Mon Sosa 666, un sorcier ?

tw_666A l’approche d’Halloween et de ses petits démons, un vent de folie diabolique a commencé à souffler sur Twitter parmi les généablogueurs : la recherche du #sosa666. Je dois admettre qu’habituellement le bourrage de crâne « made in USA » du 31 octobre me tape plutôt sur les nerfs. Mais si c’est prétexte à un article généalogique, pourquoi pas ?…

Je n’ai pas encore trouvé chacun des 3 actes essentiels relatifs à mon sosa 666. Mais j’ai néanmoins réussi à rassembler certaines informations à son sujet :

  • il s’appelait Giovanni Maria ERBOLATO,
  • son père se prénommait Antonio,
  • il a épousé Agnese BARCAROLO le 23 septembre 1696 à Borso,
  • il est décédé à Borso le 3 juin 1751 à l’âge estimé de 70 ans, ce qui ferait remonter sa naissance à l’année 1681. Compte tenu de l’année de son mariage, je pense qu’il a pu naître plutôt vers 1670-1680.
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Acte de mariage de Gio:Maria Erbolato et Agnese Barcarollo, Borso le 23 septembre 1696

Mais le dépouillement systématique des registres des baptêmes de Borso ne m’a permis de découvrir aucun baptême à son nom durant cette période. Je ne connais donc pas l’identité de sa mère. A ce stade, vous devez m’entendre pester contre Don Guglielmo Navarini, qui n’a pas pris la peine d’indiquer sur l’acte de mariage la paroisse d’origine des époux, ce qu’il a pourtant fait dans d’autres actes de la même époque ou pour les témoins de ce mariage. Je sais qu’Agnese Barcarolo est née à Borso, mais Gio:Maria Erbolato aurait-il été baptisé dans une autre paroisse ?

J’ai bien trouvé par contre parmi les baptêmes de Borso la naissance de quatre enfants pour le couple formé par Gio:Maria et Agnese : Maria en 1703, Antonio en 1708, Giovanni Battista en 1711 et enfin mon ancêtre, Madalena, née en 1713. Pour l’époque, le nombre d’enfants me parait faible et les naissances espacées. D’autres enfants ont-ils été baptisés ailleurs, le couple avait-il du mal à concevoir…?

Erbolato = le sorcier ?

Le patronyme Erbolato a parfois été orthographié Herbolato dans les registres paroissiaux de Borso. Il s’est définitivement transformé en Orbolato à partir de la fin du XVIIIe siècle. Ne sachant pas dans quelle direction chercher les origines de mon Sosa 666, j’ai eu envie de connaître au moins l’étymologie de son nom. N’ayant rien trouvé dans les sources que je consulte habituellement à ce sujet, je suis allée regarder du côté des dictionnaires :

erbolato

Définition du mot erbolato, selon le « Dizionario della Lingua Italiana » (source http://www.dizionario.org)

Pour le « Dizionario della Lingua Italiana », appelé également le « Tommaseo-Bellini », erbolato possède deux significations :

1 – espèce de tourte faite de « jus d’herbe » ou contenant des herbes
2 – emplâtre composé d’herbes médicinales

Le dictionnaire Treccani y ajoute un troisième sens : vendeur d’herbes médicinales, herboriste. (http://www.treccani.it/vocabolario/erbolato/)

L’étymologie du patronyme de mon Sosa 666 aurait donc un lien avec le mot « herbe ». Stimulée par le Treccani, je me suis laissée aller à imaginer que ses ancêtres auraient pu être des herboristes, des guérisseurs connaissant les plantes médicinales, voire des sorciers fabricants de potions… ? Avouez que ça serait bien trouvé pour un Sosa 666…

Erbolato = originaire de Caserboli

La lecture de l’ouvrage « Storia di Semonzo » de Gabriele Farronato, m’a fait néanmoins quitter rapidement le monde de Harry Potter pour me ramener à la réalité locale. Je me suis tournée vers ce livre après avoir constaté que le patronyme Erbolato n’était pas très fréquent dans les registres de Borso et qu’il ne figurait pas dans les plus anciens (1586 pour les baptêmes). Le premier acte à ce nom que j’ai relevé à Borso est un baptême célébré en 1619. Il s’agit de celui de Salvador Erbolato, qui figure d’ailleurs lui aussi parmi mes ancêtres (Sosa 1308) sans que j’aie pu pour l’instant trouver si sa famille est liée à celle de mon Sosa 666. Le premier décès date pour sa part de 1650, c’est celui de Piero Erbolato fils d’Antonio et dont le prêtre nous apprend qu’il est originaire de Semonzo, un village tout proche aujourd’hui rattaché administrativement à la municipalité de Borso.
Les quelques familles Erbolato qui apparaissent dans les registres paroissiaux de Borso au début du XVIIe siècle, et en particulier celle de mon Sosa 666, pourraient donc être originaires de Semonzo. Cela n’aurait d’ailleurs rien de surprenant, car c’est le cas de plusieurs autres branches de ma généalogie italienne, mes ancêtres s’étant rarement beaucoup éloignés de Borso pour trouver leur conjoint (à l’exception notable de mon père).

