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D’où venaient-ils ?

Même si les familles qui composent mon arbre généalogique sont pour la plupart installées à Borso depuis au moins le XVIIe siècle, le dépouillement des registres paroissiaux m’a permis de découvrir que certains sont originaires d’une commune voisine, voire d’une autre région d’Italie. La carte présentée ci-dessous montre leur lieu d’origine, le code couleur des marqueurs distinguant la branche concernée, du point de vue de mes arrières grands-parents :
turquoise : branche Vedovotto
fuchsia : branche Andreatta
jaune : branche Guadagnin

Un clic sur l’une des punaise permet d’ouvrir une fenêtre indiquant le nom de la commune, l’ancêtre concerné et son année de naissance dans cette commune. La fonction de zoom est activée, n’hésitez pas à l’utiliser pour voir les marqueurs hors cadre ou ceux qui se superposent (identifiés par un chiffre indiquant leur nombre). Vous pouvez également déplacer la carte à l’aide d’un “cliquer-glisser”.


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Fécondité, longévité

La lecture des registres de la paroisse de Borso est riche d’enseignements, outre ceux qui concernent strictement l’état civil. Pour les adultes, les prêtres y indiquaient par exemple assez souvent la cause du décès. Je me suis livrée à quelques analyses au sujet de l’ascendance agnatique de mon père, pour laquelle je dispose de bon nombre de certificats paroissiaux de baptême ou d’inhumation.

Fécondité

Le graphique ci-contre montre que la fécondité est très élevée dans la période 1700-1724, puis baisse de manière importante.

Mais les enfants morts à la naissance ou en bas âge sont également très nombreux.

Malgré une natalité assez élevée, chaque génération ne produit donc pas un grand nombre d’adultes susceptibles d’avoir eux-mêmes des enfants.

Certains couples sont particulièrement touchés par la mortalité infantile :

* Parmi les 15 enfants de Francesco Vedovotto et Maria Ziliotto, 7 meurent avant d’avoir eu un an et 1 meurt à six ans
* Parmi les 11 enfants de Giovanni Vedovotto et Maria Mogno, 7 meurent avant d’avoir eu un an
* Parmi les 11 enfants de Antonio Vedovotto et Teresa Andreatta, 3 meurent avant d’avoir eu un an et 2 entre un et cinq ans. Ce couple aura même la douleur de perdre deux enfants à trois jours d’intervalle, frappés par une épidémie de coqueluche.
* Aucun des 5 enfants de Francesco Vedovotto et Giulia Ziliotto n’atteindra l’âge adulte

Cet histogramme des décès en bas âge montre lui aussi à quel point la fin du XVIIIe siècle et le XIXe siècle auront été difficiles entre Brenta et Piave.

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Longévité, causes de décès

La longévité augmente régulièrement puis se maintient jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, avant de subir une baisse notable. Dans la période 1800-1824, elle chute à une moyenne de 56 ans. A l’aube du XXe siècle, elle n’a pas retrouvé la valeur qu’elle avait dans la première partie du XVIIIe siècle. La dégradation des conditions de vie des Vénitiens ruraux dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et surtout au XIXe siècle transparaît derrière cet histogramme.

