Le Texas puis la Californie

La vie à Thurber, Texas

n.b. : Les informations de cet encadré sont extraites du site internet de Leo Bielinski consacré à Thurber.

Thurber se situait au Texas, dans le comté d’Erath, à mi-chemin entre Forth Worth et Abilene sur l’interstate 20. C’était une ville privée, fondée et dirigée, de 1888 environ jusqu’aux années 1930, par la compagnie «Texas and Pacific Coal Co» (devenue «Texas Pacific Oil Company» après 1933). Cette entreprise était propriétaire de chaque bâtiment et de chaque mètre carré du terrain. Les maisons, les magasins, les saloons, les écoles, les églises ou l’opéra, tout lui appartenait, et les habitants y vivaient en quasi-autarcie. Bien que toute puissante, la compagnie veillait à la qualité de vie de ses employés : chaque maison disposait de l’eau courante et de l’électricité. Thurber fut d’ailleurs la première ville totalement électrifiée des États-Unis.

La mine de Thurber a été la plus grande du Texas à rester en exploitation durant 30 ans. 3000 tonnes de charbon y étaient extraites quotidiennement, servant majoritairement à alimenter en énergie les locomotives de la «Texas and Pacific Railroad». La ville abritait également la plus grande usine de briques à l’ouest du Mississipi, ainsi que le siège de la «Texas and Pacific Coal Company». A son apogée, Thurber était la cité la plus importante entre Fort Worth et El Paso. Des centaines d’immigrants européens, représentant 18 groupes ethniques, ont travaillé dans la mine de charbon ou l’usine de briques. Le prêtre de l’église catholique entendait la confession dans six langues.

Parmi ces immigrants, les italiens constituaient 25 % de la population et 52 % des mineurs de charbon. La très grande majorité d’entre eux venaient d’Italie du nord. Témoin de leur influence et de leur goût pour la musique, l’opéra de Thurber pouvait accueillir plus de 650 spectateurs et comprenait des loges destinées aux invités de marque.

A partir de 1921, lorsque l’ère du pétrole a pris le pas sur celle du charbon, la «Texas and Pacific Coal Company» a commencé à débaucher les mineurs et finalement, la ville de Thurber a été démantelée brique par brique en 1933. Elle compte aujourd’hui au rang des «villes fantômes» du Texas. Certains bâtiments y ont pourtant été reconstruits par ceux qui cherchent à préserver la mémoire de Thurber. C’est en particulier le cas de l’église catholique, dédiée initialement à Saint Thuribus, puis à Sainte Barbara (Santa Barbara) patronne des mineurs, qui avait été déplacée un peu au nord de Thurber en 1933, et qui a réintégré son site originel en 1993.

Le recensement réalisé le 18 avril 1910 sur la «Italian hill» (la colline italienne) de Thurber mentionne la présence dans le même foyer de :

  • Golin Angelo, chef de famille, mineur
  • Golin Maria, sa femme, sans profession
  • Golin Giovanna, sa fille, sans profession
  • Golin Giovanni, son fils, sans profession
  • Vedovotto Ferruccio, en pension, mineur
  • Vedovotto Domenico, en pension, mineur

En 1910, Domenico Vedovotto réside donc toujours aux États-Unis, alors que sa femme et ses autres enfants sont à Borso, en Italie.
Le registre des décès de Thurber indique que Maria et Angelo ont perdu un garçon, mort en 1909 trois jours après sa naissance et enterré le 9 juillet 1909 dans une tombe sans nom du cimetière de Thurber. (source : Leo Bielinski). L’avis d’enregistrement de Ferruccio Vedovotto pour la première guerre mondiale, qui date de juin 1917, mentionne également une résidence à Thurber.

En 1920, le recensement de Thurber ne signale plus la présence de la famille Golin (source : Leo Bielinski). Par contre, celle de Ferruccio y est citée :

  • Vedovotto Ferruccio
  • Vedovotto Maria, sa femme, née en Italie
  • Vedovotto Ida (Aida), sa fille, née à Thurber

Bien que tous deux originaires de la région du Monte Grappa, Maria Scopel et Ferruccio se sont donc sans doute rencontrés à Thurber. Ils se sont mariés à Erath (TX) le 3 novembre 1917. A l’époque de ce recensement, leur seconde fille, Maria, n’était pas encore née.

