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Mèrica, Mèrica

La Mèrica

Da l’Itália noi siamo partiti,
Siamo partiti c´o i nostri onori
Trenta e sei giorni de machina a vapore
E nela Mèrica noi siamo arrivà.

Nela Mèrica noi siamo arrivati,
No’ abiam trovato nè pàglia, nè fieno
Abiam dormito su´l nudo terreno,
Come le bestie abiam riposà.

E la Mèrica, l´è lunga e l´è larga
L´è circondata de monti e de piani
E co´la industria dei nostri italiani
Abiam fondato paesi e cità.

Mèrica, Mèrica, Mèrica,
Cosa sara la ‘sta Mèrica ?
Mèrica, Mèrica, Mèrica,
L´è un bel massolino di fior.

Paroles : Angelo Giusti, Compositeur inconnu

La vie des émigrés italiens n’était pas toujours rose à leur arrivée au Brésil, mais ils avaient conscience de bâtir un pays. C’est le thème de cette chanson écrite en langue vénitienne à partir d’un poème d’Angelo Giusti, et qui a valeur d’hymne pour les Italo-brésiliens.

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Les Italo-brésiliens de mon arbre

Les Vedovotto

Si l’hypothèse évoquée pour l’identité du Luigi Vedovotto rejoignant ses parents à New-York était avérée, le père de Luigi, Giovanni Vedovotto, n’aurait pas toujours vécu à New-York. Il est en effet enregistré parmi les immigrants de Vénétie au Brésil, tout comme sa femme Teresa Radossi, son fils Giovanni et la femme de ce dernier, Maria Fabbian.

Vittorio Vedovotto a débarqué à Rio de Janeiro le 21 juin 1882, accompagné de sa femme Maria Perocco et de leurs quatre enfants. Leur destination était la “Colonie de Silveira Martins” (Rio Grande do Sul), où ils avaient obtenu le lot n° 368. Toute la famille a fait souche à Santa Maria, dans l’état de Rio Grande do Sul. Ses descendants y vivent encore.

le 29 juin 1891, Giuseppe Vedovotto, sa femme Antonia Carlesso et leur fils Pietro débarquent à Santos (São Paulo), avec pour destination “Araraquara” (état de Saõ Paulo).

Deux mois plus tard, le 22 août 1891, un certain Pietro Vedovotto débarque lui aussi à Santos, accompagné de sa femme Domenica et de leur fille Elisabetta. S’agit-il du jeune frère de Giuseppe ?

Francesco Vedovotto, le frère de Vittorio parti à Silveira Martins, a lui aussi traversé l’Atlantique pour se rendre au Brésil, tout comme sa seconde épouse, Domenica Ziliotto. Etait-il accompagné de ses deux fils, Giovanni et Antonio ?

Massimiliano Vedovotto, issu de la branche de Càorle (VE), a émigré au Brésil au début du XXe siècle avec ses enfants. Certains de ses descendants sont aujourd’hui installés dans les états brésiliens de São Paulo ou de Minas Gerais.

Sur l’acte de mariage de Luigia Vedovotto, enregistré le 24 mars 1924 à Càorle, il est écrit qu’elle est née au Brésil (vers 1903 selon l’âge mentionné). Ses parents, Romeo Vedovotto et Antonia Gallo semblent donc avoir fait partie des Italiens qui sont allés chercher une vie meilleure au Brésil à la fin du XIXe siècle et qui en sont revenus. Peut-être ont-ils fait partie des victimes de la crise du café, qui a débuté vers 1906 et a privé de travail bon nombre d’émigrés alors contraints au retour.

La une de “A tribuna” le 26 janvier 1939 (source : Novo Milenio)

Tous les Vedovotto émigrés au Brésil n’y ont donc pas fait souche. Le patronyme Vedovotto est néanmoins toujours porté au Brésil, ce qui tend à montrer que certains Borsati s’y sont établis depuis plusieurs générations. Son orthographe a parfois un peu dérivé de la forme italienne, par exemple “Vedovoto“, “Vedvotto” ou “Veduvotto” en accord avec la prononciation brésilienne.

Publicité des chaussures Beni, dans les années 1970 (Source Museu Birigui)

En 1939 un dénommé Giovanni Vedovotto avait par exemple suffisamment assis sa position à Santos, dans l’état de São Paulo, pour y diriger l’école “Escola Alexandre Manzoni”, comme le stipule l’édition spéciale du journal local A Tribuna du 26 janvier 1939, publiée à l’occasion du centenaire de l’accès de cette cité au statut de municipalité, et qui répertoriait tous les établissements d’enseignement de Santos.

