Mort violente chez mes ancêtres

Les prêtres de Borso indiquaient parfois dans les registres la cause du décès de leurs paroissiens. Les motifs qui reviennent le plus souvent sont associés à des pathologies des voies respiratoires (febbre cattarala, pneumonite, idropisia, infiammazione di petto, polmonite…) ou cardiaques (paralisi cardiaca, asma cardiaco…). Ils sont bien sûr à considérer avec prudence car il est difficile de connaître le degré de fiabilité de ces diagnostics, qui indiquaient sans doute en outre plus la cause finale du décès que la maladie sous-jacente.

Certains de mes ancêtres se distinguent toutefois par une mort sortant de cet ordinaire. Cet article présente deux cas de décès violent causé par un tiers, en écho au généathème de février consacré à « la généalogie côté insolite ».

Assassiné à Sant’Eulalia

Gio:Piero Dalle Fratte est le SOSA n°3696 de mon père. Je ne connais pas sa date de naissance, mais elle se situe vers 1609 si j’en crois son acte de décès, qui mentionne un âge voisin de 50 ans. De Menegho (variante locale du XVIIe siècle pour Domenico), né en 1630 et qui est mon ancêtre, à Madalena née en 1653, Gio:Piero a fait baptiser à Borso neuf enfants nés de son union avec son épouse Orsola (dont le patronyme m’est encore inconnu). Mais sa vie s’est arrêtée violemment le 29 mars 1659, jour du samedi de la Passion comme l’a indiqué le prêtre sur son décès. Je ne sais si les fêtes de la passion sont en cause. Aujourd’hui le carême se termine le jeudi saint, donc il est a priori permis de s’enivrer la veille de Pâques, mais qu’en était-il en Vénétie en 1659 ?
Je ne connais pas les circonstances exactes de la mort de mon aïeul, mais l’acte ci-dessous indique « Mori occito… nella Piazza di Santa Eulalia », soit « mort tué sur la place de Santa Eulalia ». « Occito » est une forme ancienne pour l’italien ucciso, proche du français « occis ».

Acte de sépulture de Gio:Piero fils de feu Bastiano Dalle Fratte, le 29 mars 1659

Sant’Eulalia : la Piazza Garibaldi aujourd’hui

Sant’Eulalia, appelé parfois Sant’Ilaria, est un hameau qui possède sa propre paroisse mais dépend de la commune de Borso del Grappa depuis l’époque napoléonienne. Aujourd’hui la « place » de Sant’Eulalia est dédiée à Giuseppe Garibaldi. Nul doute qu’elle avait une toute autre allure lorsqu’elle a été le théâtre de la mort de mon ancêtre en 1659.

Mort des suites d’une blessure

Dix ans tout juste après la mort de Gio:Piero, le SOSA n°900 de mon père a lui aussi connu une mort violente. Bastiano Gollin est en effet décédé à Borso le 24 août 1669, et le prêtre indique qu’il a succombé des suites d’une blessure infligée par un certain Agnolo (variante locale du XVIIe siècle pour Angelo), fils d’Andrea. Né vers 1638, Bastiano n’avait que 31 ans environ à son décès. L’acte nous apprend qu’il est décédé le samedi 24 août à 3 heures du matin mais qu’il avait été blessé le 22.
Il avait eu trois fils avec son épouse Lucretia Ziliotto, dont mon aïeul Valentino. Valentino étant né le 23 janvier 1669, il n’a donc côtoyé son père que durant les 7 premiers mois de sa vie. La jeune veuve Lucretia se remariera en 1671, et c’est  son époux Zuanne Tonietto qui a dû représenter la figure paternelle pour Valentino.

Acte de sépulture de Bastiano Gulin (Gollin) fils de Valentin, le 24 août 1669

Mais qui est cet Agnolo fils d’Andrea coupable d’avoir blessé à mort Bastiano Gollin ? Le prêtre n’ayant pas mentionné son patronyme, il est fort probable qu’il s’agisse de l’une de ses propres « âmes ».

En cherchant dans la base de l’arbre de Borso, je trouve deux « coupables potentiels » :

  • Angelo Lucadello, né vers 1620
  • Angelo Gollin, né en 1650

Même si je ne sais pas si la blessure a été infligée volontairement ou accidentellement, j’ai tendance à privilégier la piste du second Angelo pour plusieurs raisons :

  • Angelo Lucadello était plus âgé, déjà marié et père de famille en 1669. Je l’imagine donc plus posé et moins susceptible de blesser quelqu’un
  • Angelo Gollin avait environ 19 ans en 1669, il était donc sans doute plus impétueux

et surtout : Angelo Gollin était le fils du frère ainé de Bastiano. Je pense donc que si le prêtre n’a pas jugé bon de préciser plus avant l’identité de cet Angelo, c’est qu’il appartenait à la même famille que le décédé. C’est ainsi que j’en arrive à l’hypothèse selon laquelle mon aïeul est mort des suites d’une blessure infligée (volontairement ou non ?) par son neveu. Un « onclicide » dans la famille !

Laisser un commentaire