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A comme Alpini

Sophie Boudarel, auteure du blog “La gazette des ancêtres”, a lancé une initiative intéressante en mars dernier (je ne la découvre qu’aujourd’hui…) : relever un challenge en publiant chaque jour du mois d’avril un article sur son blog de généalogie, centré sur une des lettres de l’alphabet (26 lettres dans l’alphabet et 30 jours en avril, humm, voilà donc dès le départ un challenge dans le challenge…). J’ai décidé de me lancer dans l’aventure, avec quatre jours de retard à rattraper, en publiant des articles liés de près ou de loin au thème de mon site (généalogie et/ou Vénétie).

Pour mon premier billet j’ai choisi :

A comme Alpini

Les Alpini sont les équivalents italiens des Chasseurs Alpins français. Lire la suite…


Sul ponte di Bassano

Sul ponte di Bassano
noi ci darem la mano,
noi ci darem la mano,
ed un bacin d’amor,
ed un bacin d’amor,
ed un bacin d’amor !

Per un bacin d’amore
successer tanti guai,
non lo credevo mai,
doverti abbandonar,
doverti abbandonar,
doverti abbandonar !

Doverti abbandonare,
volerti tanto bene !
E’ un giro di catene,
che m’incatena il cuor,
che m’incatena il cuor,
che m’incatena il cuor !

Che m’incatena il cuore,
che m’incatena i fianchi !
In mona tutti quanti
quelli che mi vol mal,
quelli che mi vol mal,
quelli che mi vol mal !

Anonyme, 1916

J’ai souvent entendu mon père
chanter cette chanson d’amour.
Elle fait référence au célèbre

“Ponte degli Alpini” ou “Ponte vecchio”
qui enjambe le Brenta,
à Bassano del Grappa (VI)
.


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Origine des Guadagnin de Borso

Lorsque j’ai commencé ces recherches généalogiques, je pensais que cette branche ne concernait que la famille de ma Nonna (grand-mère), Romana Guadagnin. Par la suite, j’ai découvert que mon Nonno possédait lui aussi une ascendance Guadagnin !

Une famille issue de Crespano

Alors que la majorité des patronymes typiques de l’Asolano se sont formés au cours des XVe et XVIe siècles, Guadagnin(i) fait partie des rares patronymes plus anciens qui ont traversé les siècles et sont arrivés intacts jusqu’à l’époque contemporaine. Il en est fait état en effet dès le XIVe siècle dans divers documents. Son fondateur Guadagnin del fu Odorico da Crespano (Guadagnin, fils du défunt Odorico de Crespano) est cité dans un acte notarié daté du 1er mai 1384.Lire la suite…


Origine des Andreatta de Fietta

Dans la Pedemontana, le patronyme Andreatta est typique de Fietta. Il s’est ensuite diffusé à Paderno, Crespano, Fonte ou San Zenone. Il est effectivement mentionné dans les textes à la fin du XVe siècle mais des documents plus anciens suggèrent que la famille aurait déjà pu être présente à Fietta en 1224.

Au XIIIe siècle : Lazzaro da Fietta

Des Chegna aux Andreatta et aux Fietta (Cliquez sur l’image pour agrandir l’arbre dans une nouvelle fenêtre)

Lazzaro da Fietta a rédigé son testament le 16 juin 1224, léguant ses biens à ses deux fils, Giacobino et Odorico. Si le second est parti à Treviso, Giacobino est resté à Fietta. Son petit-fils (?), lui-même fils d’un Lazzaro, Giacobino detto Chegna (Giacobino dit Chegna) y achète des terres, selon un acte daté du 29 juin 1340.

Par la suite, le petit-fils de Giacobino est présenté dans les actes comme Biasio detto del Schiva. Ses trois fils portent le nom del Schiva mais au patronyme de l’aîné, prénommé Andrea, est accolé le surnom Andreatta, sans doute du fait de son prénom. Il devient donc Andrea del Schiva detto Andreatta. Un siècle plus tard, ses descendants sont appelés simplement Andreatta. La famille de son petit-fils Bartolomeo va s’établir dans le lieu-dit Canil, toponyme qui sera son surnom (Andreatta detto Canil ou da Canil) avant de devenir le patronyme de ses descendants. Le patronyme Canil est encore présent aujourd’hui à Paderno.

Le neveu d’Andrea, Giovanni del Schiva, vit avec son oncle dont il adopte le nom, sous la forme Giovanni Andreatta del Schiva.

Certaines branches de la famille se sont par la suite établies dans des villes voisines : Bassano, Asolo, Paderno… C’est le cas de Giovanni Andreatta Del Schiva et de ses descendants. Les membres de cette famille on alors été appelés da Fietta ou Fietta, en référence à leur village d’origine, et les patronymes Andreatta ou del Schiva n’ont progressivement plus été utilisés pour les désigner.

