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Une épine de moins !

Même si je ne l’ai pas citée dans mon dernier article, relatif aux points d’interrogation de ma généalogie, il est une question à laquelle je n’étais pas parvenue à répondre jusqu’à dimanche soir :

“Comment ma branche paternelle a-t-elle reçu son surnom patronymique ?”

J’ai abordé le cas des surnoms patronymiques dans l’un des articles du challenge d’avril dernier : Lire la suite…


De Guadagnini à Guadagnin

Le fondateur de la branche Guadagnin de Borso est Piero Guadagnini. Né à Crespano vers 1550, il y vit jusqu’au décès de son père Antonio en 1559. Suite à son veuvage, sa mère Domenica Rosato se remarie en effet avec un borsato, Andrea Pandin, et vient vivre à Borso avec Piero.
Alors que les membres de la famille Guadaganini vivent à Crespano, Piero se trouve donc être le seul porteur de ce patronyme à Borso.

Au début du XVIIè siècle, il est appelé Guadagnini, comme ici sur l’acte de baptême de son fils Gio:Batta, né en 1601 :

Au moment de son décès, en 1630, Piero est devenu Guadagnin :

La variante Guadagnino(a?) semble avoir également été brièvement utilisée à Borso pour désigner cette famille, peut-être parce que Piero était le seul représentant local des Guadagnini. C’est par exemple le cas sur l’acte de décès de Marietta, la femme de Piero, inhumée en 1643 :

Mais dès la génération suivante, les descendants de Piero établis à Borso seront appelés Guadagnin, alors que les branches de Paderno, Crespano, Asolo ou Bassano s’appellent encore Guadagnini.


La généalogie transalpine

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la méthodologie à suivre pour faire des recherches généalogiques en Italie, j’ai lu très souvent la mise en garde suivante :
“Lorsque vous écrivez en Italie, ne dites pas que vous faites de la généalogie, les Italiens ne voient pas cela d’un bon œil. Dites que vous faites des recherches sur l’histoire de votre famille…”

Je ne sais pas si cet avertissement relève de la légende urbaine ou s’il correspond à une réalité, passée ou encore actuelle, mais rien dans ma petite expérience ne m’a permis de le vérifier. Bien sûr, j’ai fait l’expérience d’écrire à des communes ou à des paroisses sans obtenir aucune réponse (même en ayant glissé dans l’enveloppe un billet de 10 euros pour les “bonnes œuvres”), à commencer malheureusement par la commune qui m’intéresse le plus ! Mais j’ai aussi obtenu suite à d’autres contacts des renseignements avec rapidité, amabilité et parfois sans débourser un centime.Lire la suite…


Onomastique

Dans l’état actuel de mes découvertes, il apparaît que la très grande majorité de mes ancêtres italiens sont natifs de Borso del Grappa et des communes proches. Cette proximité géographique transparaît logiquement dans la liste de leurs patronymes, dont certains se retrouvent dans différentes branches et qui sont, pour la plupart, typiques de la Vénétie.
Même si les patronymes étaient bien utilisés par les prêtres dans les registres paroissiaux, leur orthographe a été sujette à de nombreuses variantes. Les doubles consonnes sont parfois occultées (Fabbian/Fabian, Gollin/Golin, Salvalaggio/Salvalagio, Mocellin/Mocelin…) ou la transcription est phonétique (Pellizzer/Pellicer…). Les surnoms des branches familiales supplantent même parfois le patronyme dans ces documents pourtant “officiels”.

Curieuse de la réponse à la question “que signifie mon nom ?”, je me suis essayée dans cette page à l’onomastique, terme qui désigne l’étude de l’étymologie des noms propres.
La plupart des explications fournies dans cette page sont issues du site Origine dei cognomi italiani, richement et activement alimenté par M. Ettore Rossoni.

Vous pouvez naviguer dans la liste par l’initiale du nom : A à B / C à F / G à M / N à S / T à Z


A à B

    Alberi : patronyme originaire des régions de Ferrare et Bologne. Il pourrait dériver du prénom médiéval “Alberius”, mais aussi de surnoms liés au mot arbre (albero en italien).

