Généathèmes,  mes ancêtres

Miracle aux archives de Gallio ?

Pour la troisième semaine de février, le thème du défi d’écriture proposé par #lemoisGeneatech est : “les découvertes que vous n’auriez pas pu faire sans vous rendre aux archives“. J’avoue avoir eu du mal à trouver un sujet, car il ne m’est pas arrivé si souvent de me déplacer dans les archives en Italie, même si j’ai pu visiter celles de la paroisse de Borso et les archives d’État de Venise.
J’ai donc un peu détourné le thème et j’ai décidé de vous raconter mes aventures avec les archives paroissiales de Gallio (Vénétie).

Gallio est une commune située au nord de la province de Vicenza, sur l’altiplano d’Asiago nommé également “Altiplano delle sette comuni” (Altiplano des 7 communes). Ce territoire a été très fortement impacté par les combats de la première guerre mondiale entre les troupes italiennes et austro-hongroises. La commune de Gallio, comme ses voisines, a été totalement détruite durant les combats du printemps 1916, baptisés Offensive du Trentin ou Strafexpedition. La population avait heureusement été auparavant évacuée dans l’urgence, face à l’avancée des troupes ennemies.

Gallio, au centre de l’Altiplano des 7 communes

Mes branches de Gallio

En l’état actuel de mes recherches, mon arbre généalogique comporte deux branches ancrées à Gallio :

  • celle de Giacoma SCHIVO (mon sosa 165), qui y est née en 1721
  • celle de Maria Maddalena FINCO (mon sosa 17), qui y est née en 1828

Elles sont toutes deux nées à une époque pour laquelle les seules sources sont les registres paroissiaux, lesquels registres, comme je l’ai déjà écrit souvent, ne sont dans leur immense majorité pas accessibles en ligne pour ce qui concerne l’Italie. Gallio ne faisant pas exception à la règle, je n’avais trouvé la trace de ces deux ancêtres qu’au travers de ce qui figurait à leur sujet dans les registres paroissiaux de Borso, paroisse où elles se sont établies après leur mariage et où leurs enfants sont nés.

État initial de l’arbre ascendant de Giacoma SCHIVO
État initial de l’arbre ascendant de Maria Maddalena FINCO

Premiers contacts : de “choux blanc” à “mitigé”

En octobre 2016, préparant un voyage en Vénétie, j’avais contacté par e-mail la paroisse de Gallio pour savoir s’il me serait possible d’avoir accès aux archives. La réponse avait été rapide mais sans appel :

Purtroppo non abbiamo i registri perché distrutti durante la prima guerra mondiale.

Autrement dit : “malheureusement nous n’avons pas les registres car ils ont été détruits durant la première guerre mondiale”. Il est certain que l’on a tendance à faire confiance à cette affirmation au vu des photographies montrant l’état de la ville après les combats.

Gallio après les combats de 1916 (© Museo Risorgimento Bologna)

Pourtant, des contacts avec un autre généalogiste français intéressé par la même zone m’avaient appris que ces registres existaient : il les avait vus (et ce, bien après 1916 !).
En novembre de la même année je suis donc malgré tout allée frapper à la porte de la canonica (presbitère) de Gallio, accompagnée par ma cousine plus à l’aide que moi pour argumenter en italien. Le jeune prêtre qui nous a ouvert n’avait pas l’air disposé à nous laisser entrer. Il nous a néanmoins conduit quelques portes plus loin, chez un “historien patenté” de la paroisse habilité à accéder aux archives. Ce dernier nous a reçu fort aimablement, nous expliquant qu’en effet des registres (donc peut-être pas tous ?) avaient été perdus durant l’exode de 1916. Je lui ai présenté ce que je cherchais et il m’a dit qu’il regarderait. Quelques jours plus tard, il m’a envoyé la transcription de deux actes qui concernaient mon ancêtre Maria Maddalena FINCO (mais pas les photographies des actes !). J’ai ainsi pu ajouter quelques noms et dates à mon arbre.

Il avait donc pu lire des actes dans ces fameux registres détruits, sans doute un miracle !

Les archives, par procuration

Dès lors, j’avais compris que sans un laisser-passer en bonne et due forme, dont je ne disposais pas et que je ne savais comment obtenir, je n’aurais jamais accès à ces registres paroissiaux.