La “villa Fietta” à Paderno del Grappa

La branche d’Andrea, puis de Biasio son fils, a pris une place importante dans l’histoire de Fietta. En 1472, la famille de Biasio del Schiva, était la plus riche de Fietta. Il n’est donc pas étonnant qu’elle se soit liée par mariage avec la famille des Guadagnini, qui dominait pour sa part la ville voisine de Crespano : Maria, la sœur de Biasio, a épousé le discretus vir Pietro Guadagnini, fils de Giovanni, et Giovittore, le fils de Biasio, a épousé Caterina Guadagnini, fille du discretus vir Bartolomeo Guadagnini et petite-fille du même Giovanni Guadagnini.

Andrea del Schiva detto Andreatta semble donc être l’ancêtre de bon nombre de familles Andreatta et Canil, dont certaines vivent encore aujourd’hui à Fietta et Paderno. Alvise Andreatta, le fondateur de la branche des “Lovisat” à laquelle appartient mon arrière grand-mère Maria Andreatta, descend en ligne directe du couple formé par Giovittore Andreatta et Caterina Guadagnini.

Au XVIIIe siècle : le patronyme le plus porté à Paderno et Fietta

En 1759, Fietta et Paderno comptaient 47 foyers Andreatta (269 personnes). En 1815, 22 familles Andreatta vivaient à Paderno (soit 95 personnes) et 35 à Fietta (184 personnes). En 2004, Andreatta était encore l’un des patronymes les plus portés à Paderno et Fietta.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, jusqu’à 15 % de la population de la commune s’appelait Andreatta. Du fait de cette domination les divers foyers se sont vu attribuer des surnoms patronymiques (ménda) destinés à les différencier. Les surnoms étaient en général formés à partir d’un toponyme ou à partir du prénom du chef de famille. C’est ainsi qu’en 1815 on pouvait trouver à Paderno et Fietta des Andreatta “detto” Aiuto, Benet, Buset, Campagner, Campaner, Campo, Canevela, Canton, Chioret, Colomber, Costa, Cracio, Crostol, Cussoret, Formin, Franco, Gheno, Giachesa, Giachessa, Giorno, Lovisat, Mae, Mecoli, Meriga, Nanon, Paroncin, Patronio, Petronio, Pittus, Rechia, Sarenta

La branche de mon arrière grand-mère est celle des “Lovisat”, ménda dérivée du prénom de son ancêtre Alvise (équivalent vénitien de Luigi) Andreatta. Mais du XVIIe au XXe siècle, une déclinaison et de nouveaux surnoms ont fait leur apparition parmi les rameaux des Andreatta detti Lovisat :

Lovisat (branche de Giobatta, fils d’Alvise) Lovisat (Branche de Gerolamo, fils d’Alvise)
Lovisat

  • Berna
    • Luisat de la Moma
    • Sisto
    • Baldi
    • Ventura
  • De la Botega
  • Luisat de la Moma
    • Luisat Scarperol
    • Toniet Luvisat
    • Maschio
Lovisat

  • Zanol
  • Russo
  • Gir
  • Luisat dei Boschi
    • Luisat
    • Bernardi
    • Cich

L’histoire entre Brenta et Piave

Mes ancêtres italiens sont tous originaires de la Pedemontana (piémont, appelé aussi “Pedemonte”) du Monte Grappa, une région située au pied du Monte Grappa, sur la bande préalpine qui va du Brenta au Piave. et qui s’étire entre le massif calcaire préalpin et les collines qui descendent doucement vers la plaine du Pô et Venise.

Les fouilles archéologiques ont mis en évidence à Semonzo la présence d’habitants dès le paléolithique, des traces humaines remontant à 35.000 ans avant J.C. ayant été découvertes. A Castelcucco, les vestiges sont encore plus anciens puisqu’ils ont été datés de l’énéolithique (III-II millénaire avant J.C.). A Borso, des traces de sépultures datées entre le VIe et le Ve siècle avant J.C. ont été mises à jour.

Durant la période romaine, le territoire de Borso était constitué d’une plaine centrale, divisée en parcelles destinées à des exploitations agricoles, et de zones montagneuses non clôturées. A Semonzo, des vestiges romains datant du 1er siècle après J.C. ont été trouvés. Découvert près de l’actuelle église de San Eulalia, le sarcophage de Caius Vettonius Maximus a été daté du IIIe siècle après J.C. La présence romaine sur les pentes du Monte Grappa est attestée au moins jusqu’à 568, date de l’invasion des Longobards.