    Andreatta : dérive du prénom grec “Andreas”, venant lui-même du grec andros = homme, qui est ensuite devenu Andreas en latin, puis “Andrea” (= André) en italien. Dans le contexte de la région du Trentin, où ce patronyme est signalé dès le XIVe siécle, le suffixe “atta” désigne “le fils de”, ici le fils d’un chef de famille prénommé Andrea. (Source : Sergio Andreatta, “Casa Andreatta”). Mais Gabriele Farronato a démontré que la souche des Andreatta de Paderno est endogène de Fietta (Farronato Gabriele, Paderno del Grappa, storia delle comunità di Fietta e di Paderno, Asolo, 1999).
    L’origine et les variantes de ce patronyme à Fietta et Paderno sont abordées dans le paragraphe Origine des familles Andreatta de Paderno de la chronique.

    Bertacco : patronyme typiquement vénitien, plus particulièrement originaire de la province de Vicenza. Il dérive de prénoms comme “Roberto”, “Alberto” ou “Umberto”, par aphérèse (troncature du début du mot).

    Biasion : patronyme typiquement vénitien, dérivé du prénom médiéval “Blasius” après modification due au vénitien.

    Bonato : patronyme spécifique de la Vénétie, du Trentin et du nord de la Lombardie. Il dérive du mot “bonus” (bon), le suffixe “ato” désignant “le fils de”.

    Bof : patronyme typiquement vénitien et spécifique de la province de Trévise. Il dérive par apocope du prénom médiéval “Boffus”.

    Bordignon : patronyme issu des provinces de Treviso, Vicenza et Padoue. Il dérive du prénom Bartolomeo, qui se dit Bortolo en Vénétie, donnant Bortignon puis Bordignon après modification de la dentale “t” en “d”.

    Buzzoni : ce patronyme possède deux origines géographique, l’une regroupant les régions de Ferrare et Bologne, et l’autre qui comprend les régions de Milan, Lecco, Bergame et Brescia. Il pourrait dériver, directement ou sous forme augmentative, du nom latin Butius, transformé en “Bozo” à l’époque médiévale.


C à F

    Canova : patronyme spécifique de l’Italie du nord. Il dérive soit de toponymes, soit de noms de localités identifiables à une nouvelle maison (“casa nuova”), soit de surnoms dérivés du bas latin “canova” ou “caneva”, termes qui signifient “cantine, auberge”. L’un de ses plus illustres représentants est le sculpteur originaire de Possagno (province de Trévise) Antonio Canova (1757-1822), figure majeure du néoclassicisme italien.

    Cattaneo : très courant dans le Centre-Nord, particulièrement en Lombardie, mais présent également dans le reste de l’Italie. Ce patronyme dérive du latin capitaneu(m) qui désigne une personne se trouvant à la tête d’une armée ou d’une communauté.

    Catto : patronyme tipiquement Vénitien, en particulier dans la province de Venise. Il pourrait dériver du nom médiéval “Gactus” mais aussi du longobard “hatto” (combattant).

    Cervellin : ce patronyme typique de la Vénétie dérive soit d’une altération du nom médiéval latin Cervelius, forme altérée du latin Servilius, et qui désigne un membre de la Gens Servilia, une famille patricienne de la Rome antique, soit du nom latin Cervilius.

    Cogno ou Cugno ou De Cogno : ancien nom des membres de la famille Vedovotto de Borso. Le patronyme Cogno est encore présent en Vénétie, Lombardie, Ligurie et au Piémont. Il dérive du mot latin cuneus qui désigne un coin, un triangle, et se rapporte peut-être à un outil (un clou ?) ou à la forme d’un lopin de terre.

    Comin : patronyme typiquement vénitien, essentiellement originaire des provinces de Trévise et de Venise. Il dérive par aphérèse d’une forme diminutive des prénoms Giacomo ou Giacoma.

    Cumin : patronyme originaire du Frioul-Vénétie Julienne, plus particulièrement des régions de Trieste et Udine. Il dérive par aphérèse du prénom romain Cuminus.

    Cunial : ce patronyme est typique de la commune de Possagno (TV). Son origine est proche de celle de “De Cogno”, puisqu’elle dérive du nom du hameau de Cunial à Possagno, baptisé ainsi en raison de sa forme en coin.

    Cusimano : nom d’origine sicilienne. Il dérive du nom grec Kosmas, devenu Cusmanus en latin et qui a évolué par la suite en “Cusmano” puis “Cusimano”.

    Dalla Zanna : nom typiquement vénitien, qui dérive du prénom féminin Giovanna, transformé en Zuanna puis Zanna dans la langue vénitienne. Ce nom était dont attribué aux enfants d’une femme prénommée Giovanna, peut-être une veuve, ce qui expliquerait que le patronyme des enfants ne soit pas dérivé d’une particularité de leur père. Cette étymologie concerne également la variante Della Zanna.