Les principales causes de décès

Les mentions indiquées par les prêtres à certaines époques m’ont permis de relever certaines causes de décès récurrentes. Cette analyse est bien sûr tributaire de la fiabilité des diagnostics énoncés :
* le scorbut : entre 1745 et 1812, 5 membres des diverses branches de la famille Vedovotto sont répertoriés comme étant décédés des suites de cette carence en vitamine C, à des âges variant entre 30 et 70 ans.
* la pellagre : cette maladie est également due à une carence nutritionnelle. Elle atteint les populations qui consomment peu de vitamine B3, en particulier celles dont le régime alimentaire est essentiellement constitué de maïs. Là encore, j’ai relevé 5 décès clairement attribués à ce motif, entre 1850 et 1878. Cette maladie est symptomatique de la situation économique des populations rurales de l’époque, qui ne pouvaient plus se nourrir correctement, et a contribué à inciter de très nombreuses personnes à émigrer au XIXe siècle.
* le choléra : en 1836 puis en 1855, la ville de Borso a été atteinte par le choléra. Francesco et Domenico Guadagnin, deux frères, en meurent à un jour d’intervalle les 21 et 22 juillet 1836. Durant l’été 1855, Domenico Fabbian et Giacomo Rech en décèdent à leur tour. Leur acte d’inhumation stipule qu’ils ont été enterrés sans cérémonie funéraire.
* la coqueluche : en janvier 1910, cette épidémie semble avoir durement touché les enfants de Borso. J’ai relevé trois décès dans mon arbre en l’espace de vingt jours.
* les décès en couche : fausses-couches, accouchements fatals à la mère et parfois aussi à l’enfant, sont signalés à plusieurs reprises par les prêtres.
* les atteintes pulmonaires : “bronchite, œdème pulmonaire, pleurite, pneumonie, toux catarrhale” sont des termes cités de manière récurrente. En absence d’antibiotiques, ces pathologies devenaient fatales.
* les infections diverses : sans que la cause exacte ne soit mentionnée, certains membres de ma généalogie sont déclarés morts des suites d’une fièvre, parfois qualifiée de “maligne”, d’inflammations (male inflammatorio, inflammazione) ou d’une infection plus précise (cancrena, angina).
* l’apoplexie : ce qui serait qualifié aujourd’hui d’accident vasculaire cérébral a été mentionné dès 1730
* le cancer : apparu plus récemment dans les certificats d’inhumation (au XXe siècle)
* les arrêts du cœur : ce que les prêtres dénomment paralisi cardiaca ne peut cependant pas réellement être considéré comme la cause du décès, sauf s’il s’agit d’une crise cardiaque (improvisamente, per paralisi cardiaca).


Onomastique

Dans l’état actuel de mes découvertes, il apparaît que la très grande majorité de mes ancêtres italiens sont natifs de Borso del Grappa et des communes proches. Cette proximité géographique transparaît logiquement dans la liste de leurs patronymes, dont certains se retrouvent dans différentes branches et qui sont, pour la plupart, typiques de la Vénétie.
Même si les patronymes étaient bien utilisés par les prêtres dans les registres paroissiaux, leur orthographe a été sujette à de nombreuses variantes. Les doubles consonnes sont parfois occultées (Fabbian/Fabian, Gollin/Golin, Salvalaggio/Salvalagio, Mocellin/Mocelin…) ou la transcription est phonétique (Pellizzer/Pellicer…). Les surnoms des branches familiales supplantent même parfois le patronyme dans ces documents pourtant “officiels”.

Curieuse de la réponse à la question “que signifie mon nom ?”, je me suis essayée dans cette page à l’onomastique, terme qui désigne l’étude de l’étymologie des noms propres.
La plupart des explications fournies dans cette page sont issues du site Origine dei cognomi italiani, richement et activement alimenté par M. Ettore Rossoni.

Vous pouvez naviguer dans la liste par l’initiale du nom : A à B / C à F / G à M / N à S / T à Z


A à B

    Alberi : patronyme originaire des régions de Ferrare et Bologne. Il pourrait dériver du prénom médiéval “Alberius”, mais aussi de surnoms liés au mot arbre (albero en italien).

    Andreatta : dérive du prénom grec “Andreas”, venant lui-même du grec andros = homme, qui est ensuite devenu Andreas en latin, puis “Andrea” (= André) en italien. Dans le contexte de la région du Trentin, où ce patronyme est signalé dès le XIVe siécle, le suffixe “atta” désigne “le fils de”, ici le fils d’un chef de famille prénommé Andrea. (Source : Sergio Andreatta, “Casa Andreatta”). Mais Gabriele Farronato a démontré que la souche des Andreatta de Paderno est endogène de Fietta (Farronato Gabriele, Paderno del Grappa, storia delle comunità di Fietta e di Paderno, Asolo, 1999).
    L’origine et les variantes de ce patronyme à Fietta et Paderno sont abordées dans le paragraphe Origine des familles Andreatta de Paderno de la chronique.

