More from: Italie

La généalogie transalpine

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la méthodologie à suivre pour faire des recherches généalogiques en Italie, j’ai lu très souvent la mise en garde suivante :
“Lorsque vous écrivez en Italie, ne dites pas que vous faites de la généalogie, les Italiens ne voient pas cela d’un bon œil. Dites que vous faites des recherches sur l’histoire de votre famille…”

Je ne sais pas si cet avertissement relève de la légende urbaine ou s’il correspond à une réalité, passée ou encore actuelle, mais rien dans ma petite expérience ne m’a permis de le vérifier. Bien sûr, j’ai fait l’expérience d’écrire à des communes ou à des paroisses sans obtenir aucune réponse (même en ayant glissé dans l’enveloppe un billet de 10 euros pour les “bonnes œuvres”), à commencer malheureusement par la commune qui m’intéresse le plus ! Mais j’ai aussi obtenu suite à d’autres contacts des renseignements avec rapidité, amabilité et parfois sans débourser un centime.Lire la suite…


La Vénétie aujourd’hui

A partir des années 70, suite à une vague massive d’industrialisation, la Vénétie redevint une terre d’immigration, au départ en provenance de l’Italie du Sud, puis d’autres pays. Aujourd’hui, plus de 350.000 étrangers y vivent, représentant 7,3 % de la population totale de la région.
La Vénétie est aujourd’hui l’une des régions les plus riches d’Italie. L’agriculture y joue un rôle économique important, en particulier la culture de la vigne. Le paysage industriel est composé de petites et moyennes entreprises. Le tourisme représente également une part de marché importante, puisque la Vénétie est la première région touristique du pays avec 60 millions d’entrées en 2007.
En 2006, le produit intérieur brut par habitant de la Vénétie a dépassé de 21,5 % la moyenne de l’Union européenne.

Le recensement de 1991 a dénombré 3,932 habitants à Borso. En 2001 ils étaient 4,935, soit une augmentation de 25.51 % en 10 ans. Au 1er janvier 2009, on dénombrait 5,756 “Borsati”, soit une nouvelle hausse de 16.68 % en 8 ans.
La région de Borso est aujourd’hui considérée comme un important centre d’activité en Europe par les amateurs de vol libre.


L’émigration

«Qu’entendez-vous par Nation, Monsieur le ministre ? Est-ce la masse des mécontents ? Nous plantons et coupons le blé, mais nous ne goûtons jamais au pain blanc. Nous cultivons la vigne, mais nous n’en buvons pas le vin. Nous élevons les animaux, mais nous n’en mangeons pas la viande. Malgré ça, vous nous conseillez de ne pas abandonner notre Patrie. Mais est-ce une Patrie que la terre où on ne peut vivre de son propre travail ?»*

* Déclaration d’un immigrant italien, à la fin du XIXe siècle, au ministre d’État italien qui lui demandait de ne pas quitter l’Italie.

Le phénomène de l’émigration est étroitement lié à l’histoire récente de l’Italie, à compter de la création de l’État Italien en 1861.

A cette époque, la population est essentiellement rurale mais les terres agricoles sont mal distribuées. Beaucoup de familles ne disposent que de petites parcelles, que les successions ne font que diviser encore. Les terres ne sont plus assez étendues pour subvenir aux besoins des familles. Les paysans qui complétaient leur revenu par une production artisanale voient l’essor de l’industrialisation rogner leurs revenus, tout particulièrement dans le Nord qui se modernise plus rapidement.

La crise socio-économique que connaît l’Italie à partir de 1880 a des conséquences jusque sur la santé des populations : du fait du manque de plans d’aménagements des zones marécageuses, le nombre de cas de malaria explose. Dans le nord c’est la pellagre, maladie causée par un régime alimentaire composé quasi exclusivement de maïs, qui fait des ravages.

Dans le même temps, les proches voisins européens comme la France, la Belgique, l’Allemagne, la Suisse ou le Luxembourg se sont développés plus tôt et sont demandeurs de main-d’œuvre pour l’industrie ou les mines. De l’autre côté de l’Atlantique, le Brésil, l’Argentine et les États Unis d’Amérique tentent eux aussi d’attirer des colons, pour exploiter de nouvelles terres ou faire face à la fin de l’esclavage.

Au moment de l’unification du pays, l’Italie était peuplée par 25 millions d’habitants. En extrapolant sur les bases de la fécondité et de la mortalité, le pays aurait dû compter environ 65 millions d’habitants en 1970, alors que les Italiens n’étaient alors que 54 millions. La différence est imputable à l’émigration.

Ils seront en effet 220.000 à quitter chaque année l’Italie entre 1876 et 1900. Par la suite le mouvement s’amplifiera encore. Le taux migratoire moyen, qui n’est que de 8 ‰ en 1894, va s’élever à 10 ‰ en 1900, avant de culminer à 25 ‰ en 1913, avec près de 875.000 départs. De 1900 à 1915, plus de 8 millions d’Italiens quitteront ainsi leur terre natale. Si l’on inclut la période précédente, ils seront plus de 12 millions.