    Dalle Fratte : patronyme Vénitien qui dérive du mot “fratta” = maquis, terrain escarpé et richement planté, ou du latin fractus = fraction de terrain.

    Dettamanti : patronyme originaire de Lombardie et dérivé, par mutation de la consonne initiale T en D, du patronyme Tettamanzi/Tettamanti, qui signifie “colui che dà da mangiare e munge i manzi = celui qui nourrit et trait les vaches”. La forme originelle est Tettamanzi, elle est devenue Tettamanti après transcription par les ecclésiastiques et les notaires.

    Fabbian : patronyme spécifique de la Vénétie. Il dérive du prénom latin Fabianus, lui-même formé à partir du nom de genre Fabia.

    Finco : typique de la Vénétie, en particulier des provinces de Vicenza et de Padoue. Dérive vraisemblablement d’un surnom formé à partir du terme “finco”, qui signifie “pinson” en dialecte vénitien et qui, par le passé, signifiait également “avisé, adroit”.

    Follador : ce patronyme est surtout présent dans la province de Trévise, mais il se rencontre également dans celles de Venise et de Belluno. Il dérive de variantes archaïques ou dialectales du terme “follatore” qui signifie “le fouleur, celui qui foule”. Ce terme s’appliquait soit à la préparation du vin, soit à l’artisanat de la laine et du feutre. Ce patronyme est donc dérivé d’une activité professionnelle. Compte tenu de la forte présence des métiers liés à la laine dans la province de Trévise, il est probable que mes ancêtres qui en étaient porteurs ont travaillé dans l’artisanat de la laine plutôt que dans les vignes.


G à M

    Gheno : patronyme typique de la province de Vicenza. Il dérive du surnom donné à “Guielmo (Guglielmo) detto Gheno”, membre d’une famille originaire de San Nazario. (source : Tibère Gheno, France)

    Giacomelli : patronyme répandu dans le centre et le nord de l’Italie. Il dérive vraisemblablement du prénom “Giacomo” (Jacques).

    Golin / Gollin : ces patronymes dérivent par aphérèse (modification phonétique impliquant la perte d’un ou plusieurs phonèmes au début d’un mot) du prénom “Ugolino”. L’origine de la présence dans cette généalogie des deux orthographes est expliquée dans le paragraphe “Golin ou Gollin ?” de la chronique.

    Granaroli : ce patronyme se retrouve à Terni, en Ombrie, ainsi qu’à Rome et à Palestrina, dans la région romaine. Il pourrait dériver de toponymes, comme Granarolo, près d’Urbino, ou Granaro, également dans les Marches.

    Guadagnin : patronyme typique de la Vénétie, et plus précisément de la province de Trévise, où il s’écrit parfois avec un “i” final. Il dérive vraisemblablement par aphérèse du prénom médiéval “Guadagno” ou “Buonguadagno” (“gain, bon gain”), attribué à un fils dont la naissance était très attendue ou considérée comme de bon augure pour la famille, ou destiné à lui porter chance. L’origine des Guadagnin de cette généalogie est abordée dans le paragraphe “Origine des Guadagnin de Borso” de la chronique.
    Selon l’ouvrage “Historia da familia Guadagnin” de Firleia Guadagnin Radin, le verbe italien guadagnare (gagner) dérive du germanique “waidanjan” ou “waidanian”, qui signifiait faire paître les animaux. Sans doute introduit en Vénétie par les longobards, ce verbe a connu une modification de son orthographe et de sa signification, pour devenir “waidanare” puis “gaidanare”, “guadanare” et “guadagnare”.

    Lunardon : forme typiquement vénitienne de divers patronymes dérivés du prénom “Leonardo”, devenu “Lunardo”.

    Mocellin : patronyme typique de la Vénétie, en particulier de la province de Vicenza, mais également bien présent dans les provinces de Trévise, Padoue et Venise. Il dérive vraisemblablement d’un toponyme.

    Moro : patronyme dérivé de “Morus”, attribué au moyen-âge non seulement aux sarrasins mais aussi à tous ceux dont la peau était foncée.

    Morosin : variante typiquement vénitienne de Morosino ou Morosini, qui dérivent vraisemblablement tous du prénom médiéval Maurus ou Morus.