Autre exemple : deux frères, Benedito et Nalberto Vedovotto (orthographié parfois Veduvoto ou Veduvotto) ont dirigé pendant la décennie 1970-1980 une fabrique de chaussures, “Indústria de Calçados Beni”, dans la ville de Birigüi, capitale brésilienne de la chaussure située dans l’état de São Paulo.

Les Guadagnin

Comme de nombreux Italiens du Nord, des représentants des familles Guadagnin ont émigré principalement dans les états brésiliens de Saõ Paulo, Santa Catarina et Rio Grande do Sul.

Certaines familles portant le patronyme Guadagnin (et ses variantes) se sont regroupées au sein d’une association et se rassemblent régulièrement, comme en témoigne le site internet Familia Guadagnin

On y découvre que leurs ancêtres sont venus principalement de Bassano ou de Trebaseleghe (province de Padoue). Certains habitent même aujourd’hui à Nova Bassano, ville brésilienne de l’état de Rio Grande do Sul, baptisée ainsi par ses fondateurs italiens originaires de Bassano del Grappa.

Je n’ai pour l’instant pas trouvé de connexion entre ces familles et les Guadagnin de Borso. Mais la découverte de l’acte de décès de Pietro Guadagnin en 1836 à Trebaseleghe (voir Les migrations dans la Sérénissime) montre que les familles Guadagnin de Borso fréquentaient cette région de la province de Padoue dès le XIXe siècle. Certains auraient donc pu décider de s’y installer à demeure.


Les colonies de Rio Grande do Sul

Sur le territoire de la province du Rio Grande do Sul, les colons Allemands s’étaient installés dans les vallées du Rio Grande et de ses affluents. Les Italiens, arrivés un peu plus tard, ont occupé la région appelée “Encosta Superior”, d’altitude plus élevée.

Conde dÉu et Dona Isabel (villes nommées aujourd’hui Garibaldi et Bento Gonçalves) sont les deux premières colonies créées par les autorités de la province dans cette zone, en 1870. L’objectif était d’y faire venir 40 mille colons en deux ans. Mais le succès ne fut pas au rendez-vous : 1354 immigrants s’y installèrent en 1872, 1607 en 1873, 580 en 1874 et seulement 315 en 1875.

Différentes raisons sont avancées pour expliquer cette désaffection. En Europe, le Brésil était perçu comme une terre d’immigration où les conditions de vie étaient difficiles, le gouvernement de la province offrait moins d’argent pour financer le voyage que le gouvernement fédéral, et les colons préféraient en général s’installer dans une zone déjà partiellement colonisée que sur une terre totalement vierge. Refroidies par cet échec, les autorités locales transmirent la gestion des colonies aux autorités fédérales en 1874. L’année suivante, l’état créa la colonie de Nova Palmira (actuellement Caxias do Sul).

En 1877, la quatrième colonie baptisée Silveira Martins vit le jour près de Santa Maria. Elle était tout particulièrement destinée aux immigrés venus d’Italie. C’est là que Vittorio Vedovotto et sa famille se sont installés en 1882, bénéficiant du lot n° 368.

D’autres habitants de Borso sont partis vers les colonies de Rio Grande do Sul. C’est par exemple le cas de Giacomo Bonato et son épouse Maria Barcarollo, qui sont arrivés en janvier 1881 à Caxias avec leurs six enfants nés à Borso. Leur parcours a été retracé par l’un de leurs nombreux descendants brésiliens, vous pouvez suivre leur histoire dans ces pages (en portugais).

Église Saint Antoine de Padoue de Silveira Martins, dont le clocher est inspiré de celui de Càorle (Vénétie, province de Venise)

L’idée de la mixité des colonies, regroupant des personnes originaires de divers pays et ethnies, fut mise en avant après la proclamation de la république en 1889, mais elle resta essentiellement théorique car dans les faits, les colons continuaient à se regrouper selon leurs origines. Ces quatre colonies ont constitué le noyau de la colonisation italienne dans l’État, et d’autres furent par la suite créées dans des régions proches. Tout comme les Allemands, les Italiens ont exploité la terre qu’ils avaient acquise, mais leurs lots étaient moins étendus. Ils y pratiquèrent une agriculture de subsistance, avec le maïs et le blé, mais l’empreinte de leur activité dans l’état de Rio Grande do Sul reste encore aujourd’hui la culture de la vigne.

