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Mon guide

retrouver ses ancêtres italiens

Mon coming-out : j’ai fait tester mon ADN

dna_in_a_bottle_adn_in_a_bottle_ocal-555pxLes analyses d’ADN à but généalogique sont interdites en France. Plus précisément : il est interdit à une société française d’en commercialiser. Car rien n’interdit à un Français de s’adresser à une société étrangère pour faire un test.
Du moins je l’espère, car j’ai franchi le pas. Si j’ai choisi un titre un peu provocateur pour cet article, c’est que le sujet semble encore tabou dans le monde des généalogistes français. Il est vrai que le domaine de l’ADN touche à l’intime, et c’est peut-être ce qui explique la réserve générale. Mais certains ont l’air de voir dans ces tests une abomination que je ne perçois pas.

Pour ma part, et puisque cela est désormais possible, j’ai eu envie d’en savoir plus sur mes origines anthropologiques, de découvrir quels flux migratoires avaient façonné ce que je suis. A ce stade, l’échelle n’est pas graduée en siècles, comme dans une généalogie classique, mais en dizaines de milliers d’années. Ces analyse font en effet référence aux origines de l’homme et à ses migrations successives, de l’Afrique vers tous les continents. Mais hormis cette différence dans l’échelle de temps, cette quête me semble une continuité de celle que je mène avec la généalogie classique.

Quelques mises au points préliminaires :

  • Je n’ai pas fait ce test pour savoir si mon père était bien mon père, et ce pour une raison évidente : je n’ai aucun doute à ce sujet.
    Quoi qu’il en soit, ce test n’aurait jamais pu me donner la réponse. Les fans des “Experts” et autres séries policières où la science permet de résoudre les mystères les plus obscurs en 24h, comme dans les tragédies classiques, seront peut-être déçus mais l’analyse que j’ai faite ne le permet pas car :

    • en tant que femme je possède deux chromosomes X, parmi lesquels il est impossible de déterminer lequel m’a été transmis par mon père. Avec les tests proposés je ne peux faire analyser que mon ADN mitochondrial, qui est issu de ma lignée maternelle (ma mère, sa mère, la mère de sa mère…), ou mon ADN autosomique hérité de mes deux parents. Seuls les hommes peuvent faire tester spécifiquement leur branche paternelle, grâce à  l’ADN du chromosome Y que leur a transmis leur père.
    • si j’avais été un homme et que j’avais fait ce test, encore aurait-il fallu que mon père (ou mon grand-père paternel, un frère de mon père…) fasse lui aussi le test, et les résultats ne m’auraient donné qu’une estimation de la similitude entre les origines de mon ADN-Y et de celui de mon père, pas une réponde absolue.
  • Je n’ai fait aucun test à visée médicale, pour savoir si je porte le gène de telle ou telle pathologie. Cela ne m’intéresse absolument pas et certains de ces tests ont d’ailleurs été interdits aux USA à la fin 2013 (1)
  • J’ai assez longuement réfléchi à ce que ça impliquait en termes de fichage personnel. Mais dans un monde où il suffit de chercher sur Google “sac à dos” et “cocotte-minute” avec la même adresse IP pour voir la police anti-terroriste débarquer chez soi, la cause me semble de toute façon entendue, ADN ou pas (2).

En définitive, ma curiosité a donc été plus forte que ma paranoïa, et j’ai commandé un kit de test auprès de Family Tree DNA (FTDNA). J’ai demandé deux types d’analyses :
- mtDNA : recherche de la lignée maternelle fondée sur une analyse de l’ADN mitochondrial, transmis exclusivement par la mère.
- FamilyFinder : test réalisé sur les chromosomes autosomes, qui n’interviennent pas sur la détermination du sexe. L’ADN autosomique est hérité des deux parents, dans une proportion impossible à connaître. De ce fait, les résultats de ce test illustrent l’héritage génétique global de la personne testée, sans qu’il soit possible de déterminer quelle part provient du père ou de la mère.

Les origines de mon ADN mitochondrial

Selon le test réalisé, mon ADN mitochondrial appartient à l’haplogroupe HV0. L’haplogroupe HV compte parmi les 4 plus fréquents chez les Européens, plus représenté toutefois en Europe de l’ouest qu’en Europe de l’est. Ce groupe serait issu de l’haplogroupe R, présent en Asie-Mineure voilà 50.000 ans, qui aurait ensuite migré vers l’ouest. Après s’être installé en région méditerranéenne durant la dernière ère glaciaire, il se serait disséminé dans le sud de l’Europe et la péninsule Ibérique lorsque les glaciers se sont retirés, il y a 20.000 ans.

