Ancêtres italiens : l’état civil « autrichien »

Le royaume lombardo-vénitien (https://commons.wikimedia.org)

Après la chute de Napoléon Ier, les territoires transalpins occupés, inclus dans le Premier Empire sous le nom de Royaume d’Italie, sont redistribués aux vainqueurs. Dans le nord, l’ex république de Gênes est rattachée au royaume de Sardaigne, rendu à la famille de Savoie. Plus à l’est, le duché de Milan et la Vénétie sont réunis pour former le royaume lombardo-vénitien, territoire placé sous la domination directe de l’empire d’Autriche.

Pour l’Italie, le congrès de Vienne sonne le glas de la tenue de l’état civil dit « napoléonien », dont les registres sont aujourd’hui conservés par les communes et les délégations provinciales des archives de l’état. Certains des nouveaux états, notamment dans la partie méridionale de la péninsule, en conservent néanmoins le principe et mettent en place la tenue de registres constituant ce qui est appelé aujourd’hui « état civil de la restauration ».

L’état civil dans le royaume lombardo-vénitien

Le cas du royaume lombardo-vénitien est un peu différent. Les Autrichiens imposent la tenue de registres des naissances, mariages et décès, mais ils en confient la tenue aux responsables religieux, prêtres ou rabbins. La loi datée du 20 avril 1815 et publiée le 10 juin de la même année prévoit une entrée en vigueur au 1er juillet 1815 pour les actes de mariage et au 1er janvier 1816 pour les naissances et les décès. Ces registres seront tenus jusqu’au 31 août 1871, dates où la Vénétie et l’est de la Lombardie intègrent le tout jeune état italien (la partie occidentale de la Lombardie a été rattachée au royaume de Sardaigne en 1859).

De 1816 à 1871, les prêtres de Vénétie se voient donc responsables de deux types d’enregistrements : les registres paroissiaux, qu’ils n’ont cessé de maintenir depuis le concile de Trente, et ces nouveaux registres d’état civil voulus par les Autrichiens. Les informations sont enregistrées deux fois : la première sur des registres conservés par la paroisse, la seconde sur des feuilles volantes déposées chaque trimestre auprès des délégations provinciales, entre autres à des fins de recensement militaire et de statistiques. Ces feuillets sont ensuite remis aux diocèses, chargés de les faire relier chaque année en trois volumes (N, M, D).

« … pel risultamento della popolazione e per la compilazione delle relative tavole statistiche. Queste poi, fattone l´uso opportuno, li rimetteranno senza indugio alle Curie Patriarcale, Arcivescovile e Vescovili, le quali in fine d´anno riuniranno tutti questi fogli in tre volumi distinti secondo la rispettiva classificazione, cioè uno per gli atti di nascita, l´altro per quelli di matrimonio, e l´ultimo per quelli di morte, corredandoli di un indice alfabetico pel facile rinvenimento dei singoli nomi. » (source : Ecclesiae Venetae)

Ne dérogeant pas à la règle, les prêtres de Borso del Grappa ont scrupuleusement rempli les registres de l’état civil « autrichien », parallèlement aux registres paroissiaux. Ils devaient donc enregistrer chaque événement quatre fois, puisqu’à l’époque les registres paroissiaux étaient eux aussi tenus en double. Et comme l’indique l’extrait ci-dessus, ils étaient également tenus de remplir des tables d’index.

Les registres « civils » sont pré-imprimés et précisent donc aux prêtres toutes les informations qu’ils doivent indiquer.
Pour les mariages :

  • date de la célébration et identité du prêtre
  • nom, prénom, âge, domicile, religion, condition de chacune des époux
  • nom, prénom, domicile et condition des parents des époux
  • nom, prénom, domicile, condition et profession des témoins
  • remarques complémentaires

État civil « autrichien » : mariage de Giovanni Ziliotto et Giovanna Gollin, le 18 mai 1868

Enregistrement du même mariage dans le registre paroissial

La version « état civil autrichien » précise la profession des témoins et indique plus clairement que les 4 parents sont décédés.

La version « paroissiale » mentionne le fait qu’une dispense pour 4e degré de consanguinité a été obtenue.

 Pour les décès, le formulaire pré-imprimé comporte :
  • sexe et le prénom du défunt
  • âge au moment du décès
  • religion, condition et domicile
  • identité de ses parents
  • dates, heures et le lieux du décès, de la déclaration et de l’inhumation
  • maladie ayant causé le décès
  • remarques complémentaires

État civil « autrichien » : décès d’Angelo Moro le 17 décembre 1858

Enregistrement du même décès dans le registre paroissial

Il est étonnant de voir que les autorités autrichiennes ont prévu de systématiser l’enregistrement de la cause de décès. Voulaient-ils faire des statistiques ou suivre la propagation des épidémies, comme celle du choléra qui a sévi durant la période ? Les prêtres de Borso indiquaient les mêmes indications dans les décès des registres paroissiaux, mais cela n’était pas systématique dans toutes les paroisses.

Comment le consulter ?

Pour ce qui concerne les catholiques, les registres de l’état civil autrichien sont conservés par les paroisses et les diocèses. Leur consultation est donc soumise aux mêmes contraintes que les registres paroissiaux, à savoir que rien ou presque n’est numérisé et encore moins consultable en ligne, et qu’il n’est pas toujours simple de se faire ouvrir les portes des archives par les prêtres. Mais si vous y parvenez et que la zone qui vous intéresse appartenait au royaume lombardo-vénitien, n’oubliez pas de demander à les voir…

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