Le territoire initial de Silveira Martins s’étend aujourd’hui sur les communes de Silveira Martins, Faxinal do Soturno, Dona Francisca, Nova Palma, Pinhal Grande, São João do Polêsine, Agudo, Restinga Seca, Ivorá. Le district principal est celui de “Vale Veneto”, dont le nom montre l’importance de l’émigration venue de Vénétie dans cette région. Une variante de la langue vénitienne, appelée le “talien”, est encore parlée dans certaines régions de l’état de Rio Grande do Sul.

Affiche éditée à l’occasion du 125 ème anniversaire de l’installation des premiers colons italiens à Silveira Martins, au “Val de Buia”


Vers le Brésil

Affiche de propagande destinée aux Italiens et vantant la vie au Brésil : (dans un italien un peu approximatif)
 
En Amérique… des terres au Brésil pour les Italiens.
Départ de navires chaque semaine de Gênes.
Venez avec votre famille construire vos rêves.
Un pays d’opportunités. Climat tropical, vivres en abondance, ressources minières
Au Brésil, vous pourrez posséder votre château. Des terres et des outils pour tous.

Les Italiens commencèrent à émigrer en nombre significatif pour le Brésil à partir des années 1870. Ils y furent poussés par les transformations socio-économiques en cours dans le Nord de la péninsule italienne qui touchèrent surtout la propriété de la terre. Ce mouvement commença peu après l’unification italienne (1871), raison pour laquelle l’identité nationale de ces immigrants se forgea en grande partie au Brésil.

Après 1850, lorsque le trafic des esclaves africains fut aboli au Brésil, le gouvernement brésilien commença à susciter l’immigration européenne, les immigrants se substituant à la main-d’œuvre esclave. Les premiers Italiens arrivèrent en 1870, s’installant d’abord au sud, dans l’état de Rio Grande do Sul, où le gouvernement avait commencé à créer des colonies au début du XIXe siècle.

L’expansion des plantations de café dans l’État de São Paulo, au sud-est, et le succès de la colonisation italienne dans le Sud incita dès 1880 le gouvernement pauliste à encourager le mouvement de la population italienne vers les champs de café. Les propriétaires des fazendas (fermes) de café s’occupaient d’attirer les Italiens vers leurs propriétés, payant des “rabatteurs” chargés de vendre en Italie les promesses de cet eldorado. Le gouvernement ou le fermier finançait le voyage jusqu’au Brésil, et l’immigré devait ensuite travailler dans les fazendas pour rembourser les frais de voyage. Les Italiens émigraient généralement en famille.Le gouvernement brésilien privilégiait l’immigration des Italiens du nord : la région était la plus développée du pays et les immigrants importaient au Brésil des techniques déjà avancées d’industrialisation et des idées neuves pour la modernisation de ce pays. Les départs se faisaient principalement de Trieste, Naples et Gênes.Jusqu’en 1920, ce mouvement humain amena 1.243.633 Italiens au Brésil, essentiellement venus du nord et tout particulièrement de Vénétie.

Les conditions de vie et de travail furent très difficiles au départ, d’autant que les propriétaires terriens étaient habitués à une main d’œuvre d’esclaves et ne savaient pas gérer des salariés libres. Les échos de ce travail en semi-esclavage parvenant jusqu’en Italie, le gouvernement italien intervint dès 1902 en publiant le décret Prinetti, selon lequel ni l’état brésilien ni les fazendeiros n’avaient plus le droit d’avancer le prix du voyage des émigrés.
Les Italiens s’orientèrent dès lors plutôt vers les États-Unis et l’Argentine : entre 1903 et 1920, 306.652 Italiens émigrèrent au Brésil, contre 953.453 en Argentine et 3.581.322 aux États-Unis.