N à S

    Negro : ce patronyme semble originaire du Salento, dans les Pouilles, mais il est également très courant dans le Piémont et la Ligurie. Il vient soit du nom latin Niger, devenu Nigrus au moyen-âge, puis “Negro”, soit d’un surnom attribué à une personne aux cheveux ou à la peau sombre. Dans le sud de l’Italie, il pourrait également être lié à une ascendance sarrasine.

    Orso : patronyme majoritairement présent en Vénétie, mais diffusé également dans le Piémont, la Campanie et la région de Palerme. Il dérive du prénom médiéval “Orso” lui-même issu du latin Ursus.

    Pellizzer : patronyme typiquement vénitien, probablement attribué à l’origine à une personne travaillant la fourrure, la peau (“peliza” dans la langue vénitienne). La même origine prévaut pour des variantes comme Pellizzaro ou Pellizzari.

    Rizzardo : patronyme spécifique de la province de Trévise, et qui dérive du prénom médiéval “Rizzardus”.

    Salvalaggio : patronyme typique de la province de Trévise, et plus particulièrement de Castelfranco. Il dérive du nom médiéval “Salvalaglio”.

    Serena : originaire des province de Venise et de Trévise, ce patronyme est également présent dans les régions de Brescia et Piacenza. Il dérive du nom latin Serenus (en latin, serenus = serein)

    Sibilio : la répartition de ce patronyme montre un foyer dans le Latium, un dans la région de Naples, et un autre dans les Pouilles. Il pourrait dériver du nom médiéval germanique Sibhileh, lui-même formé à partir de sib (crible, tamis) et de hileih (mariage), qui signifiait épouse ou époux judicieusement choisi(e) , une autre origine pouvant dériver du nom médiéval “Sibillus”, lui-même issu du nom grec et latin Sibylla.

    Simeoni : ce patronyme possède une branche en Vénétie et une autre dans le Latium. Il dérive du prénom biblique “Simone”.

    Simoncello : il dérive lui aussi du prénom “Simone”.


T à Z

    Tonietto : dérive du prénom “Antonio”, dont il est un diminutif affectueux.

    Vedovotto : ce patronyme semble non seulement typiquement vénitien mais spécifique de Borso del Grappa. Il dérive sans doute d’une forme diminutive de “vedovo”, qui signifie “veuf”, le suffixe “otto” étant utilisé pour signifier “le fils de”, en l’occurrence “le fils du veuf”. Avec leur tendance marquée à “avaler les syllabes” mes ancêtres sont parfois allés jusqu’à orthographier leur nom “Vedootto” ou “Vedooto”.
    L’origine et les variantes de ce patronyme à Borso sont abordées dans le paragraphe “Origine des familles Vedovotto de Borso” de la chronique.

    Zago : patronyme typique de la Vénétie, qui possède une branche secondaire en Sicile dans la région de Raguse. Il pourrait dériver du terme “zago”, nom donné en dialecte vénitien à un clerc, personne qui étudie en vue de devenir prêtre (le terme “zaghi” étant aussi utilisé parfois en Vénétie pour désigner les enfants de chœur).

    Zen : patronyme typiquement vénitien, qui dérive par apocope des prénoms médiévaux “Zena”, “Zeno”.

    Ziliotto : tout comme “Zilio”, dont il est une forme diminutive, ce patronyme est typique de la Vénétie. Il dérive d’une modification du prénom médiéval “Gillius”, la langue vénitienne ayant transformé le “G” en “Z” .


Origine des Guadagnin de Borso

Lorsque j’ai commencé ces recherches généalogiques, je pensais que cette branche ne concernait que la famille de ma Nonna (grand-mère), Romana Guadagnin. Par la suite, j’ai découvert que mon Nonno possédait lui aussi une ascendance Guadagnin !

Une famille issue de Crespano

Alors que la majorité des patronymes typiques de l’Asolano se sont formés au cours des XVe et XVIe siècles, Guadagnin(i) fait partie des rares patronymes plus anciens qui ont traversé les siècles et sont arrivés intacts jusqu’à l’époque contemporaine. Il en est fait état en effet dès le XIVe siècle dans divers documents. Son fondateur Guadagnin del fu Odorico da Crespano (Guadagnin, fils du défunt Odorico de Crespano) est cité dans un acte notarié daté du 1er mai 1384.Lire la suite…


Origine des Andreatta de Fietta

Dans la Pedemontana, le patronyme Andreatta est typique de Fietta. Il s’est ensuite diffusé à Paderno, Crespano, Fonte ou San Zenone. Il est effectivement mentionné dans les textes à la fin du XVe siècle mais des documents plus anciens suggèrent que la famille aurait déjà pu être présente à Fietta en 1224.

