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D’où venaient-ils ?

Même si les familles qui composent mon arbre généalogique sont pour la plupart installées à Borso depuis au moins le XVIIe siècle, le dépouillement des registres paroissiaux m’a permis de découvrir que certains sont originaires d’une commune voisine, voire d’une autre région d’Italie. La carte présentée ci-dessous montre leur lieu d’origine, le code couleur des marqueurs distinguant la branche concernée, du point de vue de mes arrières grands-parents :
turquoise : branche Vedovotto
fuchsia : branche Andreatta
jaune : branche Guadagnin

Un clic sur l’une des punaise permet d’ouvrir une fenêtre indiquant le nom de la commune, l’ancêtre concerné et son année de naissance dans cette commune. La fonction de zoom est activée, n’hésitez pas à l’utiliser pour voir les marqueurs hors cadre ou ceux qui se superposent (identifiés par un chiffre indiquant leur nombre). Vous pouvez également déplacer la carte à l’aide d’un « cliquer-glisser ».


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Les Italo-brésiliens de mon arbre

Les Vedovotto

Si l’hypothèse évoquée pour l’identité du Luigi Vedovotto rejoignant ses parents à New-York était avérée, le père de Luigi, Giovanni Vedovotto, n’aurait pas toujours vécu à New-York. Il est en effet enregistré parmi les immigrants de Vénétie au Brésil, tout comme sa femme Teresa Radossi, son fils Giovanni et la femme de ce dernier, Maria Fabbian.

Vittorio Vedovotto a débarqué à Rio de Janeiro le 21 juin 1882, accompagné de sa femme Maria Perocco et de leurs quatre enfants. Leur destination était la « Colonie de Silveira Martins » (Rio Grande do Sul), où ils avaient obtenu le lot n° 368. Toute la famille a fait souche à Santa Maria, dans l’état de Rio Grande do Sul. Ses descendants y vivent encore.

le 29 juin 1891, Giuseppe Vedovotto, sa femme Antonia Carlesso et leur fils Pietro débarquent à Santos (São Paulo), avec pour destination « Araraquara » (état de Saõ Paulo).

Deux mois plus tard, le 22 août 1891, un certain Pietro Vedovotto débarque lui aussi à Santos, accompagné de sa femme Domenica et de leur fille Elisabetta. S’agit-il du jeune frère de Giuseppe ?

Francesco Vedovotto, le frère de Vittorio parti à Silveira Martins, a lui aussi traversé l’Atlantique pour se rendre au Brésil, tout comme sa seconde épouse, Domenica Ziliotto. Etait-il accompagné de ses deux fils, Giovanni et Antonio ?

Massimiliano Vedovotto, issu de la branche de Càorle (VE), a émigré au Brésil au début du XXe siècle avec ses enfants. Certains de ses descendants sont aujourd’hui installés dans les états brésiliens de São Paulo ou de Minas Gerais.

Sur l’acte de mariage de Luigia Vedovotto, enregistré le 24 mars 1924 à Càorle, il est écrit qu’elle est née au Brésil (vers 1903 selon l’âge mentionné). Ses parents, Romeo Vedovotto et Antonia Gallo semblent donc avoir fait partie des Italiens qui sont allés chercher une vie meilleure au Brésil à la fin du XIXe siècle et qui en sont revenus. Peut-être ont-ils fait partie des victimes de la crise du café, qui a débuté vers 1906 et a privé de travail bon nombre d’émigrés alors contraints au retour.

Tous les Vedovotto émigrés au Brésil n’y ont donc pas fait souche. Le patronyme Vedovotto est néanmoins toujours porté au Brésil, ce qui tend à montrer que certains Borsati s’y sont établis depuis plusieurs générations. Son orthographe a parfois un peu dérivé de la forme italienne, par exemple « Vedovoto« , « Vedvotto » ou « Veduvotto » en accord avec la prononciation brésilienne.

La une de « A tribuna » le 26 janvier 1939 (source : Novo Milenio)

En 1939 un dénommé Giovanni Vedovotto avait par exemple suffisamment assis sa position à Santos, dans l’état de São Paulo, pour y diriger l’école « Escola Alexandre Manzoni », comme le stipule l’édition spéciale du journal local A Tribuna du 26 janvier 1939, publiée à l’occasion du centenaire de l’accès de cette cité au statut de municipalité, et qui répertoriait tous les établissements d’enseignement de Santos. Les registres d’entrée d’étrangers à São Paolo nous indiquent que Giovanni Vedovotto, professeur, est entré au Brésil en août 1942. Il est fils de Sebastiano et d’Angela Fabian, né à Borso en 1903. Il est probable qu’il s’agisse du professeur cité dans l’article.