Asolo

Ces territoires furent longtemps dominés par Asolo (Acelum), ville romaine qui devint municipium et se développa surtout entre le Ier siècle avant J.C. et le Ier siècle après J.C. Elle accueillit un évêque au VIe siècle et garda son siège épiscopal jusqu’en 969. Après la chute d’Asolo, l’Asolano connut l’hégémonie successive de puissantes familles : Tempesta, Ezzelini, da Camino, Scaligeri, Carraresi.

Entre le XIe et le XIIIe siècle, le territoire fut dominé par la puissante famille des Ezzelini. Elle possédait un château à Borso, situé un peu au-dessus de l’église actuelle, mais il fut occupé puis détruit en 1267 par les trévisans, qui avaient tué son seigneur, Alberico da Romano, en 1261.

La première mention du nom de Semonzo date de 790 (“logo Somoncio”).

La première trace écrite connue du toponyme “Borso” date de 1085 et figure dans un acte attestant que l’abbaye bénédictine Ste Eufemia de Villanova (dans la province de Padoue) reçoit en donation un grand nombre de biens fonciers dans « le village appelé Borso » (“villa quae dicitur Bursus”). L’étymologie du toponyme n’est pas certaine. Parmi les hypothèses, l’une avance qu’il dérive de « bosso » (le buis), cet arbre étant très répandu dans la région, et une autre du nom propre « Bonaccorso », devenu Borso par syncope dans la langue locale.

La pax veneziana

En 1337, des nobles trévisans soulèvent la population en faveur de Venise, qui accepte cette nouvelle conquête mais ne la ratifie qu’en 1339. Cette première domination Vénitienne prend fin en 1379, durant la guerre contre Padoue. Mais la lutte des Vénitiens aboutit à la chute définitive de Francesco da Carrara en 1388. Le Bassanese, le Vicentino et le Trevigiano entrent alors sous la domination de Venise pour 4 siècles. Le Pedemonte est inclus dans le podestat d’Asolo, qui dépend de Treviso. C’est l’époque de la pax veneziana, qui représente pour les habitants du Pedemonte la sécurité et la prospérité, même si la vie est dure.

Un événement d’importance marquera les esprits durant cette période : Le 25 février 1695, jour de la Santa Costanza, un terrible tremblement de terre frappe toute la région. Il sera ressenti aussi bien à Asolo que dans les communes de la rive droite du Brenta. Sur les 294 maisons de la commune de Borso, 100 s’écroulent et les autres sont gravement endommagées. L’église est en partie détruite et son clocher abattu. Parmi les victimes de la commune, on dénombre trois membres de la famille Guadagnin.

Les communes rurales dépendant de Treviso sont gouvernées selon les statuts de Treviso :

  • Le droit de vote est donné au chef de famille, qu’il soit majeur ou non. Les veuves peuvent également en disposer.
  • L’assemblée des chefs de famille se nomme vicinìa (en vénitien visnà ou visnado). Dans certaines communes il existe deux vicine : une générale, qui réunit tous les chefs de famille, et une plus petite comportant les consiglieri (conseillers) et le merigo. La première élit le merigo (qui représente la commune à l’extérieur) et les conseillers. Parmi ces derniers, ceux qui recueillent le plus de votes sont déclarés uomini di comun. Ils représentent l’autorité suprême à l’intérieur de la commune, sur le plan administratif mais aussi pénal. La vicinìa peut également élire des “employés” de la commune, comme un percepteur ou un garde forestier.
  • Le renouvellement de cette assemblée se déroule chaque année.
Évolution démographique de quelques communes de la Pedemontana
année 1314 1706 1766
Semonzo 25 foyers 627 h 1076 h
Borso 45 foyers 1036 h 991 h
Sant Eulalia 5 foyers 565 h 470 h
Romano 60 foyers 987 h 1660 h
Mussolente 49 foyers 503 h 750 h
Liedolo 20 foyers 311 h 392 h
Crespano 30 foyers 1475 h
Paderno/Fietta 30 foyers 1670 h

Dans les cités plus importantes, comme Asolo, Bassano ou Treviso, siège le “Consiglio dei Nobili” (conseil des nobles), dont la charge se transmet de père en fils. Ne peuvent l’intégrer que des hommes particulièrement influents politiquement ou économiquement et résidant dans la cité depuis un certain nombre d’années (5 ans par exemple pour Asolo). Ses membres portent les titres de “Dominus”, “Nobilis Vir”, “Prudens Vir”, “Egregio Vir”… Il ne s’agit pas là d’une noblesse féodale mais plutôt d’une noblesse civique.