    Bertacco : patronyme typiquement vénitien, plus particulièrement originaire de la province de Vicenza. Il dérive de prénoms comme “Roberto”, “Alberto” ou “Umberto”, par aphérèse (troncature du début du mot).

    Biasion : patronyme typiquement vénitien, dérivé du prénom médiéval “Blasius” après modification due au vénitien.

    Bonato : patronyme spécifique de la Vénétie, du Trentin et du nord de la Lombardie. Il dérive du mot “bonus” (bon), le suffixe “ato” désignant “le fils de”.

    Bof : patronyme typiquement vénitien et spécifique de la province de Trévise. Il dérive par apocope du prénom médiéval “Boffus”.

    Bordignon : patronyme issu des provinces de Treviso, Vicenza et Padoue. Il dérive du prénom Bartolomeo, qui se dit Bortolo en Vénétie, donnant Bortignon puis Bordignon après modification de la dentale “t” en “d”.

    Buzzoni : ce patronyme possède deux origines géographique, l’une regroupant les régions de Ferrare et Bologne, et l’autre qui comprend les régions de Milan, Lecco, Bergame et Brescia. Il pourrait dériver, directement ou sous forme augmentative, du nom latin Butius, transformé en “Bozo” à l’époque médiévale.


C à F

    Canova : patronyme spécifique de l’Italie du nord. Il dérive soit de toponymes, soit de noms de localités identifiables à une nouvelle maison (“casa nuova”), soit de surnoms dérivés du bas latin “canova” ou “caneva”, termes qui signifient “cantine, auberge”. L’un de ses plus illustres représentants est le sculpteur originaire de Possagno (province de Trévise) Antonio Canova (1757-1822), figure majeure du néoclassicisme italien.

    Cattaneo : très courant dans le Centre-Nord, particulièrement en Lombardie, mais présent également dans le reste de l’Italie. Ce patronyme dérive du latin capitaneu(m) qui désigne une personne se trouvant à la tête d’une armée ou d’une communauté.

    Catto : patronyme tipiquement Vénitien, en particulier dans la province de Venise. Il pourrait dériver du nom médiéval “Gactus” mais aussi du longobard “hatto” (combattant).

    Cervellin : ce patronyme typique de la Vénétie dérive soit d’une altération du nom médiéval latin Cervelius, forme altérée du latin Servilius, et qui désigne un membre de la Gens Servilia, une famille patricienne de la Rome antique, soit du nom latin Cervilius.

    Cogno ou Cugno ou De Cogno : ancien nom des membres de la famille Vedovotto de Borso. Le patronyme Cogno est encore présent en Vénétie, Lombardie, Ligurie et au Piémont. Il dérive du mot latin cuneus qui désigne un coin, un triangle, et se rapporte peut-être à un outil (un clou ?) ou à la forme d’un lopin de terre.

    Comin : patronyme typiquement vénitien, essentiellement originaire des provinces de Trévise et de Venise. Il dérive par aphérèse d’une forme diminutive des prénoms Giacomo ou Giacoma.

    Cumin : patronyme originaire du Frioul-Vénétie Julienne, plus particulièrement des régions de Trieste et Udine. Il dérive par aphérèse du prénom romain Cuminus.

    Cunial : ce patronyme est typique de la commune de Possagno (TV). Son origine est proche de celle de “De Cogno”, puisqu’elle dérive du nom du hameau de Cunial à Possagno, baptisé ainsi en raison de sa forme en coin.

    Cusimano : nom d’origine sicilienne. Il dérive du nom grec Kosmas, devenu Cusmanus en latin et qui a évolué par la suite en “Cusmano” puis “Cusimano”.

    Dalla Zanna : nom typiquement vénitien, qui dérive du prénom féminin Giovanna, transformé en Zuanna puis Zanna dans la langue vénitienne. Ce nom était dont attribué aux enfants d’une femme prénommée Giovanna, peut-être une veuve, ce qui expliquerait que le patronyme des enfants ne soit pas dérivé d’une particularité de leur père. Cette étymologie concerne également la variante Della Zanna.