Publicité des chaussures Beni, dans les années 1970 (Source Museu Birigui)

Autre exemple : deux frères, Benedito et Nalberto Vedovotto (orthographié parfois Veduvoto ou Veduvotto) ont dirigé pendant la décennie 1970-1980 une fabrique de chaussures, « Indústria de Calçados Beni », dans la ville de Birigüi, capitale brésilienne de la chaussure située dans l’état de São Paulo.

Les Guadagnin

Comme de nombreux Italiens du Nord, des représentants des familles Guadagnin ont émigré principalement dans les états brésiliens de Saõ Paulo, Santa Catarina et Rio Grande do Sul.

Certaines familles portant le patronyme Guadagnin (et ses variantes) se sont regroupées au sein d’une association et se rassemblent régulièrement, comme en témoigne le site internet Familia Guadagnin

On y découvre que leurs ancêtres sont venus principalement de Bassano ou de Trebaseleghe (province de Padoue). Certains habitent même aujourd’hui à Nova Bassano, ville brésilienne de l’état de Rio Grande do Sul, baptisée ainsi par ses fondateurs italiens originaires de Bassano del Grappa.

Je n’ai pour l’instant pas trouvé de connexion entre ces familles et les Guadagnin de Borso. Mais la découverte de l’acte de décès de Pietro Guadagnin en 1836 à Trebaseleghe (voir Les migrations dans la Sérénissime) montre que les familles Guadagnin de Borso fréquentaient cette région de la province de Padoue dès le XIXe siècle. Certains auraient donc pu décider de s’y installer à demeure.


Les colonies de Rio Grande do Sul

Sur le territoire de la province du Rio Grande do Sul, les colons Allemands s’étaient installés dans les vallées du Rio Grande et de ses affluents. Les Italiens, arrivés un peu plus tard, ont occupé la région appelée « Encosta Superior », d’altitude plus élevée.

Conde dÉu et Dona Isabel (villes nommées aujourd’hui Garibaldi et Bento Gonçalves) sont les deux premières colonies créées par les autorités de la province dans cette zone, en 1870. L’objectif était d’y faire venir 40 mille colons en deux ans. Mais le succès ne fut pas au rendez-vous : 1354 immigrants s’y installèrent en 1872, 1607 en 1873, 580 en 1874 et seulement 315 en 1875.

Différentes raisons sont avancées pour expliquer cette désaffection. En Europe, le Brésil était perçu comme une terre d’immigration où les conditions de vie étaient difficiles, le gouvernement de la province offrait moins d’argent pour financer le voyage que le gouvernement fédéral, et les colons préféraient en général s’installer dans une zone déjà partiellement colonisée que sur une terre totalement vierge. Refroidies par cet échec, les autorités locales transmirent la gestion des colonies aux autorités fédérales en 1874. L’année suivante, l’état créa la colonie de Nova Palmira (actuellement Caxias do Sul).

En 1877, la quatrième colonie baptisée Silveira Martins vit le jour près de Santa Maria. Elle était tout particulièrement destinée aux immigrés venus d’Italie. C’est là que Vittorio Vedovotto et sa famille se sont installés en 1882, bénéficiant du lot n° 368.

D’autres habitants de Borso sont partis vers les colonies de Rio Grande do Sul. C’est par exemple le cas de Giacomo Bonato et son épouse Maria Barcarollo, qui sont arrivés en janvier 1881 à Caxias avec leurs six enfants nés à Borso. Leur parcours a été retracé par l’un de leurs nombreux descendants brésiliens, vous pouvez suivre leur histoire dans ces pages (en portugais).

Église Saint Antoine de Padoue de Silveira Martins, dont le clocher est inspiré de celui de Càorle (Vénétie, province de Venise)

L’idée de la mixité des colonies, regroupant des personnes originaires de divers pays et ethnies, fut mise en avant après la proclamation de la république en 1889, mais elle resta essentiellement théorique car dans les faits, les colons continuaient à se regrouper selon leurs origines. Ces quatre colonies ont constitué le noyau de la colonisation italienne dans l’État, et d’autres furent par la suite créées dans des régions proches. Tout comme les Allemands, les Italiens ont exploité la terre qu’ils avaient acquise, mais leurs lots étaient moins étendus. Ils y pratiquèrent une agriculture de subsistance, avec le maïs et le blé, mais l’empreinte de leur activité dans l’état de Rio Grande do Sul reste encore aujourd’hui la culture de la vigne.