Parmi mes ancêtres, Battista de Cogno était consigliere de Borso en 1594 et Alvise Andreatta était uomo di comun de Fietta en 1696. Des membres des familles Andreatta, Fietta ou Guadagnin ont siégé au conseil des nobles d’Asolo, Bassano ou Treviso.

Le XIXe siècle, une époque très difficile

L’Asolano n’échappe pas aux remous que connaît la Vénétie après la chute de la République de Venise. Les troupes françaises de Napoléon déferlent dans les campagnes et emportent tout ce qu’elles trouvent.

En 1797 par exemple, les habitants de Semonzo dressent une liste des biens volés ou détruits entre septembre 1796 et octobre 1797 par les soldats français. Le total est évalué à 3266 lires. Tout ce qu’ils obtiennent en retour est l’occupation de la ville par un régiment de hussards durant 33 jours !

Après le traité de Campo Formio, fin 1797, l’Asolano est cédé à l’Autriche en tant que « Regno d’Italia, Dipartimento del Tagliamento, Distretto di Bassano, Cantone di Asolo ». Les communes de Borso-Sant’Ilaria et Semonzo sont distinctes. Le Traité de Presbourg en 1805 voit la Vénétie intégrer à nouveau le royaume napoléonien d’Italie. Borso et Semonzo y sont réunis sous le nom « Comune di Borso, Simonzo, Sant’Ilaria ». La réorganisation administrative décidée par Napoléon en 1807 rattacha l’Asolano au « Dipartimento del Bacchiglione ». A cette occasion, Paderno est divisé en deux : Paderno est rattaché à Castelcucco, Fietta à Crespano. Borso est constitué de : Borso, Semonzo et Sant Eulalia. La commune s’appelle Borso mais Semonzo devient chef-lieu de commune.

Dès octobre 1813, l’Asolano est réoccupé par les Autrichiens. L’état autrichien a besoin d’argent et impose de nouvelles taxes, que la population ne peut payer. On vient lui prélever par la force. Une vague de suicide est constatée, motivée par la pellagre et par le désespoir économique. Six suicides sont constatés en six mois en 1814 par le podestat d’Asolo.

Le 1er janvier 1816, le territoire de Borso – Semonzo et Sant Eulalia s’appellent officiellement « Comune di Borso ».

Au moment où la Vénétie intègre l’État Italien, la situation économique est terrible et l’Asolano ne fait pas exception. Durant les décennies précédentes, les populations ont dû faire face à des épidémies (1836, 1849, 1855) et à des guerres (1848, 1859, 1866).

En 1836 par exemple, après un hiver et un printemps très rigoureux, l’été est rythmé à Borso par de violents orages accompagnés de chutes de grêle exceptionnelles détruisant toutes les cultures. La population, déjà très éprouvée, subit en outre plusieurs tremblements de terre à partir du mois de juin de la même année, ce qui cause de très importants dommages, en particulier à Borso. Durant près de neuf mois, les secousses plus ou moins fortes sont quasiment quotidiennes. Et en juillet, l’épidémie de choléra qui sévissait en Italie atteint la région…

Une comptine de 1848 illustre l’état des populations de Vénétie, qui sortent enfin de plus de 50 ans de domination et de répression française et autrichienne :

Co San Marco comandava Quand Saint Marc commandait

(durant la République de Venise)

se disnava e se senava; On déjeunait et on dînait
Soto Franza, brava gente, Sous la France, ces braves gens

(période napoléonienne)

se disnava solamente; on déjeunait seulement
Soto casa de Lorena Sous la maison de Lorraine

(Autrichiens de la Maison de Habsbourg-Lorraine)

no se disna e no se sena; on ne déjeune ni on ne dîne

Par la suite, après l’unité italienne, une strophe fut ajoutée :

Soto casa de Savoia Sous la maison de Savoie

(la Famille de Savoie accède au trône d’Italie en 1861)

de magnar te ga voja! Il ne te reste plus que l’envie de manger

“La pappa al fogo”, tableau de Noè Bordignon (ca 1895) qui montre la dureté de la vie rurale en Vénétie à la fin du XIXe siècle (Source : http://studiomondi.altervista.org/)

Une grande vague d’émigration débute en Vénétie : entre 1870 et 1970, plus de 3 millions de Vénitiens abandonnèrent leur patrie pour chercher une meilleure qualité de vie, émigrant vers l’Amérique (au départ essentiellement au Brésil, puis en Argentine et aux USA) et, après la Seconde Guerre mondiale, vers l’Australie, les pays les plus développés de l’Europe ou d’autres régions d’Italie.

Borso del Grappa ne fit pas exception à la règle, de 10 émigrés en 1876 on passe à 35 en 1877. C’est ainsi que mon arbre généalogique comporte des branches américaine et française, et que j’écris aujourd’hui ce texte depuis la France.