« généalogie », un mot toujours tabou en Italie ?

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la généalogie italienne, j’ai lu à plusieurs reprises cette mise en garde : « si vous écrivez ou allez en Italie, ne dites pas que vos demandes d’actes concernent la généalogie, dites que vous travaillez sur votre histoire familiale. Les Italiens se méfient des généalogistes, qu’ils considèrent comme des voleurs d’héritage ».

Cette réflexion est certainement issue d’une expérience vécue, mais je ne pense pas qu’on puisse continuer à répéter que les Italiens sont allergiques au mot « généalogie ».
Je m’appuie pour cela sur plusieurs exemples récents :

Le site Antenati a été créé en 2011 par les services d’archives d’état italiens pour mettre en ligne les images d’actes d’état civil numérisées suite à l’accord passé avec FamilySearch. Il annonce son ambition en ces termes :

… »organizzare e rendere disponibile l’enorme patrimonio documentario degli atti di stato civile esistente negli Archivi di Stato per condurre ricerche anagrafiche e genealogiche« …

soit « organiser et rendre disponible l’énorme patrimoine documentaire des actes d’état civil conservés par les archives d’état à des fins de recherche d’état civil et généalogiques ». Le mot « tabou » est donc lâché par les services officiels !

Antenati

Page d’accueil du portail Antenati

Tout comme en France, les généalogistes amateurs d’Italie s’organisent pour partager leurs connaissances et s’entraider sur internet et sur les réseaux sociaux.
Parmi les initiatives en ligne :

  • le forum TuttoGenealogia, sous-titré « Tutto per le tue ricerche genealogiche » (tout pour tes recherches généalogiques)
  • le groupe Facebook Amici della genealogia (les amis de la généalogie)

A Modena, se tient en novembre 2014, la « V Conferenza Internazionale di Genealogia« , autrement dit la « 5ème conférence internationale de généalogie », manifestation organisée par l’association Nonsoloscuola, en partenariat avec FamilySearch et les archives d’état de la province.

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Bandeau de la conférence
(source Associazione Nonsoloscuola)

 

Les généalogistes professionnels italiens ont pour leur part dépassé le stade de la généalogie successorale et ils savent que de plus en plus de personnes, en Italie et au delà, cherchent leurs racines italiennes. C’est ainsi par exemple qu’est né le « museo del cognome« , dans un restaurant reconverti de la province de Salerno. Son fondateur va même tenir le premier stand italien à la session 2015 de RootsTech.

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Couverture de « Il mio albero genealogico »
(La Feltrinelli)

Dernier exemple, à mon sens le plus emblématique de la fin de l’allergie au mot « généalogie » en Italie : depuis quelques semaines, les Italiens disposent d’un livre en langue italienne « Il mio albero genealogico » dans lequel leur est expliqué comment faire un arbre généalogique !
Avec ce livre, les auteurs Marco Di Bartolo et Mauro Novaresio ambitionnent d’offrir au lecteur « … toutes les informations nécessaires pour créer son arbre généalogique, reconstruire les liens familiaux en interrogeant ses parents et en se fondant sur les écrits et les photographies, savoir comment chercher dans les archives communales, paroissiales, diocésaines, notariales et d’état, connaître l’héraldique et les titres de noblesse, découvrir les principaux sites internet relatifs à la généalogie…« .
Le livre propose également sous forme de poster un arbre illustré en couleur de 7 générations à compléter et un exemple de généalogie à l’orientation bien italienne : la lignée agnatique du Pape François, dont la famille est originaire de la province d’Asti, au Piémont.

Je n’ai pas résisté à l’envie de savoir comment les choses étaient présentées aux Italiens et si ce livre mentionnait des pistes qui m’étaient inconnues. Je l’ai donc commandé sur le site laFeltrinelli.it. Au passage j’aimerais bien savoir comment les Italiens parviennent à vendre pour 12,90 euros un livre de 140 pages avec illustrations en couleur, papier à fort grammage et couverture rigide. A moins que ce ne soit la France qui se distingue en commercialisant les livres au prix du caviar…
Je n’ai rien appris avec cette lecture (quelque part, ça me rassure) mais l’initiative est très positive. Seul bémol : bien que la première édition date de 2014, le texte d’origine doit être plus ancien et aurait mérité une mise à jour avant l’impression : les pages relatives aux recherches en ligne ne mentionnent pas le portail Antenati, qui est pourtant le site officiel des archives italiennes pour ce qui concerne les ressources en ligne, et pour la publication en ligne d’un arbre elles signalent le site phpgedview.net, alors qu’il a été remplacé par webtrees depuis près de 4 ans !

Il n’en reste pas moins qu’il est parfois difficile d’obtenir des réponses aux demandes faites en Italie auprès des services de l’état civil et des paroisses. Mais je pense qu’on peut décréter officiellement que le tabou de la généalogie n’a plus cours chez nos voisins transalpins.

One comment to this article

  1. Benoît petit

    on 9 novembre 2014 at 20 h 29 min - Répondre

    Merci beaucoup pour ce retour Nathalie. Je fais suivre ton article.

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