Le territoire initial de Silveira Martins s’étend aujourd’hui sur les communes de Silveira Martins, Faxinal do Soturno, Dona Francisca, Nova Palma, Pinhal Grande, São João do Polêsine, Agudo, Restinga Seca, Ivorá. Le district principal est celui de « Vale Veneto », dont le nom montre l’importance de l’émigration venue de Vénétie dans cette région. Une variante de la langue vénitienne, appelée le « talien », est encore parlée dans certaines régions de l’état de Rio Grande do Sul.

Affiche éditée à l’occasion du 125 ème anniversaire de l’installation des premiers colons italiens à Silveira Martins, au « Val de Buia »


La langue vénitienne


Dans chaque ville ou région de Vénétie, on peut entendre parler deux langues différentes :

  • L’italien, la langue nationale qui permet de communiquer avec tous les habitants de la péninsule et de comprendre les textes littéraires et scientifiques de tous siècles. C’est la langue apprise sur les bancs de l’école.
  • Le dialecte, langue maternelle transmise par les ancêtres et apprise spontanément, sans études.

Les dialectes ne sont pas issus d’une déformation de l’italien mais de la continuation spontanée du latin parlé par les soldats envoyés pour cultiver les terres conquises par les Romains, qui n’était pas le latin classique de Cicéron.

Actuellement, le vénitien est un complexe de dialectes semblables, qui partagent de nombreux traits et présentent quelques différences ne compromettant pas sa compréhension.

Cartes des variantes du vénitien en Vénétie et Istrie (Source : http://www.linguaveneta.it)

La question de savoir si le vénitien est un dialecte ou une langue ne cessera sans doute jamais d’agiter les esprits. Le Conseil Régional de Vénétie y a répondu. La loi régionale votée en 2007 par ce conseil a en effet reconnu le vénitien au niveau institutionnel comme une langue à part entière :

« Art. 2 – Lingua veneta

1. Le specifiche parlate storicamente utilizzate nel territorio veneto e nei luoghi in cui esse sono state mantenute da comunità che hanno conservato in modo rilevante la medesima matrice costituiscono il veneto o lingua veneta. »

Le vénitien est parlé en Italie, avec quelques variantes, dans les régions de Vénétie, Frioul-Vénétie julienne et Trentin-Haut-Adige. On peut l’entendre également en Slovénie et en Croatie (péninsule d’Istrie), qui ont par le passé fait partie de la République de Venise.
L’importante émigration d’italiens du nord en Amérique du Sud aux XIXe et XXe siècles a fait traverser l’Atlantique à cette langue, parlée notamment dans la ville de Chipilo (État de Puebla, Mexique), ainsi que dans les États brésiliens de São Paulo et de Rio Grande do Sul, où s’est développé un dialecte appelé talien, composé d’une bonne part de vénitien et, dans une moindre mesure, d’italien, avec emprunts lexicaux extérieurs.

Le vénitien est aujourd’hui considéré comme une langue « vulnérable » par l’Unesco. Selon plusieurs enquêtes, la zone où est parlé le vénitien a subi une forte italianisation au cours des 30 dernières années. Mais certaines de ses expressions sont passées dans le langage courant, y compris hors d’Italie.

C’est le cas de ciao, qui dérive du vénitien s-ciao (ou s’ciàvo) signifiant esclave. Saluer quelqu’un avec un « ciao » équivaut donc à lui dire : « je suis votre esclave, votre serviteur ».


La Vénétie

La Vénétie est une région située au nord-est de l’Italie. Elle est délimitée à l’est par la région du Frioul-Vénétie Julienne, au nord-ouest par le Trentin-Haut-Adige, à l’ouest par la Lombardie, au sud par l’Émilie-Romagne et à l’est par la mer Adriatique. Dans son extrémité septentrionale, cette région est limitrophe de l’Autriche.

