La langue vénitienne

Dans chaque ville ou région de Vénétie, on peut entendre parler deux langues différentes :

  • L’italien, la langue nationale qui permet de communiquer avec tous les habitants de la péninsule et de comprendre les textes littéraires et scientifiques de tous siècles. C’est la langue apprise sur les bancs de l’école.
  • Le dialecte, langue maternelle transmise par les ancêtres et apprise spontanément, sans études.

Les dialectes ne sont pas issus d’une déformation de l’italien mais de la continuation spontanée du latin parlé par les soldats envoyés pour cultiver les terres conquises par les Romains, qui n’était pas le latin classique de Cicéron.

Actuellement, le vénitien est un complexe de dialectes semblables, qui partagent de nombreux traits et présentent quelques différences ne compromettant pas sa compréhension.

Carte des variantes de la langue vénitienne en Vénétie et en Istrie
(Source : http://www.linguaveneta.it)

Langue ou dialecte ?

La question de savoir si le vénitien est un dialecte ou une langue ne cessera sans doute jamais d’agiter les esprits. Le Conseil Régional de Vénétie y a répondu. La loi régionale votée en 2007 par ce conseil a en effet reconnu le vénitien au niveau institutionnel comme une langue à part entière :

« Art. 2 – Lingua veneta

1. Le specifiche parlate storicamente utilizzate nel territorio veneto e nei luoghi in cui esse sono state mantenute da comunità che hanno conservato in modo rilevante la medesima matrice costituiscono il veneto o lingua veneta.

Le vénitien est parlé en Italie, avec quelques variantes, dans les régions de Vénétie, Frioul-Vénétie julienne et Trentin-Haut-Adige. On peut l’entendre également en Slovénie et en Croatie (péninsule d’Istrie), qui ont par le passé fait partie de la République de Venise.
L’importante émigration d’italiens du nord en Amérique du Sud aux XIXe et XXe siècles a fait traverser l’Atlantique à cette langue, parlée notamment dans la ville de Chipilo (État de Puebla, Mexique), ainsi que dans les États brésiliens de São Paulo et de Rio Grande do Sul, où s’est développé un dialecte appelé talien, composé d’une bonne part de vénitien et, dans une moindre mesure, d’italien, avec emprunts lexicaux extérieurs.

Le vénitien est aujourd’hui considéré comme une langue « vulnérable » par l’Unesco. Selon plusieurs enquêtes, la zone où est parlé le vénitien a subi une forte italianisation au cours des 30 dernières années. Mais certaines de ses expressions sont passées dans le langage courant, y compris hors d’Italie.

C’est le cas du célèbre Ciao!, qui dérive du vénitien s-ciao (ou s’ciàvo) signifiant esclave. Saluer quelqu’un avec un « ciao » équivaut donc à lui dire : « je suis votre esclave, votre serviteur ».