    Dalle Fratte : patronyme Vénitien qui dérive du mot “fratta” = maquis, terrain escarpé et richement planté, ou du latin fractus = fraction de terrain.

    Dettamanti : patronyme originaire de Lombardie et dérivé, par mutation de la consonne initiale T en D, du patronyme Tettamanzi/Tettamanti, qui signifie “colui che dà da mangiare e munge i manzi = celui qui nourrit et trait les vaches”. La forme originelle est Tettamanzi, elle est devenue Tettamanti après transcription par les ecclésiastiques et les notaires.

    Fabbian : patronyme spécifique de la Vénétie. Il dérive du prénom latin Fabianus, lui-même formé à partir du nom de genre Fabia.

    Finco : typique de la Vénétie, en particulier des provinces de Vicenza et de Padoue. Dérive vraisemblablement d’un surnom formé à partir du terme “finco”, qui signifie “pinson” en dialecte vénitien et qui, par le passé, signifiait également “avisé, adroit”.

    Follador : ce patronyme est surtout présent dans la province de Trévise, mais il se rencontre également dans celles de Venise et de Belluno. Il dérive de variantes archaïques ou dialectales du terme “follatore” qui signifie “le fouleur, celui qui foule”. Ce terme s’appliquait soit à la préparation du vin, soit à l’artisanat de la laine et du feutre. Ce patronyme est donc dérivé d’une activité professionnelle. Compte tenu de la forte présence des métiers liés à la laine dans la province de Trévise, il est probable que mes ancêtres qui en étaient porteurs ont travaillé dans l’artisanat de la laine plutôt que dans les vignes.


G à M

    Gheno : patronyme typique de la province de Vicenza. Il dérive du surnom donné à “Guielmo (Guglielmo) detto Gheno”, membre d’une famille originaire de San Nazario. (source : Tibère Gheno, France)

    Giacomelli : patronyme répandu dans le centre et le nord de l’Italie. Il dérive vraisemblablement du prénom “Giacomo” (Jacques).

    Golin / Gollin : ces patronymes dérivent par aphérèse (modification phonétique impliquant la perte d’un ou plusieurs phonèmes au début d’un mot) du prénom “Ugolino”. L’origine de la présence dans cette généalogie des deux orthographes est expliquée dans le paragraphe “Golin ou Gollin ?” de la chronique.

    Granaroli : ce patronyme se retrouve à Terni, en Ombrie, ainsi qu’à Rome et à Palestrina, dans la région romaine. Il pourrait dériver de toponymes, comme Granarolo, près d’Urbino, ou Granaro, également dans les Marches.

    Guadagnin : patronyme typique de la Vénétie, et plus précisément de la province de Trévise, où il s’écrit parfois avec un “i” final. Il dérive vraisemblablement par aphérèse du prénom médiéval “Guadagno” ou “Buonguadagno” (“gain, bon gain”), attribué à un fils dont la naissance était très attendue ou considérée comme de bon augure pour la famille, ou destiné à lui porter chance. L’origine des Guadagnin de cette généalogie est abordée dans le paragraphe “Origine des Guadagnin de Borso” de la chronique.
    Selon l’ouvrage “Historia da familia Guadagnin” de Firleia Guadagnin Radin, le verbe italien guadagnare (gagner) dérive du germanique “waidanjan” ou “waidanian”, qui signifiait faire paître les animaux. Sans doute introduit en Vénétie par les longobards, ce verbe a connu une modification de son orthographe et de sa signification, pour devenir “waidanare” puis “gaidanare”, “guadanare” et “guadagnare”.

    Lunardon : forme typiquement vénitienne de divers patronymes dérivés du prénom “Leonardo”, devenu “Lunardo”.

    Mocellin : patronyme typique de la Vénétie, en particulier de la province de Vicenza, mais également bien présent dans les provinces de Trévise, Padoue et Venise. Il dérive vraisemblablement d’un toponyme.