Ces membres de la famille Vedovotto ne sont pas les seuls à s’être rendus à Thurber. En effet Luigi Vedovotto a débarqué à New-York le 15 juin 1913, déclarant se rendre à Thurber (TX). Il a dit être âgé de 28 ans et natif de Borso, commune où résidait encore sa femme, prénommée Angela, ce qui permet de supposer qu’il s’agissait du fils de Giovanni-Maria, frère de Domenico. Cette hypothèse se confirme à la lecture du registre des arrivées de mai 1921 : Luigi Vedovotto, alors âgé de 37 ans, déclare être déjà venu aux USA en 1913, puis en 1920 à Santa-Barbara et se rendre en ce mois de mai 1921 « chez son cousin Angelo Golin, habitant Santa Barbara ». Luigi ne s’est pas établi aux USA. Après y avoir travaillé quelque temps, il a retrouvé sa famille restée à Borso del Grappa.

Domenico Vedovotto est retourné à Borso entre 1910 et 1916. Il y est décédé en 1916, des suites d’une affection pulmonaire due à ses années de travail dans les mines de Thurber.

La Californie

Les déclarations de Luigi en mai 1921 indiquent qu’à cette date Angelo Golin et sa famille avaient déjà quitté Thurber pour la Californie. Il est même possible de supposer qu’ils résidaient déjà à Santa Barbara en 1920, puisque Luigi déclare s’être déjà rendu dans cette ville en 1920. Ils seraient donc partis dès les prémices du déclin de la ville texane.
La famille de Ferruccio Vedovotto les a vraisemblablement rejoints plus tard, après la naissance de Maria, seconde fille du couple, née au Texas (sans doute à Thurber) vers 1921.

Au moment du recensement de 1930 (le 18 avril 1930), les familles Golin et Vedovotto sont enregistrées à Santa Barbara, Californie. Deux foyers sont cités (orthographe des noms telle qu’elle apparaît sur le document) :

  • Golin Angelo, chef de famille, ouvrier
  • Golin Maria, sa femme, sans profession
  • Golin Johnie, son fils, jardinier
  • Golin Jessie, sa fille, sans profession
  • Golin Ena, sa fille, sans profession
  • Vedovoto Ferruccio, chef de famille, jardinier
  • Vedovoto Maria, sa femme, sans profession
  • Vedovoto Ida, sa fille, sans profession
  • Vedovoto Mary, sa fille, sans profession

Ce recensement de 1930 fait bien mention du fait que Ena et Jessie Golin, tout comme Ida et Mary Vedovotto, sont nées au Texas, sans doute à Thurber.

Les deux familles sont citées sur la même page du document de 1930, l’une après l’autre. Elles vivaient dans la même rue (East De la guerra street), de toute évidence dans des logements voisins, si ce n’est dans le même.

Giovanna Maria Golin avait elle aussi quitté le domicile de ses parents, pour fonder son propre foyer à Summerland, non loin de Santa Barbara. Son mari, Stefano Granaroli, avait en quelque sorte pris la suite de son père et de son oncle, car il était employé de la « Oil Company ».

Les répertoires de la ville de Santa Barbara, de 1930 à 1939, montrent que les familles Vedovotto et Golin n’ont pas quitté la de la guerra street. Ils indiquent également qu’Augusta Rech, la belle-mère de Ferruccio Vedovotto, avait rejoint sa fille et vivait elle aussi dans le même quartier.

En 1936, Maria Vedovotto n’était plus enregistrée comme «sans profession». Elle travaillait dans une blanchisserie (Ironer Enterprise Laundries) à de la guerra street.

En 1949, Ferruccio Vedovotto a fait un voyage en Italie, sur la terre de son enfance. Sur son récépissé de débarquement à New-York, datant de novembre 49, il était toujours enregistré comme un résident de De la guerra street, à Santa Barbara. Maria et Ferruccio n’ont sans doute jamais vécu ailleurs qu’à Santa Barbara jusqu’à leur décès. Ils y sont d’ailleurs enterrés.