généalogiques en Italie, j’ai lu très souvent la mise en garde suivante :
« Lorsque vous écrivez en Italie, ne dites pas que vous faites de la généalogie, les Italiens ne voient pas cela d’un bon œil. Dites que vous faites des recherches sur l’histoire de votre famille… »

Je ne sais pas si cet avertissement relève de la légende urbaine ou s’il correspond à une réalité, passée ou encore actuelle, mais rien dans ma petite expérience ne m’a permis de le vérifier. Bien sûr, j’ai fait l’expérience d’écrire à des communes ou à des paroisses sans obtenir aucune réponse (même en ayant glissé dans l’enveloppe un billet de 10 euros pour les « bonnes œuvres »), à commencer malheureusement par la commune qui m’intéresse le plus ! Mais j’ai aussi obtenu suite à d’autres contacts des renseignements avec rapidité, amabilité et parfois sans débourser un centime.
Les efforts progressifs de mise en ligne des archives, même encore trop limités dans le temps et la couverture géographique, tout comme l’essor des forums spécialisés ou des sites personnels, montrent quand même que l’Italie et les Italiens s’intéressent de plus en plus à leurs racines.

Il existe néanmoins quelques différences dans la perception du périmètre de la généalogie de part et d’autre des Alpes et ces différences me semblent liées, entre autres, à une nuance dans l’appropriation du patronyme.
En France, une personne qui commence son arbre généalogique s’intéresse en général à l’ascendance de ses quatre grands-parents. Certains ne cherchent que leurs ascendants directs, d’autres élargissent aux collatéraux, mais la plupart essaient de remonter aussi bien la branche dont ils portent le nom que les trois autres. Un Français considère en général que son héritage génétique et généalogique est constitué de quatre contributions d’égale importance, en dehors bien sûr de toute considération affective.
En Italie le patronyme semble avoir une plus grande importance. Une Italienne ne perd d’ailleurs jamais le sien, même après s’être mariée, même dans la vie courante. Si mademoiselle XXX épouse monsieur YYY, elle devient « Signora XXX » ou « Signora XXX in YYY » (Mme XXX épouse YYY). Dans le même temps, une Française qui se marie devient aux yeux de la société « Mme YYY » ou à la rigueur « Mme YYY née XXX », perdant même parfois au passage son prénom (« Mme Pierre YYY »), hormis il est vrai dans quelques documents administratifs. Si elle devient veuve, l’Italienne reste « Signora XXX », la Française devient « Mme veuve YYY », « Mme veuve Pierre YYY ». Seul un divorce lui rend l’usage de son patronyme.
J’aurais envie de croire que la pratique des Italiens montre leur respect pour l’identité des femmes. Mais je crains qu’il ne s’agisse plutôt d’une forme de respect pour l’intégrité de la lignée agnatique, qui ne doit pas être « diluée » par l’ajout d’éléments extérieurs, appartenant à une autre lignée.
Dans la ville d’origine de mon père, je suis une « Benetel » (surnom de la branche de mon père) et je le resterai jusqu’à la fin de mes jours quoi qu’il advienne. Mes enfants ne pourraient par contre jamais être des « Benetel », à moins que leur père n’en soit un lui aussi. Ils seraient rattachés définitivement et exclusivement à la branche de leur père. De même je ne suis pas une « Guadagnin », alors que je me sens autant l’héritière de ma grand-mère paternelle que de mon grand-père.

En France, la loi permet aux parents d’enfants nés après le 1er janvier 2005 de choisir le nom de famille de leur enfant parmi les 4 combinaisons suivantes : nom du père ; nom de la mère ; nom du père – nom de la mère ; nom de la mère – nom du père. A défaut de déclaration, l’enfant est enregistré sous le nom de son père.
L’Italie n’a pas encore franchi ce pas et le seul patronyme possible pour un enfant nouveau-né est celui de son père (ou celui de sa mère s’il est né de père inconnu). La loi italienne ne suit donc pas encore la législation européenne sur la parité des droits entre hommes et femmes. Un pas a été néanmoins franchi en juillet 2011, avec une proposition de modification de l’article de loi concerné, modification qui n’a toutefois pas encore été acceptée par le sénat.