Jusqu’en 1900, ce phénomène est beaucoup plus marqué au nord, qui concentre les trois-quarts des départs. La Vénétie est la première région pourvoyeuse de main-d’œuvre à l’étranger. A partir de 1901, l’émigration concerne également le sud, sans pour autant faiblir au nord.

Ma famille n’a fait pas exception à la règle et certains de ses membres se sont éparpillés aux quatre coins du monde, ou presque.

La carte interactive ci-dessous montre les lieux d’origine (rouge) et d’émigration (bleu) des branches qui composent cette généalogie.


Agrandir cette carte


Repères historiques

C’est à l’age du bronze (2ème millénaire avant Jésus Christ) que les Euganéens s’implantent sur le territoire qui ne s’appelle pas encore Vénétie. Ils sont suivis par les Vénètes, un peuple venu de Paphlagonie (côte nord de l’actuelle Turquie) environ 1000 ans avant J.C, après la chute de Troie, en remontant la mer Adriatique. Les Vénètes ont légué leur nom à la région. Selon certains historiens, ces Vénètes de Paphlagonie seraient originaires de la Lusace, une régiond du nord-est de l’Allemagne actuelle, aux confins de la Pologne et de la République Tchèque. Cette population pacifique, réputée pour ses élevages de chevaux, est l’une des premières à faire le commerce de l’ambre de la Baltique, qu’elle vend aux Étrusques et aux Grecs. Elle s’allie aux Romains pour défendre le territoire contre l’invasion des Gaulois.
Dès le IIe siècle avant J.C., après leur victoire définitive sur les Gaulois, les Romains commencent à étendre leur culture sur la Gaule Cisalpine (au nord du Pô). Ils fondent de nombreuses colonies et construisent d’importants axes de communication, comme la “voie Postumia”, qui relie Ianua (Gênes) à Aquileia (Aquilée), et la “voie Aurelia” qui débute à Patavium (Padoue) et rejoint Acelum (Asolo) et Feltria (Feltre) en croisant la voie Postumia. Les Romains étendent le droit latin à ce territoire en 89 avant J.C. et accordent la nationalité romaine à ses habitants entre 49 et 42 avant J.C. La Vénétie est alors l’une des onze régions de l’Italie Romaine (Regio X: Venetia et Histria).

Après la chute de l’Empire Romain d’Occident en 476, la Vénétie passe sous l’autorité de l’Empire Byzantin, avant d’acquérir de facto son indépendance à la fin du VIIe siècle. A partir du VIe siècle, la Vénétie est envahie par les Longobards (ou Lombards), peuple germanique appartenant au sous-groupe des «Germains de l’Elbe» dont le nom signifierait «les longues barbes» ou «les longues hallebardes». Ces derniers opèrent une véritable colonisation, arrivant avec femmes et enfants pour repeupler une région dont la population a été décimée par la peste et les famines, dont la tristement célèbre famine de 565 après J.C. Leur domination sur l’Italie du nord prend fin en 774 mais leur influence fut si importante que leurs lois ont été conservées durant des siècles. Au milieu du XIè siècle, la quasi totalité des populations rurales suivaient encore la loi longobarde, ou salique. De nombreux toponymes et patronymes vénitiens actuels dérivent de la langue germanique des Longobards, tout comme beaucoup de mots de la langue vénitienne.

Armoiries de la République de Venise

A partir de 697, c’est le pouvoir de la République de Venise ou «Sérénissime» qui s’installe pour un millénaire. Cet état, constitué progressivement autour de la cité de Venise, s’est développé par l’annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la Mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du nord jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. L’Asolano de mes ancêtres y est inclus à la fin du XIVe siècle.
En 1784, la République de Venise est le premier état au monde à reconnaître l’indépendance des États Unis d’Amérique. Deux ans plus tard, Thomas Moore, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson viennent en délégation à Venise afin d’étudier les lois et la constitution vénitiennes. La constitution américaine, encore en vigueur aujourd’hui, a été largement inspirée de celle de la «Sérénissime».

Mais après plus d’un millénaire de stabilité et de prospérité, la Sérénissime tombe à la fin du XVIIIe siècle et l’histoire de la Vénétie connaît de nombreux changements :
* mai 1797 : Suite à la première campagne d’Italie, Napoléon Bonaparte met fin à la Sérénissime et contraint le dernier Doge, Ludovico Manin, à abdiquer
* octobre 1797 : Par le traité de Campo Formio, Napoléon Bonaparte livre la Vénétie à l’Autriche, en échange de la Belgique
* 26 décembre 1805 : Le traité de Presbourg met fin à la domination Autrichienne, suite aux victoires napoléoniennes d’Ulm et d’Austerlitz. La Vénétie intègre le Royaume napoléonien d’Italie
* 1815 : Suite au traité de Vienne à la fin du règne de Napoléon, la Vénétie revient à l’Empire d’Autriche,
* 4 novembre 1866 : après la troisième guerre d’indépendance italienne, qui voit la victoire des alliés Prussiens sur l’Autriche, la Vénétie intègre l’État Italien, une monarchie constitutionnelle
* juin 1946 : un référendum met fin à la royauté, la République italienne est proclamée et la famille royale est exilée.