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R comme Rodomontade

Rodomontade : Propos fanfarons, attitude prétentieuse et ridicule ; comportement d’un rodomont. Synon. : fanfaronnade (source CNRTL)

En ce 20ème jour du mois d’avril, un sujet s’est imposé à moi et j’admets que la lettre R n’y est pas pour grand chose. Ce billet raconte un événement qui a marqué l’histoire de Venise et s’est déroulé le 20 avril 1797, jour où les soldats de la Sérénissime ne se sont pas laissé impressionner par les rodomontades d’un commandant français.

Le texte ci-dessous est une adaptation de la version italienne publiée ici :http://www.icsm.it/articoli/ri/liberateur.htmlLire la suite…


Les migrations dans la Sérénissime

Des phénomènes de migration saisonnières sont attestés dans la pedemontana dès le XVIIIe siècle. Quatre grandes familles d’activités et quatre zones géographiques étaient essentiellement concernées par ces déplacements temporaires, dont la plupart ne dépassaient pas les limites de la Sérénissime :

  • la production de charbon de bois, qui amenait les familles à gagner vers Pâques des masures en zone forestière pour y vivre six mois environ
  • le travail de la laine, à Padoue et dans sa région
  • la récolte des feuilles de mûrier et le travail de la terre après les moissons, dans la région de Vérone
  • les activités pastorales, qui conduisaient bergers et troupeaux dans la zone de Venise durant l’automne et l’hiver

L’hivernage des troupeaux de bovins, ovins et caprins se déroulait en plaine, sur des terres incultes ou très peu productives, le long des fleuves, dans les zones marécageuses et inhabitables des côtes de l’Adriatique. Les zones les plus prisées étaient Gambarare di Mira, le Lido de Venise, Malamocco, Portogruaro, Càorle… Cette période prenait fin soit le 25 mars, date de l’Annonciation, soit le 23 avril pour la saint Georges. Les animaux et leurs gardiens avaient jusqu’au 31 mai pour gagner les prés de montagne. Ils y restaient à partir du 1er juin, pour une durée de 100 jours. Le 16 juillet, jour de la sainte Carmine, le lait était pesé pour déterminer le prix de location de l’alpage. La fête du 8 septembre sonnait le début de la descente des alpages, qui devait être terminée pour la saint Michel, le 29 septembre. Le chemin de la transhumance empruntait les routes, afin de ne pas endommager les cultures. Des documents datés de 1700 montrent que certains de mes ancêtres ont payé cette année là des droits de location de terres dans la “montagne de Borso”.

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Cette carte montre la localisation des zones d’émigration saisonnière des borsati (en bleu) par rapport à Borso (en rouge). (Augmentez le zoom grâce au bouton “+”)

Les registres se sont parfois faits les témoins de ce mode de vie. C’est ainsi que le registre des décès de Borso comporte la transcription suivante, en date du 24 juin 1836 :

Ce texte nous apprend que : “Pietro Guadagnin, fils des feux Giovanni et Antonia Simoncello né le 4 juillet 1784 et époux de Maria Baccega, est mort le 24 juin 1836 à Trabeseleghe comme le stipule la lettre du prêtre de cette paroisse… Il était de retour des Gambarare…”.

Pietro Guadagnin a donc été victime à Trebaseleghe d’une fièvre qui l’a emporté en 24 heures, alors qu’il était sur le chemin de retour qui le conduisait des pâturages hivernaux de Gambarare à Borso. Trebaseleghe, dans la province de Padoue, se situe en effet sur le chemin entre Gambarare et Borso. Il existe un autre lien entre cette cité et le patronyme Guadagnin : c’est également de là que vient la majorité des ancêtres des familles Guadagnin vivant au Brésil et répertoriées par l’association “familia Guadagnin” (voir “sources”). Cette ville était connue des habitants de la pedemontana qui pratiquaient la transhumance avec les troupeaux et il n’est donc pas impossible que les Guadagnin qui y vivaient aient eu des racines à Borso ou Crespano. Mais à l’heure actuelle, rien ne me permet d’étayer cette hypothèse.

