Séismes dans l’Asolano

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Conséquences d’un séisme
(Sebastian Münster, sculpture sur bois, 1550)

La tectonique du massif alpin est particulièrement active, du fait de la complexité des failles et de leurs mouvements. Les contreforts des Alpes, qu’il s’agisse des Préalpes françaises ou des Prédolomites italiennes, n’échappent donc pas au risque sismique.

L’un des plus violents séismes de l’histoire de la Pedemontana du Monte Grappa a frappé la zone le 25 février 1695 “al levar del sole”, soit au petit matin (heure estimée : 6h30). En ce jour de vendredi était fêtée sainte Constance, qui a donné son nom à l’événement puisqu’il est devenu dans la mémoire collective « il terremoto di santa Costanza » (le tremblement de terre de la sainte Constance). La secousse a été ressentie jusqu’en Emilie-Romagne et en Lombardie, mais la zone la plus impactée était comprise entre le pied du massif du Grappa et les collines de l’Asolano.

Dans la podesteria (district de la Sérénissime République de Venise) d’Asolo, le bilan est de 1400 maisons détruites, plus de 1200 inhabitables et presque 50 victimes. Le nombre assez limité des victimes est lié à la faible démographie de la zone à cette époque. Les villes d’Alano di Piave et de Segusino sont quasiment rasées, comme en témoigne le barbier de Treviso Zuanne Mestriner dans son « journal »* : “di 380 case, quatro solle rimaste abitabilli, et in piedi, nella villa di Lano, et 260 divorate, e disipate nella villa di Segusino » – des 380 maisons d’Alano, seules 4 sont encore habitables et debout, et 260 se sont écroulées dans la ville de Segusino.

Cet événement a durablement marqué les esprits en Vénétie. Jusqu’au XXIe siècle, des processions votives étaient organisées en mémoire du tremblement de terre de la Santa Costanza chaque 25 février dans diverses villes, comme à Vicenza ou à Cittadella. A Verona, des « graffitis » apposés sur une fresque de la basilique San Zeno ont gardé la mémoire du traumatisme vécu par les habitants de la région.

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Fresque de la basilique San Zeno de Verona
(source : https://ingvterremoti.wordpress.com)

Graffiti de gauche : […]695 vene / […] tutta in proces/sione a S. Zeno / per il teremoto ([…]695 / […] procession à San Zeno pour le tremblement de terre)

Graffiti de droite : A 25 febraro 1695 fu / il teremoto grande // (le 25 février 1695 survint le grand tremblement de terre)

Selon les données répertoriées par l’INGV (Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia), l’épicentre était situé 2,5 km à l’est d’Asolo**. Sur l’échelle ouverte de Richter, la magnitude est évaluée à 6,5, ce qui en fait le plus fort événement sismique intervenu en Vénétie, et également le dernier séisme meurtrier répertorié dans la province de Treviso depuis 320 ans.

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Localisation de l’épicentre et des points d’impact du tremblement de terre de la santa Costanza (http://emidius.mi.ingv.it/DBMI11/)

A Asolo l’intensité du séisme est évaluée à 10 degrés selon l’échelle de Mercalli (qui en compte 12). A Borso del Grappa, elle atteint 9 degré dans cette même échelle. Sur les 294 maisons de la commune, 100 s’écroulent et les autres sont gravement endommagées. Trois morts sont à déplorer, ensevelis sous les décombres de leur maison. Il s’agit de mes ancêtres Bernardo Guadagnin (sosa 384) et son épouse Maria Bertolo (sosa 385), et de leur dernière fille Domenica, âgée de cinq ans.

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25 février 1695 : décès de Bernado Guadagnin « essendo restato oppresso dalle rovine della sua casa dirocata per il terremoto » (resté enseveli sous les ruines de sa maison détruite par le tremblement de terre)

L’église est en partie détruite et son clocher abattu. L’ancienne église paroissiale de Borso avait déjà subi les dommages d’un tremblement de terre, intervenu le 25 janvier 1348. Ce séisme, tout comme celui de 1695 ont été signalés dans le registre des baptêmes en date du 30 novembre 1873, lors de la bénédiction de la première pierre de l’oratoire de San Andrea, construit à l’emplacement de l’église détruite en 1348. Le texte de 1873 mentionne également un autre événement sismique qui a frappé Borso, intervenu durant l’été 1836.

Oratorio San Andrea

30 novembre 1873 : bénédiction par le prêtre de Borso de la première pierre du nouvel oratoire de San Andrea Apostolo. (Registre des baptêmes de la paroisse San Zeno de Borso)

[…]

En ce jour (dimanche) 30 novembre 1873 […] j’ai béni solennellement la première pierre du nouvel oratoire dédié à San Andrea […]

Jusqu’en 1348 se trouvait en ce lieu l’église paroissiale, comme on pouvait le lire sur une plaque très ancienne qui a été brisée lors de la démolition du mur (de l’ancien oratoire). […]

Cette église, qui avait une largeur de 8 mètres et une longueur en proportion, fut totalement détruite par le séisme intervenu le 25 janvier 1348.

Après cette date, l’église paroissiale a été reconstruite à son emplacement actuel et sur le site de l’ancienne église fut bâti un petit oratoire dédié à San Andrea, détruit par le tremblement de terre du 25 février 1695. Construit une seconde fois, il fut gravement endommagé par les séismes des 13 juin et 15 juillet 1836. Il a été finalement démoli en mars dernier […]

En savoir plus :

* Libro macaronico di Zuanne Mestriner: cronache di Treviso raccontate da un barbiere tra il 1682 e il 1731, Cierre edizioni, Moro M. (ed.), 368 pp, (2003)

** http://emidius.mi.ingv.it/DBMI11/query_eq/

https://ingvterremoti.wordpress.com

One comment to this article

  1. Elodie

    on 9 mai 2015 at 10 h 12 min - Répondre

    J’imagine la terreur que cela pouvait susciter à l’époque. Et merci pour cette carte, car je pensais que cette zone était plus éloignée de Venise.

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