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Les civils dans la grande guerre

Voici le dernier volet du très riche #généathème de novembre, consacré à la première guerre mondiale. J’ai quitté cette fois les lignes de front pour tenter d’imaginer comment les habitants de Borso avaient vécu les combats tout proches.

Ferrucio Vedovotto WWI Draft Registration Cards, 1917-1918

Carte de recensement militaire de Ferruccio Vedovotto, en date du 5 juin 1917

En 1915 mon grand-père a 24 ans. Lorsque l’Italie entre en guerre aux côtés de la Triple-Entente, le 23 mai 1915, il n’est l’époux de ma grand-mère que depuis 23 jours. Il aurait sans doute été réquisitionné s’il n’avait été réformé à cause d’un handicap à une jambe. Son frère Ferruccio, plus jeune de deux ans, a émigré au Texas depuis 1908. Il a été enregistré lors du premier recensement des hommes vivant sur le sol des États-Unis et susceptibles d’être réquisitionnés. Je ne crois pourtant pas qu’il ait été envoyé en Europe. Il travaillait dans une mine, et réduire la production de charbon pour envoyer les mineurs au front outre-atlantique n’était sans doute pas une priorité.Lire la suite…


Peter Pan, le soldat qui ne voulait pas mourir

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L’ossuaire du Monte Grappa, est une œuvre monumentale de style antique, réalisé par l’architecte Giovanni Greppi et le sculpteur Giannini Castiglioni, et inaugurée le 22 septembre 1935 par Mussolini. Formé d’une série de gradins semi-circulaires, il accueille les dépouilles des soldats morts dans le massif durant la Grande Guerre.
Parmi eux se trouve Umberto Maria Vittorio Amedeo Giuseppe de Savoie, comte de Salemi, petit-fils de Vittorio Emanuele II de Savoie, premier roi d’Italie. Il a combattu sur le Carso et le Monte Grappa dans le régiment Cavalleggeri di Treviso. Le bulletin officiel de la cour d’Italie le dit “mort des suites de blessures de guerre”, mais il a en réalité succombé à la grippe espagnole dans un hôpital militaire de Crespano.
Le site accueille également la tombe du général Giardino, chef de la valeureuse 4e armée italienne victorieuse sur le Grappa et qui avait souhaité être inhumé aux côtés de ses hommes.Lire la suite…


Première guerre mondiale : les Français sur le front du Piave

Le 12e corps d’armée français, commandé par le général Jean César Graziani, s’établit en Italie à la fin de 1917. Il est formé de deux divisions d’infanterie (DI), la 23e basée à Angoulême et la 24e basée à Périgueux, d’éléments non endivisionnés (ENE) et de 6 groupes d’artillerie lourde issus des 108e, 112e et 120e régiments d’artillerie lourde (RAL). Sa composition est décrite dans son journal des marches et opérations, en date du 2 décembre 1917 :

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12e corps d’armée : J.M.O. du 2 décembre 1917 (Source : Mémoire des hommes)

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“Era una notte che pioveva” *

Le sujet du #geneatheme de novembre, est la première guerre mondiale. Pour la région de mes ancêtres Italiens c’est un sujet majeur, presque trop lourd pour mon petit blog. En effet, la pedemontana du Monte Grappa est l’un des lieux emblématiques de ce conflit en Italie. Le Monte Grappa est un symbole majeur pour l’Italie de la première guerre mondiale, sans doute aussi fort que Verdun ou la Marne pour la France.

L’histoire se lit tout d’abord dans le nom des villes et villages : Borso del Grappa, Crespano del Grappa, Bassano del Grappa, Paderno del Grappa, Seren del Grappa… Le suffixe “del Grappa” a été ajouté à tous ces toponymes à partir de 1920, comme une empreinte indélébile en mémoire des terribles combats qui ont marqué la région en 1917 et 1918.Lire la suite…


Le Monte Grappa, théâtre de guerres

La Vénétie fut le théâtre de plusieurs batailles pendant la Première Guerre mondiale. Après la défaite des Italiens à Caporetto, le Monte Grappa devint l’un des points centraux des lignes de défenses italiennes. Les Autrichiens tentèrent à plusieurs reprises de le conquérir, dans le but d’envahir ensuite la plaine de Vénétie. Mais grâce à des abris creusés dans la roche et à des postes d’artillerie, les troupes italiennes parvinrent à garder le contrôle de ce front. La bataille finale de Vittorio Veneto, du 24 au 29 octobre 1918, scella la victoire italienne contre l’Autriche-Hongrie. L’armistice fut signé le 3 novembre 1918 à Villa Giusti, près de Padoue.

Ossuaire du Monte Grappa

Après la guerre, il fut décidé de construire un monument au sommet du Monte Grappa, afin de rassembler les dépouilles des soldats des deux camps, dispersées en différents points du massif. Cette monumentale et austère œuvre architecturale de style « art déco » fut inaugurée le 22 septembre 1935 par Mussolini. L’ossuaire italien accueillit 12.615 soldats, dont 2283 ont été identifiés et l’ossuaire austro-hongrois 10.295, dont 295 identifiés y compris le soldat Peter Pan. Au total, plus de 22.000 hommes ne sont donc jamais redescendus du Monte Grappa.
En 1920, le suffixe « del Grappa » fut accolé au nom de plusieurs communes du Pedemonte (Borso, Bassano, Crespano, Cismon, Paderno, …), en souvenir de ces terribles combats.
Lien vers une présentation du Sanctuaire militaire du Monte Grappa.

Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, le Monte Grappa fut encore une fois un lieu de résistance, face au pouvoir fasciste et aux nazis.
Du 20 au 26 septembre 1944, les troupes nazis du commando Andorfer opèrent un ratissage massif de la région (il rastrellamento del Grappa, nom de code “Operazione Piave”), en réaction à l’intensification des activités de résistance. Le 24 septembre, au lever du jour, la commune de Borso est envahie par des soldats allemands. Ils investissent l’église et arrêtent les prêtres, les accusant d’avoir permis la fuite de tous les hommes en faisant sonner les cloches pour les avertir du danger imminent. En représailles, les nazis mettent le feu à 21 habitations et emmènent une trentaine d’adultes et de jeunes hommes à Bassano, où ils seront pendus le 26 septembre. Parmi eux figure Albino Vedovotto, alors âgé de 24 ans.

Bassano del Grappa, viale dei martiri. Plaque en mémoire des victimes du Rastrellamento del Grappa

En 2008, les deux principaux protagonistes nazis du “Rastrellamento del Grappa” ont été officiellement identifiés, grâce aux archives nationales de Londres. Ils étaient tous deux encore en vie… (voir l’article sur Ancestry.it)


La canzone del Grappa

Monte Grappa, tu sei la mia patria,
sovra te il nostro sole risplende,
a te mira che spera ed attende,
i fratelli che a guardia vi stan.

Contro a te già s’infranse il nemico,
che all’Italia tendeva lo sguardo:
non si passa un cotal baluardo,
affidato agli italici cuor.

Monte Grappa, tu sei la mia Patria,
se la stella che addita il cammino,
sei la gloria, il volere, il destino,
che all’Italia ci fa ritornar.

Le tue cime fur sempre vietate,
per il pie’ dell’odiato straniero,
dei tuoi fianchi egli ignora il sentiero
che pugnando più volte tentò.

Quale candida neve che al verno
ti ricopre di splendido ammanto,
tu sei puro ed invitto col vanto
che il nemico non lasci passar.

Monte Grappa, tu sei la mia Patria, ecc.

O montagna, per noi tu sei sacra;
giù di lì scenderanno le schiere
che irrompenti, a spiegate bandiere,
l’invasore dovranno scacciar.

Ed i giorni del nostro servaggio
che scontammo mordendo nel freno,
in un forte avvenire sereno
noi ben presto vedremo mutar.

Monte Grappa, tu sei la mia Patria, ecc.

Paroles Emilio De Bono, Musique Antonio Meneghetti, 1918

Cette chanson a été composée en 1918 par le capitaine Antonio Meneghetti, sur des paroles du général Emilio Di Bono, en l’honneur des soldats italiens qui ont combattu les troupes austro-hongroises sur le Monte Grappa.
La première phrase des paroles
Monte Grappa tu sei la mia patria
est gravée au sommet du Monte Grappa, sur la porte Roma ouvrant la “via eroica” qui relie les ossuaires où reposent les dépouilles des plus de 22.000 soldats des deux camps tombés au combat.

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Era una notte che pioveva (La sentinella)

Era una notte che pioveva
e che tirava un forte vento…
Immaginatevi che grande tormento
per un Alpino che sta a vegliar’

A mezzanotte arriva il cambio,
accompagnato dal capoposto…
O sentinella ritorna al tuo posto,
sotto la tenda a riposar

Quando fui stato nella mia tenda,
sentii un rumore giù per la valle,
sentivo l’acqua giù per le spalle,
sentivo i sassi a rotolar

Mentre dormivo sotto la tenda,
sognavo d’esser con la mia bella…
E invece ero di sentinella
a fare la guardia allo stranier

Auteur anonyme

Traduction
C’était une nuit où il pleuvait
Et où le vent soufflait fort
Imaginez ce que souffrait
Un alpino qui montait la garde

A minuit arrive la relève
accompagnée du chef de poste
“oh sentinelle retourne à ta place
sous la tente pour te reposer”

Quand je me suis retrouvé sous la tente
j’ai entendu le bruit qui montait de la vallée
j’entendais l’eau qui descendait
j’entendais les rochers rouler

Pendant que je dormais sous la tente
je rêvais que j’étais avec ma belle
mais au lieu de ça j’étais une sentinelle
qui montait la garde contre l’étranger

Cette chanson illustre le triste
sort des soldats de la “Grande Guerre”,
dont ceux qui ont combattu sur le Monte Grappa,
qui souffraient dans leur chair et dans
leur cœur, en pensant à l’affection
de leurs proches qui leur manquait.


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Région Sud-Ouest

Au début du XXè siècle, du fait des conséquences de la première guerre mondiale sur la démographie et la natalité, le Sud-Ouest de la France subit une désertification rurale. L’agriculture est en déclin et manque sérieusement de bras. A la demande des syndicats d’agriculteurs, l’État français décide donc d’aller chercher de la main-d’œuvre dans la péninsule italienne. Cette région française va ainsi connaître une arrivée massive d’immigrés italiens. 80.000 italiens sont alors arrivés dans la région, pour la plupart venus du nord de l’Italie, parmi lesquels beaucoup de réfugiés politiques anti-fascistes qui fuyaient l’Italie de Mussolini.

Parmi les cinq enfants d’Antonio Vedovotto et Teresa Andreatta, quatre ont émigré en Dordogne, vraisemblablement avant la seconde guerre mondiale.
Il s’agit de Sebastiano, Agostino, Maddalena et Bonaventura. Seule Genoveffa a fondé famille à Borso.
A l’heure où j’écris ces lignes, j’ignore encore ce qui a motivé ces frères et sœurs à partir vers le sud-ouest de la France, mais sans doute ont-ils suivi le grand courant de migration évoqué plus haut.

Visualisez l’interview d’italiens habitant dans le Lot et Garonne depuis 1922, depuis le site de l’INA :