Le peintre du « pays des Bonato »

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Autoportrait de Paolo Bonato
(studio Mondi Dipinti)

Le 11 février 1892, un bébé vient au monde à Borso dans le foyer de Pietro BONATO et Marta DAL LIN. C’est le sixième enfant du couple, mais seuls trois de ses frères et sœurs ainés sont encore en vie à sa naissance. L’enfant est un garçon, il est prénommé Paolo, comme son grand-oncle Paolo Bonato, qui est prêtre.
Marta Dal Lin meurt alors que le jeune Paolo n’a que deux ans et demi. Paolo a donc sans doute été élevé par la seconde épouse de son père, puisqu’il s’est remarié en 1897, et par sa sœur ainée Maria Antonia qui avait 10 ans de plus que lui.

La famille Bonato, dont la ménda est « iocal », semble avoir eu un certain statut social à Borso. Le grand-père de Paolo, Sebastiano Bonato, et avant lui son arrière grand-père Antonio Bonato, ont tous deux assuré la fonction de fabbriciere della chiesa arcipretale, le fabricien étant un membre du conseil de la fabrique, communauté assurant la responsabilité de l’administration des fonds nécessaires à l’entretien des bâtiments d’une paroisse. Le prêtre de Borso a d’ailleurs rédigé pour chacun d’eux un véritable éloge funèbre en guise d’acte de décès.
Paolo Bonato a été formé à la peinture dans l’atelier de celui qui peut être considéré comme le génie local de la peinture de cette époque : Noè Bordignon. Entre 1912 et 1914 il fréquente l’école d’art de Bassano. Après la guerre, il étudie à l’académie des beaux arts de Venise puis à Milan, dans l’école d’art Beato Angelico. Comme son maître Noè Bordignon, Paolo Bonato s’attache à représenter les paysages et les hommes de la Vénétie rurale. Sa notoriété ne l’a pas éloigné de Borso. C’est là qu’il s’est marié, que ses enfants sont nés, et qu’il s’est éteint à 92 ans en 1984.
Paolo Bonato ne figure pas parmi mes proches cousins. Mais bien sûr, comme toutes les personnes dont la famille est ancrée à Borso depuis plusieurs siècle, nous avons plusieurs ancêtres communs, en particulier Nadale Bonato dont j’ai parlé à l’occasion de Noël.

Rore

Une rue de Borso au soleil couchant, par Paolo Bonato

Si j’ai décidé de lui consacrer cet article, c’est parce qu’il a contribué à magnifier les paysages du pays de mes ancêtres, mais aussi parce que je viens de m’offrir trois petits tableaux de Paolo Bonato, trouvés par hasard sur un site de vente d’objets d’occasion, alors que je cherchais simplement des cartes postales !
Deux de ces tableaux, peints à l’huile sur des panneaux de bois, représentent Borso. Le premier figure un coucher de soleil sur une rue du village bordée de maisons anciennes, traversée par un vieil homme s’appuyant sur une canne. L’œuvre est datée du 26 novembre 1969. La rue est semble-t-il la « via Apocastelo », celle où est née ma grand-mère. L’atmosphère du tableau tout comme l’apparence des maisons ressemblent beaucoup à ce que j’ai connu de Borso durant mon enfance.

Le second tableau montre une vue plus générale du village regardé depuis l’est, ce qui est original par rapport à tous les panoramas que je trouve en cartes postales, qui sont toujours photographiés depuis l’ouest. Ce paysage met à l’honneur l’église et son campanile. L’observateur est dans un pré bordé de ce qui paraît être des pieds de vigne (les vignes sont hautes à Borso), quelque part entre Chiesure et Rore, tout près de la maison dans laquelle mon père est né. Au dos du tableau figure la mention « Borso del Grappa (Treviso), 30 Agosto 1965 », signée par le peintre et sans doute écrite de sa main. Petit clin d’œil : j’étais vraisemblablement à Borso à cette date, car nos vacances familiales en Vénétie se déroulaient toujours fin août-début septembre.

Chiesure

Borso, vue générale, par Paolo Bonato

verso

le dos du tableau

Un autre texte, écrit en français de la main du peintre, et assez intrigant au premier abord, a été ajouté au stylo sur ce verso : « Le pays des Bonato. Alors Bonato le père, Bonato la mère, Bonato le fils, Bonato l’oncle (le peintre) ».
Il y est donc question d’un frère ou d’une sœur de Paolo Bonato, puisque le peintre s’est désigné comme « l’oncle », et cela semble en rapport avec la France, puisque le texte est en français. Une explication m’a été suggérée par ma perspicace cousine : l’arbre généalogique de la famille montre que la plus jeune sœur de Paolo a épousé à Borso un autre Bonato, issu d’une branche de ménda « Cecher ». Le couple a vécu en France et a eu au moins un fils. Dans cette famille, le père, la mère, le fils et l’oncle (le peintre) s’appelaient donc bien tous Bonato. On peut imaginer que le tableau a été offert par Paolo à sa sœur, en souvenir de Borso, et que c’est bien à l’intention de personnes vivant en France que la phrase a été écrite.

Paolo Bonato n’avait pas tort en parlant de Borso comme « le pays des Bonato ». Ce patronyme arrive en deuxième position dans le palmarès de mes dépouillements des registres de Borso. Il y était déjà présent à la fin du XVIe siècle, ce qui explique sans doute la variété des branches, identifiées par leur ménda : iocal, cecher, bigigi, fandelo, bortolette, butiro, dumel…

J’ignore comment ces tableaux sont arrivés en possession de mon vendeur, mais je me dis qu’il faudra qu’un jour ils retournent à Borso…

En savoir plus :

Biographie de Paolo Bonato : Commune de Borso, Studio Mondi Dipinti
Le conseil de fabrique (Wikipedia)

 


4 comments to this article

    • venarbol

      on 28 février 2016 at 9 h 49 min - Répondre

      venarbol

      En effet ! J’ai vécu les quelques jours d’attente de la fin des enchères avec une certaine excitation. Mais je m’inquiétais pour rien, visiblement ces tableaux n’avaient de valeur que pour moi 🙂

  1. Monique F.

    on 28 février 2016 at 9 h 25 min - Répondre

    Chance de les avoir trouvés en effet ! Mais pourquoi vouloir les retourner à Borso ? Ils font partie de ta généalogie paternelle,tout comme les statues des Rochet – impossible à transporter, j’en conviens – font partie de celui de ta mère. Autres artistes de ta famille à découvrir peut-être…

    • venarbol

      on 28 février 2016 at 9 h 47 min - Répondre

      venarbol

      Je pense que mes héritiers risquent de ne pas trouver dans ces tableaux la même valeur que celle que j’y vois. Et je ne voudrais pas qu’ils finissent à nouveau dans un vide-grenier. Ils sont actuellement en ma possession, mais ne m’appartiennent pas vraiment. Ils appartiennent à la mémoire collective de Borso.

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