Je m’étais presque résignée lorsqu’un jour, au gré d’échanges sur un groupe Facebook de généalogie italienne, j’ai vu le message d’un membre indiquant qu’il était à même de faire des recherches dans les registres paroissiaux de Gallio ! Je l’ai contacté et il m’a proposé un devis (quelques centaines d’euros) pour faire ces recherches pour moi. J’ai accepté cette offre.
Il a donc passé quelques heures, réparties sur plusieurs journées d’hiver dans un local non chauffé selon ce qu’il m’a écrit, à consulter ces archives à la recherche de mes ancêtres. Au final, il a reconstruit la généalogie de mes deux ancêtres et m’a envoyé une soixantaine d’images d’actes, toutes extraites de ces registres pourtant réputés détruits. Encore un miracle !

Si je ne peux pas écrire que “je me suis rendue aux archives” (même si j’ai essayé), j’y suis allée indirectement et j’y ai obtenu des renseignements capitaux. J’ai gagné quatre à cinq générations pour la famille ces deux ancêtres qui m’était quasiment inconnue auparavant. Avec les ancêtres de Nicoletta DAL DEGAN, la mère de Maria Maddalena FINCO, j’ai même pu me connecter avec les recherches faites dans les archives notariales par un “cousin” qui a étudié la branche dont il descend, qui a quitté Gallio au XVIIe siècle pour s’installer dans la province de Verona. Du côté des DAL DEGAN, je peux ainsi remonter au fondateur du patronyme, Bartolomeo DALLA COSTA qui était decano (degàn en dialecte) à Gallio et dont la fonction a donné naissance au patronyme DAL DEGAN (qui signifie “de la famille du degàn“). J’en avais parlé dans un article consacré à cette famille.

Ascendance de Giacoma SCHIVO après accès aux archives
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)
Ascendance de Maria Maddalena FINCO après accès aux archives
(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

En conclusion : en généalogie italienne lorsqu’on en arrive à l’époque où les seuls registres sont paroissiaux, la meilleure des volontés ne suffit pas forcément lorsqu’on n’habite pas sur place et qu’on n’y a pas ses entrées. Il faut parfois se résoudre à abandonner ou à aller aux archives “par procuration” en contactant une personne qui y a ses entrées.

25 commenti

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    Brigitte S

    Superbes arbres … et belle avancée

    Sais tu comment trouver un généalogiste – ou un historien local avec les entrées nécessaires – ailleurs ? Je crois que je suis enfin mure pour commencer à faire appel à des professionnels pour m’aider pour mes ancêtres hors de France, mais je ne sais jamais comment m’assurer de leurs compétences 🙁

    • venarbol

      venarbol

      Il y avait autrefois un annuaire de généalogistes professionnels sur le forum Tuttogenealogia, mais il ne semble plus être en ligne. Il y a de bons professionnels aussi en Italie. Il vaut mieux chercher quelqu’un spécialisé dans la région qui nous intéresse, car il est plus susceptible d’avoir ses entrées auprès des archives ecclésiastiques souvent frileuses.

    • venarbol

      venarbol

      Il est quand même dommage de devoir en arriver là, faute de bonne volonté et d’ouverture d’esprit de la part des autorités religieuses. Mais quand on est passionné il n’est pas toujours facile de résister (si on peut se le permettre bien entendu)

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    Briqueloup

    En lisant ce billet, je mesure la chance d’avoir eu un contact à Graglia, dans le Piémont. Il m’a introduit dans la paroisse où le curé a bien voulu ouvrir l’armoire contenant quelques registres. Nous n’avons pas été invités à rester bien longtemps, mais cela a permis de retrouver deux générations. J’étais tellement contente de cette découverte inespérée que j’en suis restée là.
    Effectivement, pourquoi ne pas payer pour des recherches efficaces. C’est une bonne idée !

    • venarbol

      venarbol

      Dans certains cas en effet, il semble impossible de faire autrement malheureusement. Les généalogistes qui cherchent en France ne mesurent pas toujours la chance qu’ils ont.

  • Avatar

    Sylvaine

    Merci pour cet intéressant retour d’expérience, qui met en évidence ce qu’on peut aussi obtenir comme aide au-delà du bénévolat, dans certains cas. J’ai également fait chou blanc, même avec l’assistance d’une amie italienne, pour deux actes de décès dans les Etats Sardes mais heureusement, ils n’étaient pas du tout bloquants pour moi et m’auraient simplement permis de clore “proprement” une recherche sur des collatéraux.
    Même si nous apprécions la chance que nous avons pour l’accès aux archives françaises, il n’en reste pas moins qu’avoir des racines italiennes… ça fait rêver 🙂

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