Au XIIIe siècle : Lazzaro da Fietta

Des Chegna aux Andreatta et aux Fietta (Cliquez sur l’image pour agrandir l’arbre dans une nouvelle fenêtre)

Lazzaro da Fietta a rédigé son testament le 16 juin 1224, léguant ses biens à ses deux fils, Giacobino et Odorico. Si le second est parti à Treviso, Giacobino est resté à Fietta. Son petit-fils (?), lui-même fils d’un Lazzaro, Giacobino detto Chegna (Giacobino dit Chegna) y achète des terres, selon un acte daté du 29 juin 1340.

Par la suite, le petit-fils de Giacobino est présenté dans les actes comme Biasio detto del Schiva. Ses trois fils portent le nom del Schiva mais au patronyme de l’aîné, prénommé Andrea, est accolé le surnom Andreatta, sans doute du fait de son prénom. Il devient donc Andrea del Schiva detto Andreatta. Un siècle plus tard, ses descendants sont appelés simplement Andreatta. La famille de son petit-fils Bartolomeo va s’établir dans le lieu-dit Canil, toponyme qui sera son surnom (Andreatta detto Canil ou da Canil) avant de devenir le patronyme de ses descendants. Le patronyme Canil est encore présent aujourd’hui à Paderno.

Le neveu d’Andrea, Giovanni del Schiva, vit avec son oncle dont il adopte le nom, sous la forme Giovanni Andreatta del Schiva.

Certaines branches de la famille se sont par la suite établies dans des villes voisines : Bassano, Asolo, Paderno… C’est le cas de Giovanni Andreatta Del Schiva et de ses descendants. Les membres de cette famille on alors été appelés da Fietta ou Fietta, en référence à leur village d’origine, et les patronymes Andreatta ou del Schiva n’ont progressivement plus été utilisés pour les désigner.

La “villa Fietta” à Paderno del Grappa

La branche d’Andrea, puis de Biasio son fils, a pris une place importante dans l’histoire de Fietta. En 1472, la famille de Biasio del Schiva, était la plus riche de Fietta. Il n’est donc pas étonnant qu’elle se soit liée par mariage avec la famille des Guadagnini, qui dominait pour sa part la ville voisine de Crespano : Maria, la sœur de Biasio, a épousé le discretus vir Pietro Guadagnini, fils de Giovanni, et Giovittore, le fils de Biasio, a épousé Caterina Guadagnini, fille du discretus vir Bartolomeo Guadagnini et petite-fille du même Giovanni Guadagnini.

Andrea del Schiva detto Andreatta semble donc être l’ancêtre de bon nombre de familles Andreatta et Canil, dont certaines vivent encore aujourd’hui à Fietta et Paderno. Alvise Andreatta, le fondateur de la branche des “Lovisat” à laquelle appartient mon arrière grand-mère Maria Andreatta, descend en ligne directe du couple formé par Giovittore Andreatta et Caterina Guadagnini.

Au XVIIIe siècle : le patronyme le plus porté à Paderno et Fietta

En 1759, Fietta et Paderno comptaient 47 foyers Andreatta (269 personnes). En 1815, 22 familles Andreatta vivaient à Paderno (soit 95 personnes) et 35 à Fietta (184 personnes). En 2004, Andreatta était encore l’un des patronymes les plus portés à Paderno et Fietta.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, jusqu’à 15 % de la population de la commune s’appelait Andreatta. Du fait de cette domination les divers foyers se sont vu attribuer des surnoms patronymiques (ménda) destinés à les différencier. Les surnoms étaient en général formés à partir d’un toponyme ou à partir du prénom du chef de famille. C’est ainsi qu’en 1815 on pouvait trouver à Paderno et Fietta des Andreatta “detto” Aiuto, Benet, Buset, Campagner, Campaner, Campo, Canevela, Canton, Chioret, Colomber, Costa, Cracio, Crostol, Cussoret, Formin, Franco, Gheno, Giachesa, Giachessa, Giorno, Lovisat, Mae, Mecoli, Meriga, Nanon, Paroncin, Patronio, Petronio, Pittus, Rechia, Sarenta