    Moro : patronyme dérivé de “Morus”, attribué au moyen-âge non seulement aux sarrasins mais aussi à tous ceux dont la peau était foncée.

    Morosin : variante typiquement vénitienne de Morosino ou Morosini, qui dérivent vraisemblablement tous du prénom médiéval Maurus ou Morus.


N à S

    Negro : ce patronyme semble originaire du Salento, dans les Pouilles, mais il est également très courant dans le Piémont et la Ligurie. Il vient soit du nom latin Niger, devenu Nigrus au moyen-âge, puis “Negro”, soit d’un surnom attribué à une personne aux cheveux ou à la peau sombre. Dans le sud de l’Italie, il pourrait également être lié à une ascendance sarrasine.

    Orso : patronyme majoritairement présent en Vénétie, mais diffusé également dans le Piémont, la Campanie et la région de Palerme. Il dérive du prénom médiéval “Orso” lui-même issu du latin Ursus.

    Pellizzer : patronyme typiquement vénitien, probablement attribué à l’origine à une personne travaillant la fourrure, la peau (“peliza” dans la langue vénitienne). La même origine prévaut pour des variantes comme Pellizzaro ou Pellizzari.

    Rizzardo : patronyme spécifique de la province de Trévise, et qui dérive du prénom médiéval “Rizzardus”.

    Salvalaggio : patronyme typique de la province de Trévise, et plus particulièrement de Castelfranco. Il dérive du nom médiéval “Salvalaglio”.

    Serena : originaire des province de Venise et de Trévise, ce patronyme est également présent dans les régions de Brescia et Piacenza. Il dérive du nom latin Serenus (en latin, serenus = serein)

    Sibilio : la répartition de ce patronyme montre un foyer dans le Latium, un dans la région de Naples, et un autre dans les Pouilles. Il pourrait dériver du nom médiéval germanique Sibhileh, lui-même formé à partir de sib (crible, tamis) et de hileih (mariage), qui signifiait épouse ou époux judicieusement choisi(e) , une autre origine pouvant dériver du nom médiéval “Sibillus”, lui-même issu du nom grec et latin Sibylla.

    Simeoni : ce patronyme possède une branche en Vénétie et une autre dans le Latium. Il dérive du prénom biblique “Simone”.

    Simoncello : il dérive lui aussi du prénom “Simone”.


T à Z

    Tonietto : dérive du prénom “Antonio”, dont il est un diminutif affectueux.

    Vedovotto : ce patronyme semble non seulement typiquement vénitien mais spécifique de Borso del Grappa. Il dérive sans doute d’une forme diminutive de “vedovo”, qui signifie “veuf”, le suffixe “otto” étant utilisé pour signifier “le fils de”, en l’occurrence “le fils du veuf”. Avec leur tendance marquée à “avaler les syllabes” mes ancêtres sont parfois allés jusqu’à orthographier leur nom “Vedootto” ou “Vedooto”.
    L’origine et les variantes de ce patronyme à Borso sont abordées dans le paragraphe “Origine des familles Vedovotto de Borso” de la chronique.

    Zago : patronyme typique de la Vénétie, qui possède une branche secondaire en Sicile dans la région de Raguse. Il pourrait dériver du terme “zago”, nom donné en dialecte vénitien à un clerc, personne qui étudie en vue de devenir prêtre (le terme “zaghi” étant aussi utilisé parfois en Vénétie pour désigner les enfants de chœur).

    Zen : patronyme typiquement vénitien, qui dérive par apocope des prénoms médiévaux “Zena”, “Zeno”.

    Ziliotto : tout comme “Zilio”, dont il est une forme diminutive, ce patronyme est typique de la Vénétie. Il dérive d’une modification du prénom médiéval “Gillius”, la langue vénitienne ayant transformé le “G” en “Z” .