Ses paysages sont très variés puisqu’elle se divise en plusieurs zones :

  • la zone des Alpes et des Dolomites
  • la zone préalpine
  • les collines (Colli Euganei, Berici, Asolani)
  • la Plaine du Pô et de ses affluents (Adige, Brenta, Piave, Sile, Livenza)
  • la côte orientale du lac de Garde, le principal lac italien
  • la côte adriatique, basse et lagunaire

La Vénétie est constituée de sept provinces :


Repères historiques

C’est à l’age du bronze (2ème millénaire avant Jésus Christ) que les Euganéens s’implantent sur le territoire qui ne s’appelle pas encore Vénétie. Ils sont suivis par les Vénètes, un peuple venu de Paphlagonie (côte nord de l’actuelle Turquie) environ 1000 ans avant J.C, après la chute de Troie, en remontant la mer Adriatique. Les Vénètes ont légué leur nom à la région. Selon certains historiens, ces Vénètes de Paphlagonie seraient originaires de la Lusace, une régiond du nord-est de l’Allemagne actuelle, aux confins de la Pologne et de la République Tchèque. Cette population pacifique, réputée pour ses élevages de chevaux, est l’une des premières à faire le commerce de l’ambre de la Baltique, qu’elle vend aux Étrusques et aux Grecs. Elle s’allie aux Romains pour défendre le territoire contre l’invasion des Gaulois.
Dès le IIe siècle avant J.C., après leur victoire définitive sur les Gaulois, les Romains commencent à étendre leur culture sur la Gaule Cisalpine (au nord du Pô). Ils fondent de nombreuses colonies et construisent d’importants axes de communication, comme la « voie Postumia », qui relie Ianua (Gênes) à Aquileia (Aquilée), et la « voie Aurelia » qui débute à Patavium (Padoue) et rejoint Acelum (Asolo) et Feltria (Feltre) en croisant la voie Postumia. Les Romains étendent le droit latin à ce territoire en 89 avant J.C. et accordent la nationalité romaine à ses habitants entre 49 et 42 avant J.C. La Vénétie est alors l’une des onze régions de l’Italie Romaine (Regio X: Venetia et Histria).

Après la chute de l’Empire Romain d’Occident en 476, la Vénétie passe sous l’autorité de l’Empire Byzantin, avant d’acquérir de facto son indépendance à la fin du VIIe siècle. A partir du VIe siècle, la Vénétie est envahie par les Longobards (ou Lombards), peuple germanique appartenant au sous-groupe des «Germains de l’Elbe» dont le nom signifierait «les longues barbes» ou «les longues hallebardes». Ces derniers opèrent une véritable colonisation, arrivant avec femmes et enfants pour repeupler une région dont la population a été décimée par la peste et les famines, dont la tristement célèbre famine de 565 après J.C. Leur domination sur l’Italie du nord prend fin en 774 mais leur influence fut si importante que leurs lois ont été conservées durant des siècles. Au milieu du XIè siècle, la quasi totalité des populations rurales suivaient encore la loi longobarde, ou salique. De nombreux toponymes et patronymes vénitiens actuels dérivent de la langue germanique des Longobards, tout comme beaucoup de mots de la langue vénitienne.

Armoiries de la République de Venise

A partir de 697, c’est le pouvoir de la République de Venise ou «Sérénissime» qui s’installe pour un millénaire. Cet état, constitué progressivement autour de la cité de Venise, s’est développé par l’annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la Mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du nord jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. L’Asolano de mes ancêtres y est inclus à la fin du XIVe siècle.
En 1784, la République de Venise est le premier état au monde à reconnaître l’indépendance des États Unis d’Amérique. Deux ans plus tard, Thomas Moore, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson viennent en délégation à Venise afin d’étudier les lois et la constitution vénitiennes. La constitution américaine, encore en vigueur aujourd’hui, a été largement inspirée de celle de la «Sérénissime».

Mais après plus d’un millénaire de stabilité et de prospérité, la Sérénissime tombe à la fin du XVIIIe siècle et l’histoire de la Vénétie connaît de nombreux changements :
* mai 1797 : Suite à la première campagne d’Italie, Napoléon Bonaparte met fin à la Sérénissime et contraint le dernier Doge, Ludovico Manin, à abdiquer
* octobre 1797 : Par le traité de Campo Formio, Napoléon Bonaparte livre la Vénétie à l’Autriche, en échange de la Belgique
* 26 décembre 1805 : Le traité de Presbourg met fin à la domination Autrichienne, suite aux victoires napoléoniennes d’Ulm et d’Austerlitz. La Vénétie intègre le Royaume napoléonien d’Italie
* 1815 : Suite au traité de Vienne à la fin du règne de Napoléon, la Vénétie revient à l’Empire d’Autriche,
* 4 novembre 1866 : après la troisième guerre d’indépendance italienne, qui voit la victoire des alliés Prussiens sur l’Autriche, la Vénétie intègre l’État Italien, une monarchie constitutionnelle
* juin 1946 : un référendum met fin à la royauté, la République italienne est proclamée et la famille royale est exilée.