La branche de mon arrière grand-mère est celle des “Lovisat”, ménda dérivée du prénom de son ancêtre Alvise (équivalent vénitien de Luigi) Andreatta. Mais du XVIIe au XXe siècle, une déclinaison et de nouveaux surnoms ont fait leur apparition parmi les rameaux des Andreatta detti Lovisat :

Lovisat (branche de Giobatta, fils d’Alvise) Lovisat (Branche de Gerolamo, fils d’Alvise)
Lovisat

  • Berna
    • Luisat de la Moma
    • Sisto
    • Baldi
    • Ventura
  • De la Botega
  • Luisat de la Moma
    • Luisat Scarperol
    • Toniet Luvisat
    • Maschio
Lovisat

  • Zanol
  • Russo
  • Gir
  • Luisat dei Boschi
    • Luisat
    • Bernardi
    • Cich

Variantes et surnoms

Je pense ne pas me tromper beaucoup en disant qu’à travers le monde (hormis en Italie) tous les porteurs du patronyme Vedovotto s’accordent sur un point : il est très rare que leur nom soit écrit ou lu correctement par une personne qui le rencontre pour la première fois. Ma mère en avait un jour listé de tête une trentaine de variantes différentes, entendues ou lues sur des courriers reçus.
Au cours de mes pérégrinations sur internet, j’ai pu constater que les Américains avaient autant de mal que les Français avec ce patronyme. Dans les divers documents examinés, je l’ai vu écrit Vedovatto, Vedovoto, Vedotto… Au Brésil, il a été transformé en Vedovoto, simplification introduite par un employé de l’état civil, ou en Veduvoto, écriture plus conforme à la prononciation locale.
Mais l’avantage de rechercher des informations sur des personnes portant un nom aussi peu répandu, c’est que même lorsqu’on trouve quelque chose qui ne fait que s’en approcher phonétiquement, il s’agit presque toujours d’une bonne piste !
Les actes d’état civil enregistrés à Borso montrent eux mêmes des variantes : Vedovotto, Vedovoto, Vedootto, Vedooto… Il a fallu quelques siècles pour que la graphie actuelle se pérennise. Avant cela, les formes sont diverses, issues de la langue vénitienne ou des abréviations utilisées par les prêtres.

En voici un petit florilège :

Hebergeur d'Images Gratuit 1602 : orthographe actuelle sans majuscule et écriture très lisible
Hebergeur d'Images Gratuit 1610 : un seul t, mais écrit en entier
Hebergeur d'Images Gratuit 1616 : la fin est abrégée
Hebergeur d'Images Gratuit 1642 : l’œil aguerri d’un spécialiste est indispensable pour reconnaître Vedovotto dans cette version qui tient plus du parafe !
Hebergeur d'Images Gratuit 1644 : retour de l’orthographe la plus riche, avec une majuscule
Hebergeur d'Images Gratuit 1790 : le “v” inutile, car éludé par la prononciation vénitienne, est absent. Mais les deux “t” restent
Hebergeur d'Images Gratuit 1811 : le strict nécessaire, sans “v” et avec un seul “t”
Paesan, Iano et Benetel

Comme c’est le cas pour de nombreux patronymes de Borso, des surnoms ont été donnés au fil du temps aux différentes familles Vedovotto, afin de les différencier. Quelques branches ont ainsi émergé, dont les prêtres se sont parfois fait l’écho jusque dans les registres paroissiaux :

  • Celle des Paesan, descendants de Bernardino de Cogno, fils de Benedetto :

    2 avril 1875 Baptême de “Vedovotto Maria q. Giovanni paesan”

  • Celle des Benetel, sous-branche des “Paesan” qui concerne (entre autres ?) Giovanni Vedovotto, mon aïeul, et ses descendants, donc mon grand-père Sebastiano, mon père ou moi :

    7 juin 1890 Inhumation de “Vedovoto Secondo di Giovanni Benetel”

  • Celle des Iano, descendants d’Antonio de Cogno, fils de Benedetto et frère de Bernardino. Ce surnom est parfois écrit Giano ou Jano :

    8 janvier 1889 Inhumation de “Vedovoto Giambattista figlio di Luigi Giano”


Origine des Vedovotto de Borso

Les actes paroissiaux datant de la première moitié du XVIe siècle montrent qu’avant que le patronyme Vedovotto n’apparaisse à Borso, après 1550, mes ancêtres étaient appelés de Cogno (orthographié parfois Cogno, di Cogno, de Cugno ou de Cognio).