Pour en revenir au titre de ce post, je conclurai en constatant que les recherches généalogiques en Italie se concentrent donc essentiellement sur l’histoire du patronyme et sa transmission d’une génération à une autre. Je sais que j’en ai surpris quelques-uns en leur disant que je m’intéressais aussi aux lignées des femmes de mon arbre italien…

Plus d’informations :
Tuttogenealogia : Site et forum italiens de généalogie
Loi française n°2002-304 relative au nom de famille (Légifrance)
Site italien en faveur du droit à la transmission aux enfants du patronyme de la mère

5 comments to this article

  1. Cristina

    on 19 janvier 2012 at 23 h 04 min - Répondre

    In Italia sul lavoro oggi si mantiene il proprio cognome anche se si è sposati, per es. mia madre che era insegnante era conosciuta a scuola col proprio cognome e non con quello del marito… però quando lei ha cominciato ad insegnare circa 35 anni fa molte colleghe venivano ancora registrate con un doppio cognome il proprio e quello del marito… adesso che è vedova è tornata effettivamente anche negli altri documenti con il cognome di prima del matrimonio… di recente su un atto da un notaio non c’era neanche scritto vedova, ma « libera », non so però se in passato era diverso…

    comunque io ho iniziato le mie ricerche genealogiche proprio per scoprire l’origine del doppio cognome di mia madre… un doppio cognome non nobile, ma borghese non è infatti frequente in Italia… di solito dietro c’è qualcuno che non vuole vedere estinguersi il proprio cognome e lo lascia ad un discendente indiretto, ma per fare questo oggi serve un decreto del presidente della repubblica e in passato ne serviva uno del re tanto che io ho rintracciato il testo del regio decreto del re Umberto I datato 1896 che autorizzava il mio trisnonno e i suoi discendenti ad aggiungere al cognome originario di Di Pietro quello aggiuntivo di Bileggi… purtroppo il mio trisnonno non ha avuto molti discendenti e quindi questo doppio cognome si estinguerà comunque nel giro di pochi anni…

  2. Cristina

    on 19 janvier 2012 at 23 h 08 min - Répondre

    Comunque… dimenticavo… secondo me la differenza maggiore non è questa, ma la spontaneità con cui i francesi ammettono nei forum di genealogia che il loro nonno o bisnonno era un figlio illegittimo oppure un trovatello a cui è stato dato un cognome fittizio… in Italia la maggior parte delle persone ancora si imbarazza ad ammettere un’origine di questo tipo anche dopo 100 anni…

    • venarbol

      on 19 janvier 2012 at 23 h 21 min - Répondre

      venarbol

      Grazie per questa testimonianza !

      Le fait qu’il existe en Italie une « gêne » à admettre que son aïeul était un enfant abandonné est à mon sens une confirmation de la force du patronyme en tant que reconnaissance de l’appartenance à la « maison » des ancêtres dont on porte le nom. Un patronyme donné par les employés de l’assistance publique ou des membres du clergé est moins chargé d’histoire et d’ancienneté, dont peut-être perçu comme moins « noble » par les Italiens.

  3. Cristina

    on 21 janvier 2012 at 15 h 38 min - Répondre

    In realtà ci sono cognomi soprattutto al sud Italia come Esposito o tutti i cognomi con la parola Dio inserita all’interno che indicano che un antenato ormai lontano era un trovatello e gli è stato dato un cognome fittizio, ma non è tanto questo un motivo di imbarazzo (in parte anche questo, ma di solito l’origine di questi cognomi comincia ad essere lontana nel tempo) quanto il fatto che una nonna o una bisnonna abbia avuto dei figli fuori dal matrimonio…

    I casi che io ho trovato nei registri francesi di fine ‘800 di bambini nati fuori dal matrimonio e poi riconosciuti dopo il matrimonio dei genitori oppure riconosciuti dal padre diversi anni dopo la nascita anche se i genitori non erano sposati in Italia sono quasi inesistenti… anche per il fatto che un uomo sposato non poteva riconoscere un figlio avuto da un’altra donna fuori dal matrimonio… quindi difficilmente un bambino nato in modo irregolare poi veniva regolarizzato per cui nei secoli passati veniva facilmente abbandonato presso la ruota di qualche convento e in tempi più recenti cresciuto solo dalla madre o messo in qualche collegio…

  4. Cristina

    on 21 janvier 2012 at 15 h 54 min - Répondre

    Nell’Italia di fine ‘800 rimase famoso il caso di Giuseppe Garibaldi che smosse mari e monti per ottenere l’annullamento del suo disastroso matrimonio con la marchesina Giuseppina Raimondi in modo da poter sposare la sua nuova compagna e soprattutto da poter dare il proprio cognome ai 3 figli che aveva avuto da lei…
    minacciò persino di trasferirsi all’estero e di chiedere la cittadinanza inglese o francese pur di far sì che questi bambini avessero il suo cognome e quindi tutti i diritti che derivavano dal loro riconoscimento…

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