Ce mode de vie imposant de vivre plusieurs mois par an loin de sa maison était sans doute très pénible, et certains habitants de la pedemontana se sont résolus à s’établir de manière définitive dans les environs des grandes cités où ils allaient chercher du travail. Une émigration définitive, mais circonscrite à la Vénétie, a donc peu à peu pris place dès le XVIIIe siècle. La province de Venise en particulier, a vu s’installer certaines familles de Borso, Romano, Semonzo, Crespano… voilà 2 voire 3 siècles. Dans son ouvrage sur l’histoire de Semonzo, Gabriele Farronato constate ainsi qu’au début du XXIe siècle, des patronymes typiques de cette zone, comme Andriollo, Citton, Cosma ou Spezzamonte, sont plus fréquents à Venise qu’à Semonzo.

Cette émigration ancienne dans la province de Venise en provenance de la pedemontana pourrait expliquer la présence actuelle d’une souche de Vedovotto dans la zone de San Dona di Piave, Eraclea, Càorle, Iesolo… La trace la plus ancienne de cette branche que j’ai pu retrouver la situe à La Salute di Livenza (commune de Santo Stino di Livenza) à la fin du XVIIIe siècle. C’est là qu’est né Giovanni Vedovotto, avant d’épouser Domenica Schiavon le 25/10/1813 à San Giorgio di Livenza (commune de Càorle). Ses enfants se sont par la suite installés à Ca’ Corniani et Ca’ Cottoni, des territoires peu distants du centre de Càorle et aménagés au XVIII et au début du XIXe siècles sur d’anciens marécages, pour y développer des activités de production agricole.

Ca’ Corniani au début du XXe siècle

Les “anciens” Vedovotto de Càorle disent que tous descendent de la même branche mais le souvenir d’une possible origine venant de Borso est vague. Ceux de Borso ne savent rien d’une possible émigration de leurs ancêtres vers la côte. Cela ne suffit pas cependant à infirmer l’hypothèse d’un lien, car si ce déplacement a eu lieu voilà deux ou trois siècles, son souvenir a pu se perdre. Comme pour les Guadagnin de Trebaseleghe, il me manque le chaînon qui me permettrait de relier avec certitude ces Vedovotto de Càorle à ma famille de Borso. Mais je continue à chercher…


Marietta monta in gondola

Co sto afar del si e del no, moleghe on ponto…
moleghe on ponto… molè un ponto tutti do…!

lui : Marieta monta in gondola che mi te porto al Lido !
lei : Mi no che no me fido, ti xè massa un impostor !
lui : Cossa te disi cocola? Perchè in quel boscheto…
lei : Ti m’ha scrocà un baseto per pissegarme el cuor.

E tiche-tiche-ti… ti te disi “no”
ma mi so’ che te bate el cuore…
tiche-tiche-tà… anca lu lo sa
che a Venessia l’amor se fa…
… in gondoleta..!
lei : Digo no… no ghe vegno no !!!

Co sto afar del si e del no, moleghe on ponto…
moleghe on ponto… molè un ponto tutti do…!

lui : Ma varda che spetacolo la luna xè d’argento
lei : No far del sentimento cossa te vol mi so’.
lui : Sora le tonde cupole, svola le colombele
lei : Zònteghe pur le stele ma no me fido no !

E tiche-tiche-ti te disi “no”
ma mi so’ che te bate el cuore…
tiche-tiche-tà… anca lu lo sa
che a Venessia l’amor se fa…
… in gondoleta…!
lei : Digo no… no ghe vegno no !!!

Co sto afar del si e del no, moleghe on ponto…
moleghe on ponto… molè un ponto tutti do…!

lui : Va ben, va ben finimola mi ciapo un’altra strada
le i: Te fa una balossada, no so se te convien !
lui : Me sercarò Felisita per farte un bel dispeto
lei : Mi no che no permeto perchè… te vogio ben…!

E tiche-tiche-ti… ti te disi “si”
anca mi, si me bate el cuore…
tiche-tiche-tà… che felisità
a Venessia l’amor se fa…
in gondoleta, in gondoleta…
in gondoleta, te darò un basin !!!

Par Bixio, Cherubini, Concina

Cette chanson typiquement vénitienne et écrite en vénitien, raconte le dialogue entre un gondolier et Marietta, sa belle, qui badinent au fil des canaux de Venise.