Immigration italienne au Brésil, selon les régions d’origine – 1876-1920
Région d’origine Nombres d’immigrants Région d’origine Nombres d’immigrants
Vénétie 365 710 Sicile 44 390
Campanie 166 080 Piémont 40 336
Calabre 113 155 Pouilles 34 833
Lombardie 105 973 Marche 25 074
Abruzzes-Molise 93 020 Latium 15 982
Toscane 81 056 Ombrie 11 818
Émilie-Romagne 59 877 Ligurie 9 328
Basilicate 52 888 Sardaigne 6 113
Total : 1 243 633

Nombre d’Italiens entrant au Brésil Nombre d’Italiens s’installant à São Paulo

Malgré les difficultés de départ, beaucoup d’émigrés italiens réussirent à économiser suffisamment d’argent pour acheter leurs propres terres au Brésil et devenir à leur tour fazendeiros. D’autres délaissèrent l’agriculture et partirent pour les grands centres urbains, notamment São Paulo. Certains sont toutefois rentrés en Europe au début du vingtième siècle, et plus particulièrement ceux qui vivaient dans l’état de São Paulo, suite à la crise du café qui les a privés de travail.

Près de 70% d’entre-eux, soit 965.000, s’installèrent dans l’état de São Paulo. São Paulo est la seconde ville au monde en terme de nombres d’habitants d’ascendance italienne, après Rome.

En 2002, le Brésil comptait entre 15 et 25 millions de citoyens de souche italienne, selon les sources.


L’émigration

«Qu’entendez-vous par Nation, Monsieur le ministre ? Est-ce la masse des mécontents ? Nous plantons et coupons le blé, mais nous ne goûtons jamais au pain blanc. Nous cultivons la vigne, mais nous n’en buvons pas le vin. Nous élevons les animaux, mais nous n’en mangeons pas la viande. Malgré ça, vous nous conseillez de ne pas abandonner notre Patrie. Mais est-ce une Patrie que la terre où on ne peut vivre de son propre travail ?»*

* Déclaration d’un immigrant italien, à la fin du XIXe siècle, au ministre d’État italien qui lui demandait de ne pas quitter l’Italie.

Le phénomène de l’émigration est étroitement lié à l’histoire récente de l’Italie, à compter de la création de l’État Italien en 1861.

A cette époque, la population est essentiellement rurale mais les terres agricoles sont mal distribuées. Beaucoup de familles ne disposent que de petites parcelles, que les successions ne font que diviser encore. Les terres ne sont plus assez étendues pour subvenir aux besoins des familles. Les paysans qui complétaient leur revenu par une production artisanale voient l’essor de l’industrialisation rogner leurs revenus, tout particulièrement dans le Nord qui se modernise plus rapidement.

La crise socio-économique que connaît l’Italie à partir de 1880 a des conséquences jusque sur la santé des populations : du fait du manque de plans d’aménagements des zones marécageuses, le nombre de cas de malaria explose. Dans le nord c’est la pellagre, maladie causée par un régime alimentaire composé quasi exclusivement de maïs, qui fait des ravages.

Dans le même temps, les proches voisins européens comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg se sont développés plus tôt et sont demandeurs de main-d’œuvre pour l’industrie ou les mines. De l’autre côté de l’Atlantique, le Brésil, l’Argentine et les États Unis d’Amérique tentent eux aussi d’attirer des colons, pour exploiter de nouvelles terres ou faire face à la fin de l’esclavage.

Au moment de l’unification du pays, l’Italie était peuplée par 25 millions d’habitants. En extrapolant sur les bases de la fécondité et de la mortalité, le pays aurait dû compter environ 65 millions d’habitants en 1970, alors que les Italiens n’étaient alors que 54 millions. La différence est imputable à l’émigration.

Ils seront en effet 220.000 à quitter chaque année l’Italie entre 1876 et 1900. Par la suite le mouvement s’amplifiera encore. Le taux migratoire moyen, qui n’est que de 8 ‰ en 1894, va s’élever à 10 ‰ en 1900, avant de culminer à 25 ‰ en 1913, avec près de 875.000 départs. De 1900 à 1915, plus de 8 millions d’Italiens quitteront ainsi leur terre natale. Si l’on inclut la période précédente, ils seront plus de 12 millions.

Jusqu’en 1900, ce phénomène est beaucoup plus marqué au nord, qui concentre les trois-quarts des départs. La Vénétie est la première région pourvoyeuse de main-d’œuvre à l’étranger. A partir de 1901, l’émigration concerne également le sud, sans pour autant faiblir au nord.

Ma famille n’a fait pas exception à la règle et certains de ses membres se sont éparpillés aux quatre coins du monde, ou presque.

La carte interactive ci-dessous montre les lieux d’origine (rouge) et d’émigration (bleu) des branches qui composent cette généalogie.


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