Un ancêtre commun : Benedetto de Cogno

Origine des Vedovotto de Borso (Cliquez sur l’image pour l’agrandir dans une nouvelle fenêtre)

Tous les Vedovotto de Borso descendent d’un ancêtre commun ayant vécu au XVIe siècle : Benedetto de Cogno. Il habitait à Borso en 1519 et comptait alors parmi les habitants les plus riches, possédant de nombreux biens fonciers, comme en fait état l’inventaire de ses biens, enregistré en 1530 à Asolo après sa mort. Benedetto de Cogno est pourtant introuvable dans l’estimation précédente (1495), certes incomplète, des biens des citoyens de Borso.

La question qui se pose aujourd’hui est donc la suivante : la famille de Cogno était-elle établie depuis plus longtemps à Borso ou Benedetto est-il venu s’installer dans la commune depuis une autre ville ?

1577 : extrait du partage des biens de “q. Bernardin de cugno de bursio (borso)” entre ses fils Benedictur (Benedetto), Baptista (Battista) et Johannis (Giomaria)

De “de Cogno” à “Vedovotto”

Alors que “de Cogno” a dominé le XVIe siècle, “Vedovotto” s’est définitivement affirmé dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Mais les deux patronymes ont cohabité dans les textes durant au moins un siècle, comme le montrent par exemple les actes de baptêmes de deux des enfants de Piero Vedovotto / de Cogno et de sa femme Maria :

21 novembre 1597, Borso. Acte de baptême de Madalena fille de “ser Piero Vedovotto” et “Donna Maria sua moglie”.

28 mars 1599, Borso. Acte de baptême de Madalena de “Piero de Cogno” et “Maria da Borso”.

Sur l’acte de décès de “ser Giacomo di Cogno”, daté du 31/01/1627, le prêtre a écrit les deux noms, semblant ajouter “Vedovotto” dans un second temps.

Un patronyme né à Borso ?

L’étymologie de Vedovotto est vraisemblablement liée au surnom donné à un membre de la famille identifié comme le fils (ainé ?) d’un veuf. J’ignore encore l’identité de ce “fils de veuf”.

Depuis que j’ai débuté ce travail généalogique, je me pose la question de savoir si tous les Vedovotto du monde ne pourraient pas être reliés à un même ancêtre commun, né à Borso del Grappa.

Outre son côté sympathique, cette hypothèse me semble étayée par différentes constatations :

  • Ce patronyme est très peu porté dans le monde, y compris en Italie (14 communes). En Italie il est très majoritairement présent en Vénétie, et au sein de la Vénétie, très majoritairement présent à Borso del Grappa, qui apparaît donc à ce jour comme le principal foyer du patronyme,
  • Selon Gabriele Farronato, tous les Vedovotto de Borso descendent d’un ancêtre commun,
  • Dans la base de données de Ellis Island, qui recense les personnes entrées sur le territoire des USA entre 1892 et 1924, tous les immigrants enregistrés sous le patronyme Vedovotto ont déclaré être né ou venir de Borso,
  • Tous les Vedovotto ou descendants de Vedovotto que j’ai réussi à contacter, en Italie, en France, aux USA ou au Brésil, m’ont confirmé que leurs ancêtres portant ce patronyme venaient soit de Borso, soit de Càorle.

Il existe en effet une branche de “Vedovotto” dans la province de Venise, sur le littoral à Càorle, Eraclea, Jesolo…, qui s’est ensuite ramifiée vers Rome. Je ne connais pas son origine, mais je pense que son existence ne remet pas forcément en question mon hypothèse. Cette branche pourrait en effet être issue d’un borsato qui aurait émigré vers Venise. Les relations régulières entre les ceux zones sont attestées depuis au moins le XVIIIe siècle (voir Les migrations dans la Sérénissime). Il ne semble donc pas absurde de considérer qu’un Vedovotto né à Borso aurait pu décider un jour de s’installer plus près du littoral.

Bien sûr, je n’ai aucune certitude en la matière, et je n’en aurai peut-être jamais. Mais je me plais à rêver d’un arbre généalogique reliant les Vedovotto du monde entier….

Carte de répartition des foyers Vedovotto en Italie

Carte de répartition des foyers Vedovotto en Vénétie