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Carte générale de migration des haplogroupes (source FTDNA)

Le site Eupedia propose une carte de répartition en Europe des haplogroupes HV0 et V (difficiles à dissocier selon les techniques actuelles de tests). Selon la description de l’haplotype HV0 publiée sur ce site, la mutation définissant cet haplogroupe est intervenue au moment de la dernière ère glaciaire (il y a environ 19.000 à 26.000 ans), mais son origine géographique fait encore l’objet de controverses. Les plus anciens échantillons attribués sans ambiguïté à l’haplotype HV0 proviennent de la culture néolithique de Rössen (4600-4300 ans avant J.C.) en Allemagne et de la culture de la céramique cardiale (environ 3000 ans avant J.C.) dans le sud de la France.

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Répartition des haplogroupes HV0 et V en Europe (source Eupedia.com)

Je remarque que pour la France ces haplogroupes sont majoritairement présents dans la vallée du Rhône et très présents en Savoie. L’haplogroupe HV0 correspondant à l’origine anthropologique des mes ancêtres maternels, ancrés en Savoie depuis plusieurs siècles, le résultat me semble plutôt logique.

Les origines de mon ADN autosomique

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Contributions à mon ADN autosomique (source FTDNA)

Mon ADN autosomique, auquel ont contribué à la fois ma branche maternelle et ma branche paternelle, est massivement européen. Le contraire m’aurait surprise. La contribution majoritaire de l’Europe du sud (45 %) ainsi que les 9% attribués à l’Asie Mineure, semblent coïncider avec les origines de l’haplogroupe HV0 de ma lignée maternelle. Mais il n’est pas non plus impossible, loin de là, que ces origines m’aient également été transmises en partie par les ancêtres italiens de mon père.

Les autres contributions sont :
- 26% pour l’Europe de l’ouest et l’Europe centrale.
- 15% pour les Iles Britanniques
- 5% pour la Scandinavie

La composante d’Europe centrale et de l’ouest ne m’étonne pas vraiment non plus, l’Europe de l’ouest ayant été peuplée en partie depuis l’Europe centrale, notamment par les peuples Celtes auxquels appartenaient entre autres les Allobroges de Savoie.

La composante scandinave pourrait être issue de mes racines italiennes puisque les Longobards, qui ont envahi la plaine du Pô en 568 et repeuplé une Vénétie quasiment décimée par les famines et les épidémies, appartenaient au groupe des Germains de l’Elbe mais étaient originaire de Scandinavie méridionale.

La composante rattachée aux Iles Britanniques m’a par contre surprise et m’intrigue beaucoup, même si elle pourrait expliquer pourquoi j’apprécie le thé, les Beatles et Emma Peel… Un anthropologue aurait-il un début de piste pour m’aider à interpréter cette origine britannique ?

Et maintenant ?
Malheureusement, ces tests ne peuvent pas m’apprendre quelle est l’origine génétique de ma lignée paternelle.
C’est là mon grand regret, j’aurais en effet beaucoup aimé avoir les mêmes résultats pour mon ascendance italienne. Pour tenter de savoir si les origines de mes ancêtres de Vénétie sont issues du Proche-Orient, de Scandinavie ou de Pluton, il faudrait que je puisse connaître les résultats de l’analyse de l’ADN de l’un de mes cousins. Mais je ne me sens pas le droit de demander à l’un d’eux de gratter un bâtonnet dans sa bouche et de se faire tester, juste pour satisfaire ma lubie.
Je ne peux que regretter que parmi les deux chromosomes X que possèdent les femmes, il soit impossible de déterminer celui qui leur vient de leur père…

Les sociétés qui commercialisent les tests d’ADN à des fins généalogiques vantent surtout les possibilités qu’ils offrent de retrouver des “cousins”, en comparant son patrimoine génétique à celui des autres personnes qui ont réalisé des tests. La société FTDNA permet même de créer un compte dans le service mitosearch, ce qui élargit le panel des correspondances à des personnes ayant testé leur ADN mitochondrial avec d’autres sociétés que FTDNA.
Pourtant, cet aspect est celui qui m’intéresse le moins. Pour les cousinages, je préfère encore pour l’instant les recherches généalogiques plus classiques. Je ne me suis donc pas inscrite pour le moment dans un projet sensé permettre le rapprochement entre personnes de profil génétique proche, pas plus que je n’ai téléchargé un gedcom de ma branche maternelle sur le site de FTDNA. De toutes façons, les bases de données sont si pauvres en données françaises que je risque d’être morte avant qu’un “matching” proche ne soit trouvé. En même temps si personne ne commence… mais je n’ai pas envie de commencer.

Et vous, avez-vous ou allez-vous franchir le pas ?

Pour approfondir le sujet :
Wikipedia – Généalogie génétique
Eupedia
(en anglais)
Le projet d’anthropologie génétique Genographic de National Geographic (en anglais)
Comment interpréter des résultats (en anglais) : http://www.dnaancestry.ae/Interpreting-Genetic-Genealogy-Results

(1) Lire à ce sujet l’article de G. de Morant : http://www.rfgenealogie.com/s-informer/infos/nouveautes/les-tests-adn-genealogiques-interdits-aux-etats-unis
(2) Je ne plaisante malheureusement pas : Source sur 20minutes.fr