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Repères historiques

C’est à l’age du bronze (2ème millénaire avant Jésus Christ) que les Euganéens s’implantent sur le territoire qui ne s’appelle pas encore Vénétie. Ils sont suivis par les Vénètes, un peuple venu de Paphlagonie (côte nord de l’actuelle Turquie) environ 1000 ans avant J.C, après la chute de Troie, en remontant la mer Adriatique. Les Vénètes ont légué leur nom à la région. Selon certains historiens, ces Vénètes de Paphlagonie seraient originaires de la Lusace, une régiond du nord-est de l’Allemagne actuelle, aux confins de la Pologne et de la République Tchèque. Cette population pacifique, réputée pour ses élevages de chevaux, est l’une des premières à faire le commerce de l’ambre de la Baltique, qu’elle vend aux Étrusques et aux Grecs. Elle s’allie aux Romains pour défendre le territoire contre l’invasion des Gaulois.
Dès le IIe siècle avant J.C., après leur victoire définitive sur les Gaulois, les Romains commencent à étendre leur culture sur la Gaule Cisalpine (au nord du Pô). Ils fondent de nombreuses colonies et construisent d’importants axes de communication, comme la “voie Postumia”, qui relie Ianua (Gênes) à Aquileia (Aquilée), et la “voie Aurelia” qui débute à Patavium (Padoue) et rejoint Acelum (Asolo) et Feltria (Feltre) en croisant la voie Postumia. Les Romains étendent le droit latin à ce territoire en 89 avant J.C. et accordent la nationalité romaine à ses habitants entre 49 et 42 avant J.C. La Vénétie est alors l’une des onze régions de l’Italie Romaine (Regio X: Venetia et Histria).

Après la chute de l’Empire Romain d’Occident en 476, la Vénétie passe sous l’autorité de l’Empire Byzantin, avant d’acquérir de facto son indépendance à la fin du VIIe siècle. A partir du VIe siècle, la Vénétie est envahie par les Longobards (ou Lombards), peuple germanique appartenant au sous-groupe des «Germains de l’Elbe» dont le nom signifierait «les longues barbes» ou «les longues hallebardes». Ces derniers opèrent une véritable colonisation, arrivant avec femmes et enfants pour repeupler une région dont la population a été décimée par la peste et les famines, dont la tristement célèbre famine de 565 après J.C. Leur domination sur l’Italie du nord prend fin en 774 mais leur influence fut si importante que leurs lois ont été conservées durant des siècles. Au milieu du XIè siècle, la quasi totalité des populations rurales suivaient encore la loi longobarde, ou salique. De nombreux toponymes et patronymes vénitiens actuels dérivent de la langue germanique des Longobards, tout comme beaucoup de mots de la langue vénitienne.

Armoiries de la République de Venise

A partir de 697, c’est le pouvoir de la République de Venise ou «Sérénissime» qui s’installe pour un millénaire. Cet état, constitué progressivement autour de la cité de Venise, s’est développé par l’annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la Mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du nord jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. L’Asolano de mes ancêtres y est inclus à la fin du XIVe siècle.
En 1784, la République de Venise est le premier état au monde à reconnaître l’indépendance des États Unis d’Amérique. Deux ans plus tard, Thomas Moore, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson viennent en délégation à Venise afin d’étudier les lois et la constitution vénitiennes. La constitution américaine, encore en vigueur aujourd’hui, a été largement inspirée de celle de la «Sérénissime».

Mais après plus d’un millénaire de stabilité et de prospérité, la Sérénissime tombe à la fin du XVIIIe siècle et l’histoire de la Vénétie connaît de nombreux changements :
* mai 1797 : Suite à la première campagne d’Italie, Napoléon Bonaparte met fin à la Sérénissime et contraint le dernier Doge, Ludovico Manin, à abdiquer
* octobre 1797 : Par le traité de Campo Formio, Napoléon Bonaparte livre la Vénétie à l’Autriche, en échange de la Belgique
* 26 décembre 1805 : Le traité de Presbourg met fin à la domination Autrichienne, suite aux victoires napoléoniennes d’Ulm et d’Austerlitz. La Vénétie intègre le Royaume napoléonien d’Italie
* 1815 : Suite au traité de Vienne à la fin du règne de Napoléon, la Vénétie revient à l’Empire d’Autriche,
* 4 novembre 1866 : après la troisième guerre d’indépendance italienne, qui voit la victoire des alliés Prussiens sur l’Autriche, la Vénétie intègre l’État Italien, une monarchie constitutionnelle
* juin 1946 : un référendum met fin à la royauté, la République italienne est proclamée et la famille royale est exilée.