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Carte de 1690, montrant le chemin menant de l’église de Semonzo aux Erbolati, et la propriété de Battista Erbolato.

De fait, le patronyme Erbolato ou Orbolato est fréquemment mentionné dans les pages de l’ouvrage en question. Dans les documents étudiés par l’auteur, les membres de cette famille sont parfois appelés « Degli Erbolati » (= des Erbolati), ce qui laisse entrevoir une origine toponymique pour ce patronyme : la famille viendrait d’un lieu appelé « les Erbolati ». J’en trouve la confirmation à la page 216, où est mentionné un acte notarié du 17 janvier 1674 par lequel Santo Erbolato acquiert 20 tavole* de terres appartenant à la commune de Semonzo, situées dans un lieu nommé « agli Erbolati » (= aux Erbolati).

Sur une carte dessinée en 1690, le prêtre de Semonzo Don Antonio Bergamo, fait figurer l’église et les terrains alentours, matérialisés par le nom de leur propriétaire. Au nord de l’église, à l’ouest du chemin appelé « strada communa va dali Erbolati », soit la « voie communale menant aux Erbolati », le propriétaire indiqué est « Batista Erbolato », confirmant la localisation du berceau de cette famille.

L’auteur de cet ouvrage précise que « Erbolati est le quartier (de Semonzo) appelé aujourd’hui Caserboli ». Le lien avec l’herbe tient peut-être au fait que les Erbolati étaient des prés herbeux, et « Caserboli » le hameau formé par les maisons (case) construites sur ces prés.

Le hameau de Caserboli est localisé à une centaine de mètres au nord-est de l’église de Semonzo. Sur la carte du cadastre napoléonien de 1811, le toponyme apparaît sous la forme « Caserboi » et se trouve bien là où menait la route menant aux Erbolati en 1690.
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Carte du cadastre napoléonien de Semonzo montrant l’église (Alla Chiesa, bâtiment A) et le hameau de Caserboli/Caserboi, au nord-est.

En commençant cet article, je pensais avoir peu de choses à dire mais au final il m’a permis de creuser une piste que je n’avais pas pris le temps d’approfondir jusque là et de formuler une hypothèse qu’il ne me reste plus qu’à vérifier. Plus facile à dire qu’à faire néanmoins quand il s’agit de généalogie italienne, a fortiori pour une période antérieure à 1860…

* la tavola (pluriel tavole) est une ancienne unité de mesure de surface, environ équivalente en Vénétie à 4,5 m2

Source (notamment pour les cartes)

  • Storia di Semonzo, Gabriele Farronato, Giovanni Battagin Editore, 2008

5 comments to this article

  1. Jean-Michel Girardot

    on 28 octobre 2016 at 17 h 32 min - Répondre

    Bien loin de la sorcellerie, l’erbolato me fait penser à un dessert niçois, la tourte de blettes.

    • venarbol

      on 28 octobre 2016 at 18 h 14 min - Répondre

      venarbol

      Ce dessert niçois se rapproche de l’étymologie donnée par le dictionnaire Tommaseo-Bellini. Encore une preuve, s’il en fallait des liens entre Nice et l’Italie.

  2. Hélène

    on 29 octobre 2016 at 10 h 51 min - Répondre

    Tiens, c’est marrant le calcul de surface qui prend comme mesure une table ! (tavola)

    • venarbol

      on 29 octobre 2016 at 11 h 12 min - Répondre

      venarbol

      La table comme unité de surface agraire ça existe encore en français, dans le vocabulaire des jardiniers : « aujourd’hui, j’ai semé une table de carottes »

  3. Hélène

    on 29 octobre 2016 at 18 h 13 min - Répondre

    Merci pour cette info, je l’ignorais complètement (je n’ai pas la main verte…)

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