Les prénoms

Sans surprise, et sans grande originalité, les prénoms qui arrivent en tête de cette généalogie, toutes branches confondues, sont :

  • Maria pour les femmes
  • Giovanni pour les hommes

Si l’on ajoute à ce dernier toutes ses variantes orthographiques ou composées, de Giovanni Maria à Giovanni Battista, en passant par Zuanne ou GioVittore… les “Giovanni” dépassent la centaine.
Les suivants au classement sont Francesco ou Antonio pour les hommes, et Angela pour les femmes.
Cette répétition des mêmes prénoms est largement issue d’une habitude familiale qui voulait que le prénom du grand-père paternel soit donné au premier fils, celui du grand-père maternel au deuxième fils, celui de la grand-mère paternelle à la première fille et celui de la grand-mère maternelle à la deuxième fille. Compte tenu de la mortalité infantile importante à certaines époques, certains parents ont donné le même prénom à deux ou trois de leurs enfants.

Les prénoms qui se répètent le plus sont, par ordre décroissant :

Chez les Vedovotto

Maria
Giovanni
Domenico
Angela
Sebastiano
Antonio
Francesco
Antonia
Pietro
Domenica
Luigi
Maddalena
Angelo
Battista
Giovanna
Benedetto
Francesca
Cattarina
Madalena
Giuseppe

Chez les Andreatta

Maria
Giovanni
Antonio
Francesco
Giuseppe
Angelo
Anna
Teresa
Angela
Andrea
Marco
Luigi
Pietro
Antonia
Bartolomeo
Stefano
Baldassare
Francesca
Giacomo
Agostino

Chez les Guadagnin

Maria
Cattarina
Domenica
Andrea
Antonio
Giovanni
Pietro
Antonia
Bernardo
Francesco
Angela
Giuseppe
Maddalena
Cecilia
Angelo
Bartolomeo
Giacomo
Teresa
Giovanni Maria
Luciano

L’orthographe des prénoms est très variable, surtout dans les actes les plus anciens. Souvent, c’est la version vénitienne qui apparaît, au lieu du prénom “officiel” en italien :

Prénom
Variantes
Angela Agnola Anzola Angiolla
Angelo Agnolo Anzolo
Baldassare Baldissera Baldeser Baldiser
Bartolomeo Bortolo Bortolamio Bortolameo Bartolomio
Battista Batta
Benedetta Benetta
Benedetto Benetto
Bernardo Bernardino Bernardin
Biagio Biasio Blasio
Catterina Catarina Cattarina Caterina Catta
Domenica Domenega Menega Menica
Domenico Domenego Menego Meneghetto Menico
Giacoma Jacoma Iacoma Jacopa Iacopa
Giacomo Jacomo Iacomo Jacopo Iacopo
Giovanna Zuanna Zanna Zannetta
Giovanni Zuanne Zuanni Zanne Zanni Gioanni Zannetto Gio
Giovanni Antonio Gioantonio Zanantonio
Giovanni Battista Giobatta Zambatta Giambattista Giambatta
Giovanni Maria Zamaria Zan Maria Gianmaria Gio:Maria
Giovanni Vittore Giovittore Giovettor Zanvittore Zanvettor
Girolamo Gerolamo Gierolemo Girolemo Gierolamo
Giuseppe Iseppo Gioseppe
Lucrezia Lucretia Lugretia
Luigi Alvise Lovise Luvise Aluvise Luise Luvigi
Margherita Malgarita Malguerita Margarita
Martino Martin
Natale Nadale Nadalin Nadal
Pietro Piero
Sebastiano Sebastian Bastian Bastiano
Stefano Stefen Stephen
Vittorio Vittore Vettore Vettor

