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Les cadastres italiens du XIXe siècle

Par le traité de Campoformio (18 avril 1797), qui scelle la fin de la Sérénissime République de Venise, 1100 ans après l’élection du premier Doge, tous les territoires de la Sérénissime, du lac de Garde au Montenegro, sont offerts à l’Autriche par Bonaparte. Le gouvernement autrichien entreprend alors une réforme des institutions et décrète la réalisation d’un cadastre moderne, à l’image du cadastre thérésien réalisé au XVIIIe siècle dans les États gouvernés par les Habsbourg. Cette initiative a constitué un élément précurseur dans l’Italie du XIXe siècle.

Étant donné l’ampleur de la tâche, il est prévu de faire en premier lieu un censo provvisorio, recensement provisoire des parcelles, valable jusqu’à l’établissement du censo stabile, ou recensement stable. Il faut néanmoins plus de cinq années pour que soit créée par les autorités de Vienne la commissione principale per il censo, commission principale pour le recensement, chargée à partir de 1804 d’organiser la réalisation de ce cadastre.
Le recensement provisoire des parcelles se heurte alors aux réticences des propriétaires à déclarer leurs biens, puis aux changements politiques induits par la défaite de l’Autriche et le traité de Presbourg (décembre 1805), par lequel les possessions autrichiennes en Italie sont cédées à la France.

Le cadastre « napoléonien »

L’administration napoléonienne voit toutefois tout l’intérêt de poursuivre les travaux initiés par les Autrichiens pour l’institution d’un cadastre moderne, d’autant que la taxation des biens immobiliers recensés vient alimenter le Trésor Public, très appauvri par les campagnes militaires. Le décret napoléonien du 13 avril 1807 institue donc l’enregistrement d’un cadastre général dans tout le royaume d’Italie et fixe les règles de sa tenue : unités de mesure, dimensions des feuillets pour les cartes avec typologie des signes et couleurs à adopter… L’unité de mesure des superficies est fondée sur le système décimal et commune à tout le royaume d’Italie : la pertica censuaria, équivalente à mille mètres carrés. Les mappe catastale (cartes cadastrales) au 1/2000 sont accompagnées de sommarioni (sommaires, matrices) organisés en six colonnes : numéro de la parcelle, nom du propriétaire, localité, type, classe, superficie.
Les cartes et les sommarioni décrivent de manière précise la forme et la numérotation des parcelles, la position des bâtiments, des routes et des cours d’eau, et l’utilisation faite des terrains par leur propriétaire, lui-même clairement identifié.
Les travaux de recensement et de métrage sont réalisés de 1807 à 1813.

Extrait d’une page du sommarione napoleonico de Borso

Dans le Royaume de Naples, Joachim Murat prend des mesures similaires et les travaux de réalisation du Catasto provvisorio del Regno di Napoli, appelé également Catasto murattiano ou Catasto francese, sont lancés en 1806.
La chute de Napoléon ne permet néanmoins pas de mener ce travail à son terme dans tout le Royaume d’Italie et sur les territoires transalpins annexés à l’Empire français. Il est toutefois finalisé dans tout le territoire de l’ex-République de Venise, dans le Val d’Aosta et une partie du Piémont (en particulier dans les vallées vaudoises), dans une bonne part de la Lombardie (Valtellina, régions de Bergamo, Brescia, Cremona) et dans l’ex-République des Trois Ligues, aujourd’hui rattachée au territoire suisse des Grisons. Par contre en Toscane seules 40 communes sur 245 ont pu être recensées avant 1815.
Du fait de son caractère inachevé, le Catasto napoleonico est parfois enregistré sous le nom de Censo provvisorio ou Catasto provvisorio dans les fonds des services des archives d’État italiennes.

Extrait de la carte du sestiere San Marco à Venise, dans le cadastre napoléonien

La Restauration relance le travail

Après le Congrès de Vienne, les dirigeants des différents états de l’Italie de la Restauration décident en général de poursuivre et étendre les travaux entrepris par Bonaparte.
Le Censo stabile, appelé également Catasto Austriaco, est ainsi issu des travaux des Autrichiens qui gouvernent le Royaume lombardo-vénète, à partir de 1817. Dans les territoires du nord-est de l’Italie restés autrichiens jusqu’à la fin de la première guerre mondiale (Trentin Haut-Adige, Frioul oriental) ce travail est appelé Catasto Franceschino, du nom de l’empereur François Ier d’Autriche.
Dans le Grand Duché de Toscane, Ferdinand III décide dès 1817 de poursuivre le recensement pour aboutir à un nouveau cadastre représentant tout le territoire, appelé Catasto geometrico particellare.
Dans le Duché de Lucca, Charles Ludovic de Bourbon prend la même décision en 1829.
Dans les États Pontificaux, l’enregistrement généralisé d’un cadastre moderne est initié en 1816. Les travaux se terminent en 1835, sous le pontificat de Grégoire XVI, ce qui vaut à la ressource qui en est issue le nom de Catasto gregoriano.
Dans le royaume des Deux-Siciles, Ferdinand II de Bourbon décide de poursuivre les travaux initiés par Murat, pour créer le Catasto borbonico.

Carte de Rieti selon le catasto gregoriano

Les travaux initiés au XIXe siècle par Bonaparte et poursuivis par ses successeurs ne constituent bien sûr pas les premières initiatives d’enregistrements cadastraux sur le territoire de l’actuelle Italie. C’est ainsi par exemple que le Catasto onciario a été établi au XVIIIe siècle dans le Royaume de Naples ou que le Catasto sabaudo a été initié dès la fin du XVIIe siècle dans le Royaume de Piémont-Sardaigne. Les motivations étant d’ordre fiscal, la description des parcelles n’y était toutefois pas toujours précise sur le plan géométrique. Les cadastres « modernes » du XIXe siècle sont à la fois descriptifs, topographiques et géométriques.

Conservation de ces ressources

Les sièges de l’Archivio di Stato dans les différentes provinces italiennes conservent les documents, cartes et sommarioni, issus des différents cadastres réalisés. Il faut donc se référer aux inventaires des fonds d’archives de chaque province/région pour savoir où et comment consulter ces sources.

Lien vers les sites et inventaires des archives d’État italiennes, depuis le portail Antenati : http://www.antenati.san.beniculturali.it/territorio-e-fonti/

Voici une liste non exhaustive de quelques initiatives de numérisation et publication en ligne des cartes cadastrales. A noter le cas des province de Padova et Rovigo, qui proposent non seulement les cartes mais aussi le détail des propriétaires des parcelles :

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