Les professions

    • La quasi totalité de mes ancêtres dont l’activité figure clairement sur les documents paroissiaux sont dits “villico”, terme qui signifie : paysan, agriculteur. Parfois, ce terme est remplacé par “possidente”, ce qui illustre le fait qu’ils étaient propriétaires de leurs terres.Les diverses familles possédaient en effet des biens fonciers, comme en attestent de nombreux actes notariés d’acquisition ou de cession. En 1472, la famille de Biasio del Schiva (Andreatta) possédait plus de 100 campi (unité de surface utilisée durant la République de Venise), soit plus de 50 hectares, de biens fonciers situés à Fietta, Crespano, Paderno ou Fonte.En 1519, selon un inventaire des biens ruraux enregistré par les autorités d’Asolo, Benedetto de Cogno possédait à Borso et dans les environs plus de 40 parcelles, pour une superficie totale de 29,75 campi trevigiani, soit environ 15 hectares.Cette activité agricole est peut-être à l’origine du surnom “Paesan” donné à l’une des branches de la famille Vedovotto, à moins que ce surnom ne soit lié à l’autre sens du terme, équivalant à “compatriote”.

      Selon les époques, cette activité agricole semble avoir procuré aux familles des revenus très variables. Entre le XVIe et le milieu du XVIIIe siècle, elle semble avoir été suffisamment lucrative pour permettre aux familles de vivre. Outre les activités pastorales, la population s’emploie au travail de la laine, au tissage, à la fabrication de charbon de bois. Certains émigrent chaque année durant plusieurs mois à Padova ou dans d’autres cités de la Sérénissime, car les activités manquent “au pays”. Il arrive qu’ils s’y établissent définitivement. A la fin du XVIIIe siècle, ces agriculteurs ont vu leur situation décliner au point d’être souvent contraints à l’émigration.

  • Les familles Guadagnini de Crespano et Fietta de Paderno et Asolo ont bâti leur fortune sur l’artisanat de la laine et le commerce de toiles. Le tissage de la laine à Crespano est documenté depuis 1322. Au XVIIe siècle, la ville était réputée pour ses productions de “panni alti”, des toiles de feutre épais très recherchées, qui étaient pour la plupart expédiées vers Venise.Cette activité liée au textile est encore marquée au sein de la famille Guadagnin de Borso. Les actes paroissiaux indiquent que plusieurs de ses représentantes sont dites “tessitrice” (tisseuse) ou “filaressa” (fileuse). Le travail de la laine est peut-être à l’origine du patronyme Follador (fouleur) porté entre autres à Borso par mon arrière arrière grand-mère Antonia Follador.
  • Un certain nombre des membres de ces familles bien établies sont devenus notaires. C’est par exemple le cas de Pietro Guadagnini ou de Giacobino Chegna. L’accès à cette fonction, qui était strictement réglementé par le collège des notaires et comportait des critères de statut social, était un signe de reconnaissance de l’intégration de la famille parmi les notables.
  • Mon arrière-arrière-arrière-arrière-arrière grand-mère Maria Mogno, femme de Giovanni Vedovotto, a rempli les fonctions d’ostetrice (sage-femme, désignée parfois aussi dans les actes par le terme levatrice) à Borso.Elle a sans doute mis au monde un bon nombre d’enfants, dont certains figurent dans ma généalogie, car les certificats de baptême de la paroisse de Borso montrent qu’elle a rempli ses fonctions jusqu’à un âge avancé…

    30 septembre 1829 :
    Maria Mogno fait naître son arrière petit-fils Michele Arcangelo, alors qu’elle est âgée de 81 ans !

  • Si certains membres de ma famille ont émigré définitivement à l’étranger, d’autres sont partis travailler un temps hors de leur village natal, y laissant leur famille, exerçant l’activité de travailleurs agricoles ou employés de maison. Jusqu’au XIXe siècle, ces saisonniers ne quittaient en général pas la Vénétie. Mais au XXe siècle, certains sont partis hors des frontières d’Italie. C’est ainsi que mon arrière grand-père Domenico Vedovotto a quitté Borso pour travailler dans la mine de charbon de Thurber, au Texas. En 1910, il y vivait chez sa fille et son gendre, alors que sa femme et ses enfants n’avaient pas quitté l’Italie. Je ne sais pas à quelle date il est définitivement revenu à Borso. Il y est mort en 1917, à 63 ans.
  • Ma généalogie compte également quelques ecclésiastiques, ce qui n’a rien d’étonnant dans la Vénétie profondément catholique.